EnglishFrench

Adrian & Alaïa, le passé recomposé

Jusqu’au 23 juin, la fondation Azzedine Alaïa présente l’exposition « Adrian & Alaïa – L’art du tailleur ». L’occasion de découvrir la modernité du costumier Adrian et la perfection de la coupe d’Azzedine Alaïa. Les tailleurs de l’un entament un dialogue silencieux avec ceux de l’autre, au delà du temps. – Isabelle Cerboneschi, Paris.

17 mai 2019

xadrian-alaia2
Vue de l'exposition AZZEDINE ALAÏA - COLLECTIONNEUR © Stéphane Aït Ouarab / La Mode en Images

Vingt sept tailleurs du costumier hollywoodien Adrian conversent en silence avec vingt sept tailleurs et manteaux d’Azzedine Alaïa. Que nous racontent-ils, à nous qui passons entre eux, les yeux plongés dans les coutures, dans ce détail de boutonnage sur cette veste difficile à dater ? Elle pourrait avoir été créée en 1940 comme en 1980. C’est la légère fatigue du tissu qui nous renseigne et nous dit que ce vêtement en a vu d’autres. Cette veste épaulée, très légèrement cintrée à la taille, nous parle de la mode, cet éternel retour, de ce passé que les créateurs et couturiers recomposent sans cesse. Il y a ceux qui le font avec génie. Azzedine Alaïa est de ceux-là.

C’est la première fois que la fondation Azzedine Alaïa montre une partie du travail du couturier en regard de certaines pièces qui appartenait à son immense collection. Adrian, qui était directeur des costumes à la MGM, a façonné l’image de Greta Garbo, de Katharine Hepburn, de Joan Crawford, autant de femmes immenses qu’Azzedine Alaïa admirait. Il a d’ailleurs habillé Garbo pour qui il avait créé un manteau, qu’il a racheté plus tard dans une vente aux enchères.

« Dans les années 1980, Azzedine a été appelé par le fils d’Adrian qui voulait remettre à quelqu’un de confiance une partie des archives de son père et les vendre, explique Olivier Saillard, le commissaire de l’exposition. Azzedine a réuni les fonds nécessaires et a tout acheté. Il possède 150 pièces d’Adrian, des robes du soir, de jour, mais avec Carla Sozzani, la présidente de la fondation, on trouvait que montrer les tailleurs serait plus intéressant. »

Les créations du costumier sont adossées au mur tandis que celles du couturier sont campées au centre de la pièce. Il y a une raison à cela. « Les vêtements d’Adrian sont souvent très élaborés de face, or de dos, il n’y a rien, explique Olivier Saillard. C’étaient des pièces cinématographiques faites pour être vues de face. Chez Azzedine, c’est culotté. C’est la raison pour laquelle on a mis ses créations au milieu, car quel que soit l’endroit où l’on se trouve, on peut tourner autour et il y a quelque chose à voir. »

En traversant l’exposition, on découvre ce qui reliait les deux hommes, cet art de la coupe, des détail. « Tous les deux travaillent une sorte de tailleur flou. C’est très léger, pas empesé, explique Olivier Saillard. Chez Adrian, qui a eu une marque de mode entre 1943 et 1951, il n’y a pas de corset, pas de maintien, pas de basque. C’est une silhouette très hollywoodienne, beaucoup plus Schiaparelli que Dior. »

L’un comme l’autre appuient sur la taille, Azzedine Alaïa sans doute un peu plus fort. Parce qu’il aimait les femmes, leur audace et leurs formes, et que ses vêtements chuchotaient à l’oreille de celles qui les portaient : « redresse-toi et fonce… »

AZZEDINE ALAÏA – COLLECTIONNEUR – ADRIAN & ALAIA – L’ART DU TAILLEUR, sous la direction d’Olivier Saillard – Galerie Azzedine Alaïa – 18 rue de la Verrerie – Paris 4e, jusqu’au 23 juin 2019.

Adrian & Alaïa, le passé recomposé

17 mai 2019

[Cliquez sur l’image pour voir la galerie]

Jusqu’au 23 juin, la fondation Azzedine Alaïa présente l’exposition « Adrian & Alaïa – L’art du tailleur ». L’occasion de découvrir la modernité du costumier Adrian et la perfection de la coupe d’Azzedine Alaïa. Les tailleurs de l’un entament un dialogue silencieux avec ceux de l’autre, au delà du temps. – Isabelle Cerboneschi, Paris.

Vingt sept tailleurs du costumier hollywoodien Adrian conversent en silence avec vingt sept tailleurs et manteaux d’Azzedine Alaïa. Que nous racontent-ils, à nous qui passons entre eux, les yeux plongés dans les coutures, dans ce détail de boutonnage sur cette veste difficile à dater ? Elle pourrait avoir été créée en 1940 comme en 1980. C’est la légère fatigue du tissu qui nous renseigne et nous dit que ce vêtement en a vu d’autres. Cette veste épaulée, très légèrement cintrée à la taille, nous parle de la mode, cet éternel retour, de ce passé que les créateurs et couturiers recomposent sans cesse. Il y a ceux qui le font avec génie. Azzedine Alaïa est de ceux-là.

C’est la première fois que la fondation Azzedine Alaïa montre une partie du travail du couturier en regard de certaines pièces qui appartenait à son immense collection. Adrian, qui était directeur des costumes à la MGM, a façonné l’image de Greta Garbo, de Katharine Hepburn, de Joan Crawford, autant de femmes immenses qu’Azzedine Alaïa admirait. Il a d’ailleurs habillé Garbo pour qui il avait créé un manteau, qu’il a racheté plus tard dans une vente aux enchères.

« Dans les années 1980, Azzedine a été appelé par le fils d’Adrian qui voulait remettre à quelqu’un de confiance une partie des archives de son père et les vendre, explique Olivier Saillard, le commissaire de l’exposition. Azzedine a réuni les fonds nécessaires et a tout acheté. Il possède 150 pièces d’Adrian, des robes du soir, de jour, mais avec Carla Sozzani, la présidente de la fondation, on trouvait que montrer les tailleurs serait plus intéressant. »

Les créations du costumier sont adossées au mur tandis que celles du couturier sont campées au centre de la pièce. Il y a une raison à cela. « Les vêtements d’Adrian sont souvent très élaborés de face, or de dos, il n’y a rien, explique Olivier Saillard. C’étaient des pièces cinématographiques faites pour être vues de face. Chez Azzedine, c’est culotté. C’est la raison pour laquelle on a mis ses créations au milieu, car quel que soit l’endroit où l’on se trouve, on peut tourner autour et il y a quelque chose à voir. »

En traversant l’exposition, on découvre ce qui reliait les deux hommes, cet art de la coupe, des détail. « Tous les deux travaillent une sorte de tailleur flou. C’est très léger, pas empesé, explique Olivier Saillard. Chez Adrian, qui a eu une marque de mode entre 1943 et 1951, il n’y a pas de corset, pas de maintien, pas de basque. C’est une silhouette très hollywoodienne, beaucoup plus Schiaparelli que Dior. »

L’un comme l’autre appuient sur la taille, Azzedine Alaïa sans doute un peu plus fort. Parce qu’il aimait les femmes, leur audace et leurs formes, et que ses vêtements chuchotaient à l’oreille de celles qui les portaient : « redresse-toi et fonce… »

AZZEDINE ALAÏA – COLLECTIONNEUR – ADRIAN & ALAIA – L’ART DU TAILLEUR, sous la direction d’Olivier Saillard – Galerie Azzedine Alaïa – 18 rue de la Verrerie – Paris 4e, jusqu’au 23 juin 2019.