De l’autre côté du miroir…

 In ART, CULTURE, EXPOSITION, PERSONNALITÉ, PHOTOGRAPHIE

Alien Twins.

 

La photographe Aimée Hoving photographie sa fille depuis plusieurs années. Il serait plus juste de dire qu’ensemble, elles créent une oeuvre photographique où la seconde joue un personnage tandis que la première immortalise ce jeu de rôle à un moment T. Un travail troublant à découvrir à la galerie Joy de Rouvre. – Isabelle Cerboneschi.

 

La photographie est un art qui peut rendre compte de la réalité ou bien la créer de toute pièce. C’est une manière de raconter des histoires, sans mot, mais avec des images qui font appel à l’imaginaire de celui qui regarde et qui va réinventer les pièces manquantes: l’avant, l’après, et parfois même le pendant.

La série Pictures of Her, qu’Aimée Hoving présente à la galerie Joy de Rouvre montre une petite fille dont on ne voit jamais le visage. La photographe l’a saisie dans différents moments qui ont l’apparence de ces rêves – ou de ces cauchemars – que l’on fait lorsque l’on est enfant: ils ressemblent à la réalité mais il y a toujours un élément décalé qui nous en fait douter. La petite fille se livre-t-elle à un jeu de cache-cache auquel la photographe participerait?

Quand Aimée Hoving révèle que cet enfant est sa propre fille, le regard que l’on porte sur la série change. Qu’y a-t-il de l’attente non exprimée de la mère, de la fille dans ces images troublantes? Est-ce l’enfant qui veut se sauver en sautant par la fenêtre ou est-ce la mère qui rêverait parfois voir sa progéniture transformée en meuble sans pouvoir oser le dire, ni même le penser? A qui appartient cette quête d’invisibilité: à l’adulte, à l’enfant? Est-ce un jeu de mots dans une langue que l’on ne comprend pas, le hollandais des origines d’Aimée Hoving? Un peu tout cela? Ou rien du tout?

La photographe ne confie pas les clefs de son travail car à partir du moment où l’image est faite, elle ne les possède plus. Les a-t-elle déjà eues en main, d’ailleurs, ces clefs?

La série Pictures of Her est une conversation entre la mère et la fille, la première propose, la seconde dispose, et inversement. Chacune dévoile un pan de son univers imaginaire à travers le personnage joué par l’enfant. On se demande d’ailleurs si cette série ne se contente pas d’être un jeu sérieux qui définit le rapport mère-fille.

Ces images racontent de manière sous-jacente l’influence (le poids?) d’une éducation protestante et bourgeoise, un monde dans lequel les parents apprennent à une enfant à se tenir droite et à rester tranquille au lieu de l’inviter à l’encourager à créer, à s’amuser, à être une enfant, tout simplement. On sent que l’enfance de la mère et celle de la fille se croisent dans ces images.

Cette série baigne dans une lumière évoquant l’âge d’or de la peinture hollandaise. Chaque image est composée comme un tableau, chaque détail est savamment choisi, chaque rayon de lumière est pensé. On ne sait ni où, ni quand ces photographies ont été prises, comme si le temps n’avait pas d’emprise.

Aimée Hoving a l’intention de continuer à travailler sur cette série jusqu’à ce que sa fille devienne adulte. Mais est-ce que celle-ci acceptera encore de jouer à ce jeu-là, de renvoyer à sa mère le miroir de ses craintes, de ses doutes, de ses espérances, de ses liens de loyauté? La jeune fille a toujours le droit de dire non. Elle dit non, d’ailleurs, parfois. Parce que l’enjeu de la série est un questionnement dont elle fait partie intégrante et qui sera le sien, plus tard, peut-être…

Picture of Her, Galerie Joy de Rouvre, 2, rue des Vieux Grenadiers – 1205 Genève. Du 18/05/18 au 30/06/18

 

Le troll de la forêt.

 

The Smoking Dollhouse.

 

Tea time.

 

Babies Breath.

 

Flying Legs.

 

Bloemenvelden.

 

L’Ondine.

 

Gambettes.

 

Het Boeket.

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