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Artica Arbox, mode sans genre

Irène Roth, la créatrice de la marque Artica Arbox, avait présenté sa première collection printemps-été 2019 à Paris. Une ligne “gender fluid” destinée à aucun sexe en particulier, ou plutôt qui s’adresse aux deux sexes à la fois et à tout ceux qui se trouvent en deçà et au delà. Rencontre. – Isabelle Cerboneschi, Paris.

6 juin 2019

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Artica Arbox.

En une présentation à Paris, Irène Roth a su créer le buzz avec sa marque Artica Arbox. Elle ne vient pas du sérail, mais de l’industrie du cinéma (Sony Pictures), dans les domaines de la publicité et du marketing. Rien à voir avec la mode, mais cette première carrière lui a donné le sens de l’époque et l’art de communiquer et je trouve assez admirable qu’une femme, dans la cinquantaine, décide de lancer sa propre marque de mode alors que derrière elle, il y a tous ces jeunes diplômés des écoles de mode qui rêvent de lancer la leur. Son avantage, c’est son expérience en tant qu’entrepreneuse. Et cela ne s’apprend qu’au fil des années.

Les marques, anciennes ou nouvelles, se font et se défont de plus en plus rapidement, et il fallait une sacrée dose de conviction pour se lancer et présenter sa première ligne de vêtements à Paris, considérée comme la capitale de la mode. Basée à Los Angeles, Irène Roth était convaincue qu’il restait de la place sur l’échiquier pour une marque streetwear de qualité, réalisée dans les règles de l’art dans des ateliers italiens, avec une pointe de tailoring et une pincée, ou plutôt, une grosse poignée d’ « american touch ».

Sa ligne reprend certains codes du streetwear, que l’on retrouve partout depuis plusieurs saisons, au point que l’on appelle de nos vœux le retour du costume cintré, des total looks monochromes dans des teintes affranchies: rose Malabar, jaune canari ou bleu Klein. Le long pardessus en denim se porte sur des pantalons en nylon. Elle a conçu des silhouettes athlétiques, des pièces fluides qui s’enfilent vite, pour partir vite, pour se rendre à un cours de pilates ou à un comité de direction d’une société qu’on a créée soi-même. Une collection genderless qui correspond à l’époque.

Irène Roth a le sens du timing et lance sa marque alors que la société commence à intégrer peu à peu cette notion de « gender fluidity ». Un concept dont les magazines ont commencé à parler comme d’un « phénomène de société » en 2015, quand bien même la réalité dont il s’agit remonte à l’origine du monde. Mais à l’origine du monde, il n’y avait pas de réseaux sociaux pour tambouriner l’existence d’un nouveaux genre, qui n’en est pas vraiment un et qui regroupe des personnes qui ont choisi d’être qui elles veulent, indépendamment de leur sexe d’origine. Des gens passant d’un genre à l’autre, féminin, masculin, en y revenant sans s’y arrêter. En général ils appartiennent à la génération des Millennials (qui sont nés en gros entre 1982 et 2000) et à la génération Z (de 2000 à nos jours). Étonnamment, ces personnes non binaires ont émergé à l’ère du langage binaire.

Or donc, Irène Roth tombe assez bien avec sa mode non genrée, ce bleu pour les filles et ce rose pour les garçons, et vice et versa. « En fait c’était le but, confie Irène Roth. Quel que soit le genre, ou les caractéristiques de chacun, je voulais créer une ligne à laquelle les gens puissent souscrire et l’utiliser

comme moyen d’expression personnelle. Il y a toujours une dualité dans tous ce que nous faisons: on peut être dur mais doux, les femmes ont des qualités masculines et les hommes n’ont plus peur de leurs aspects féminins. Je voulais englober cet esprit dans la collection et la progression la plus naturelle pour arriver à cela était de créer des pièces qui pouvaient être interprétées soit par des hommes, soit par des femmes. J’ai grandi à l’ère de Calvin Klein, de CKOne, mais cette idée qu’il avait d’un seul vêtement pour deux genres est arrivée trop tôt. »

« Avant de vouloir créer une marque, j’avais remarqué que, contrairement à avant, les gens ne s’habillent plus de manière spécifique pour aller travailler ou pour les week-end. Ils se vêtent pour exprimer leur identité, pour le confort. Leur garde-robe est conçue en fonction de cela. Or mon rêve, c’était de pouvoir m’exprimer à travers la création d’une marque de vêtements. Ce qui primait, pour moi, c’était le confort. Ensuite, ma ligne devait pouvoir s’intégrer dans une garde-robe préexistante. Elle ne devait pas s’adresser à un genre féminin ou masculin en particulier, et enfin il devait y avoir de la couleur! Tout a commencé comme ça.»

Le rose est unisexe chez Artic Arbox, « parce que c’est la couleur préférée de mon fils. Il a 9 ans, c’est un garçon qu’on pourrait qualifier de typique, il fait du sport, du skateboard, mais sa couleur préférée c’est le rose. Et pourquoi pas ? » D’ailleurs, soit dit en passant, Irène Roth a trouvé le nom de sa marque grâce à ses enfants: « ils utilisent ces surnoms Artica et Arbox quand ils jouent aux superhéros ensemble », confie-t-elle.

Irène Roth a passé cinq ans a concocter sa recette avant de rencontrer le futur CEO de sa marque, Cristiano Minchio, l’ex CEO de Yeezy et de Vivienne Westwood US dans une usine de Florence. « Je voulais que ma marque ait des fondations solides: c’était important pour moi que les vêtements soient bien faits. Que lorsqu’un client les touche, il comprenne qu’il s’agit de produits de qualité et que ce n’est pas seulement une histoire de design, d’esprit ou de stratégie de marque. Je souhaitais honorer le savoir-faire. Or j’ai eu la chance de pouvoir travailler avec une fabrique italienne qui a cru dans mon projet. Je ne vais pas dire que les débuts ont été faciles: ils n’avaient aucune raison de travailler avec moi car ils travaillent déjà avec toutes les grandes marques que l’on connaît. Mais ils ont m’ont soutenue, ils ont investi du temps, de l’énergie, ils m’ont transmis des connaissance. Une bénédiction! Et c’est grâce à eux que j’ai rencontré Cristiano Minchio. » Le courant est passé et la marque a été lancée…

Artica Arbox, mode sans genre

6 juin 2019

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Irène Roth, la créatrice de la marque Artica Arbox, avait présenté sa première collection printemps-été 2019 à Paris. Une ligne “gender fluid” destinée à aucun sexe en particulier, ou plutôt qui s’adresse aux deux sexes à la fois et à tout ceux qui se trouvent en deçà et au delà. Rencontre. – Isabelle Cerboneschi, Paris.

En une présentation à Paris, Irène Roth a su créer le buzz avec sa marque Artica Arbox. Elle ne vient pas du sérail, mais de l’industrie du cinéma (Sony Pictures), dans les domaines de la publicité et du marketing. Rien à voir avec la mode, mais cette première carrière lui a donné le sens de l’époque et l’art de communiquer et je trouve assez admirable qu’une femme, dans la cinquantaine, décide de lancer sa propre marque de mode alors que derrière elle, il y a tous ces jeunes diplômés des écoles de mode qui rêvent de lancer la leur. Son avantage, c’est son expérience en tant qu’entrepreneuse. Et cela ne s’apprend qu’au fil des années.

Les marques, anciennes ou nouvelles, se font et se défont de plus en plus rapidement, et il fallait une sacrée dose de conviction pour se lancer et présenter sa première ligne de vêtements à Paris, considérée comme la capitale de la mode. Basée à Los Angeles, Irène Roth était convaincue qu’il restait de la place sur l’échiquier pour une marque streetwear de qualité, réalisée dans les règles de l’art dans des ateliers italiens, avec une pointe de tailoring et une pincée, ou plutôt, une grosse poignée d’ « american touch ».

Sa ligne reprend certains codes du streetwear, que l’on retrouve partout depuis plusieurs saisons, au point que l’on appelle de nos vœux le retour du costume cintré, des total looks monochromes dans des teintes affranchies: rose Malabar, jaune canari ou bleu Klein. Le long pardessus en denim se porte sur des pantalons en nylon. Elle a conçu des silhouettes athlétiques, des pièces fluides qui s’enfilent vite, pour partir vite, pour se rendre à un cours de pilates ou à un comité de direction d’une société qu’on a créée soi-même. Une collection genderless qui correspond à l’époque.

Irène Roth a le sens du timing et lance sa marque alors que la société commence à intégrer peu à peu cette notion de « gender fluidity ». Un concept dont les magazines ont commencé à parler comme d’un « phénomène de société » en 2015, quand bien même la réalité dont il s’agit remonte à l’origine du monde. Mais à l’origine du monde, il n’y avait pas de réseaux sociaux pour tambouriner l’existence d’un nouveaux genre, qui n’en est pas vraiment un et qui regroupe des personnes qui ont choisi d’être qui elles veulent, indépendamment de leur sexe d’origine. Des gens passant d’un genre à l’autre, féminin, masculin, en y revenant sans s’y arrêter. En général ils appartiennent à la génération des Millennials (qui sont nés en gros entre 1982 et 2000) et à la génération Z (de 2000 à nos jours). Étonnamment, ces personnes non binaires ont émergé à l’ère du langage binaire.

Or donc, Irène Roth tombe assez bien avec sa mode non genrée, ce bleu pour les filles et ce rose pour les garçons, et vice et versa. « En fait c’était le but, confie Irène Roth. Quel que soit le genre, ou les caractéristiques de chacun, je voulais créer une ligne à laquelle les gens puissent souscrire et l’utiliser comme moyen d’expression personnelle. Il y a toujours une dualité dans tous ce que nous faisons: on peut être dur mais doux, les femmes ont des qualités masculines et les hommes n’ont plus peur de leurs aspects féminins. Je voulais englober cet esprit dans la collection et la progression la plus naturelle pour arriver à cela était de créer des pièces qui pouvaient être interprétées soit par des hommes, soit par des femmes. J’ai grandi à l’ère de Calvin Klein, de CKOne, mais cette idée qu’il avait d’un seul vêtement pour deux genres est arrivée trop tôt. »

« Avant de vouloir créer une marque, j’avais remarqué que, contrairement à avant, les gens ne s’habillent plus de manière spécifique pour aller travailler ou pour les week-end. Ils se vêtent pour exprimer leur identité, pour le confort. Leur garde-robe est conçue en fonction de cela. Or mon rêve, c’était de pouvoir m’exprimer à travers la création d’une marque de vêtements. Ce qui primait, pour moi, c’était le confort. Ensuite, ma ligne devait pouvoir s’intégrer dans une garde-robe préexistante. Elle ne devait pas s’adresser à un genre féminin ou masculin en particulier, et enfin il devait y avoir de la couleur! Tout a commencé comme ça.»

Le rose est unisexe chez Artic Arbox, « parce que c’est la couleur préférée de mon fils. Il a 9 ans, c’est un garçon qu’on pourrait qualifier de typique, il fait du sport, du skateboard, mais sa couleur préférée c’est le rose. Et pourquoi pas ? » D’ailleurs, soit dit en passant, Irène Roth a trouvé le nom de sa marque grâce à ses enfants: « ils utilisent ces surnoms Artica et Arbox quand ils jouent aux superhéros ensemble », confie-t-elle.

Irène Roth a passé cinq ans a concocter sa recette avant de rencontrer le futur CEO de sa marque, Cristiano Minchio, l’ex CEO de Yeezy et de Vivienne Westwood US dans une usine de Florence. « Je voulais que ma marque ait des fondations solides: c’était important pour moi que les vêtements soient bien faits. Que lorsqu’un client les touche, il comprenne qu’il s’agit de produits de qualité et que ce n’est pas seulement une histoire de design, d’esprit ou de stratégie de marque. Je souhaitais honorer le savoir-faire. Or j’ai eu la chance de pouvoir travailler avec une fabrique italienne qui a cru dans mon projet. Je ne vais pas dire que les débuts ont été faciles: ils n’avaient aucune raison de travailler avec moi car ils travaillent déjà avec toutes les grandes marques que l’on connaît. Mais ils ont m’ont soutenue, ils ont investi du temps, de l’énergie, ils m’ont transmis des connaissance. Une bénédiction! Et c’est grâce à eux que j’ai rencontré Cristiano Minchio. » Le courant est passé et la marque a été lancée…