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Aura, parfum de chakra

21 février 2018

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Le dernier parfum Mugler s’appelle Aura et porte le nom d’une fragrance créée en 2006 à l’occasion de la sortie du film Le Parfum. Dans sa formule, on retrouve un ingrédient qui n’est habituellement pas utilisé dans la parfumerie, mais dans la pharmacopée chinoise: la liane fauve. Le résultat? Un oriental-végétal à la fois puissant et déconcertant, car il fait appel à une matière première que l’odorat ne reconnaît pas. – Isabelle Cerboneschi.

C

ela peut sembler évident de nommer un parfum « Aura ». L’aura et le parfum ayant ceci en commun qu’ils rayonnent autour d’un corps de façon immatérielle, l’une étant énergie, l’autre étant odeur.

Encore fallait-il que ce nom soit libre afin d’être déposé et protégé juridiquement, ce qui est loin d’être évident aujourd’hui. Le directeur général d’un groupe de luxe m’expliquait récemment la difficulté, voire l’impossibilité de trouver des noms pour leurs nouveaux parfums, tout ou presque ayant été déposé, des mots les plus simples aux plus improbables néologismes.

Or il se trouve qu’Aura étant en dormance dans les archives de Mugler Parfums. Ce nom avait déjà été utilisé par la marque à l’occasion du lancement du film Le Parfum inspiré du livre éponyme de Patrick Suskind publié en 1884. Lorsqu’il est sorti sur les écrans en 2006, Mugler avait lancé en édition très limitée un coffret de 15 parfums créés par Jean Christophe Laudamiel et Christophe Hornetz, parfumeurs pour l’International Flavors and Fragrances (IFF) à New York.

Chaque senteur illustrait olfactivement un chapitre du livre. Aura était le dernier du coffret: une note presque vivante, tant elle était vibrante. Impossible d’en connaître la composition gardée secrète. Pierre Aulas, le directeur artistique des parfums Thierry Mugler m’avait confié à l’époque qu’ils pourraient bien reprendre cette idée un jour pour en faire un parfum. Et voilà que onze années plus tard naît Aura. Il n’a pas grand chose à voir avec le flacon d’origine qui repose bien au froid à l’abri de mon frigo (j’ai ce privilège), si ce n’est peut-être ce petit côté « amandé ». La première chose que l’on sent c’est une note verte et acidulée, qui s’arrondit en une sorte de lactescence vanillée, une facette de bois fumé, d’encens, une note résineuse, presque médicinale…

Ce parfum est intrigant car difficile à définir. Le nez croit reconnaître certaines senteurs, mais pas tout à fait. Difficile de les replacer dans un contexte parfumé. C’est un peu comme si ce parfum se dirigeait vers une note orientale, tout en faisant un détour par la forêt vierge et l’arrière boutique d’une pharmacopée chinoise. C’est à la fois addictif et déconcertant.

«C’est la liane fauve qui a cet aspect médicamenteux, explique Marie Salamagne, la parfumeuse qui a eu l’idée de ce parfum qui fut écrit à huit mains, ou plutôt à quatre nez. Mais comme cette substance n’a jamais été employée en parfumerie, on n’a pas les repères olfactif. C’est d’ailleurs ce qui lui donne un petit grain de beauté. C’est important de créer un accident dans un parfum, de ne pas faire quelque chose de trop lisse. Dans les parfums mémorables, vous noterez qu’il y a toujours un accident heureux »

Ce parfum enchâssé dans un flacon en forme de coeur possède une vraie puissance, la signature des parfums Mugler. On retrouve dans sa composition la liane fauve, aux multiples facettes, à la fois végétales, animales et « dragée-amandée”, la feuille de rhubarbe qui apporte sa fraîcheur, et la vanille bourbon, qui, une fois froissée, développe des senteur de cuir. Et il y a encore ce que mon nez discerne, parmi cette jungle d’odeurs venues d’ailleurs et sur quoi la marque a choisi de ne pas communiquer: un accord, tout petit, tout subtil de rose et de violette. L’odeur de sainteté…