Hillwood sous le regard sépia d’Adrian Villeta

Le photographe portoricain a l’art de flouter les frontières temporelles, en mélangeant photographie, peinture et tirages sépia. Personne mieux que lui ne peut rendre l’impression étrange de voyager dans le passé, de découvrir des époques révolues. Suivons-le dans les couloirs et les jardins de Hillwood qui fut la demeure de l’héritière américaine Marjorie Merriweather Post, et qui entretemps est devenue un musée. –  Texte: Isabelle Cerboneschi. Photos: Adrian Villeta.

 

Il est des destins puissants au point de s’inscrire dans la pierre. Celui de Marjorie Merriweather Post, l’héritière de la Postum Cereal Company devenue sous sa gouverne l’empire agroalimentaire de la General Food, par exemple. Surnommée «l’impératrice américaine», elle fut l’une des dernières représentantes d’un mode de vie révolu, dont on retrouve l’esprit, le parfum, la trace, dans sa demeure de Hillwood Mansion *, devenue un musée.

Marjorie Merriweather Post était passionnée d’art et de bijoux et possédait l’une des plus grandes collections d’art pré-révolutionnaire russe. Le gouvernement soviétique la lui avait vendue sous l’ère de Joseph Staline, alors qu’elle vivait en Russie avec son troisième époux, Joseph E. Davies, ambassadeur des Etats-Unis auprès de l’Union soviétique de 1937 à 1938.

«J’ai visité Hillwood plusieurs fois, confie le photographe portoricain Adrian Viletta **, et à chaque fois je suis impressionné par la beauté et l’élégance de la maison et des jardins. Une beauté à la fois naturelle et sous contrôle. Hillwood, c’est comme une fenêtre temporelle qui s’ouvre sur une femme et un mode de vie d’une autre ère. La maison est emplie des oeuvres d’art impérial russe: les collections d’icônes et de joyaux sertis de pierres précieuses sont admirables.»

Marjorie Merriweather Post voulait que sa maison devienne un musée. « Elle souhaitait dévoiler un certain mode de vie qui était en train de disparaître et qui n’existerait plus jamais. Et montrer les collections qu’elle avait créées et qu’elle aimait », expliquait sa fille Dina Merrill ***.

“J’aime particulièrement la chambre de Madame Post parce qu’elle combine à la fois des meubles précieux et des photos personnelles des membres de sa famille, prises pendant des fêtes particulières”, souligne Adrian Villeta. Lors de sa dernière visite il a pu découvrir la collection de bijoux de l’héritière. «Ils étaient spectaculaires, tant dans le design que dans la magnificence des gemmes elles-mêmes!»

Les images d’Adrian Villeta sont immédiatement reconnaissable: ce sont en majorité des tirages de couleur sépia, ce qui leur confère un air d’intemporalité. L’image est parfois retravaillée à la peinture à l’huile. Le photographe possède une manière bien à lui de rendre la densité de la matière, avec le rendu de ces appareils d’autrefois aux longs temps de pose. On ne sait pas très bien si ce sont des images d’archives ou d’aujourd’hui. «Toute ma vie l’art a été une porte qui ouvre sur un monde unique et magnifique dans lequel je me perds dans mes rêves», dit-il. Ses images sont composées à la manière d’un tableau et chaque élément, du bouquet de fleurs au personnage principal, occupe une place définie.

Demeure une étrange beauté entre deux mondes, entre deux temps.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le photographe Adrian Villeta.

 

* Musée Hillwood: www.hillwoodmuseum.org

** Adrian Villeta a publié un recueil de ses images intitulé: Poetic Vision. Il présentera son ouvrage le 9 mai prochain au Museo de Arte de Porto Rico à 15h. Le livre est également en vente sur le site: www.adrianvilleta.com

*** Lire: American Empress, the Life and Times of Marjorie Merriweather Post, Nancy Rubin, janvier 2004.

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