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Azzaro, un homme, une femme, du glam’, du rock, chabadabada…

28 mai 2018

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Il y a toujours une deuxième chance, voire une troisième pour ceux qui ont du talent. Maxime Simoens a traversé ses déserts avant d’arriver chez Azzaro. Il en a compris tous les codes et a l’intelligence d’emmener la marque un peu plus loin. Vers l’homme aussi: un homme rock, d’un romantisme achevé, une créature qui sort la nuit et dort peut-être le jour… ou pas. – Isabelle Cerboneschi.

Maxime Simoens a connu les premiers coups de projecteurs très jeune. Puis les traversées du désert, très jeune aussi. Mais comme dans toute odyssée humaine, il y a toujours une deuxième et une troisième chance pour celles et ceux qui ont du talent.

A l’âge de 22 ans, il est sorti major de sa promotion à la Chambre Syndicale de la Couture parisienne avant de poursuivre son apprentissage dans quelques maisons de couture et de prêt-à-porter: Elie Saab, Jean-Paul Gaultier, Christian Dior et Balenciaga.

En 2008, il a 24 ans et lance sa propre marque. Repéré comme un talent prometteur à suivre de près, il espère devenir directeur artistique d’une grande maison, espérance déçue. En 2013, il reçoit le soutien financier et stratégique de LVMH, mais le groupe décide de se retirer de l’affaire deux ans plus tard, en 2015.

Il semblerait que la période des montagnes russes a pris fin. Depuis deux saisons Maxime Simoens dessine les collections Azzaro Couture. La première fut créée dans l’urgence. Pour la deuxième il a eu plus de temps. Il a fait défiler l’homme et la femme, ensemble. Les mannequins évoquaient des personnages flamboyants qui se prêtent certaines pièces de leur vestiaire sans se poser la question du genre de celui-là. Il lui emprunte sa veste lamé et la porte façon Mick Jagger, elle lui pique son teddy ou son perfecto pour le porter sur sa robe du soir. Rencontre.

I. C. Quelle est l’histoire de cette deuxième collection?
Maxime Simoens:
J’ai eu un peu plus de temps pour la créer. La première, je l’avais faite en un mois et demi. J’avais repris les codes d’Azzaro, j’avais essayé d’être au plus proche de l’identité de cette marque. Pour la deuxième collection, j’avais envie de m’exprimer un peu plus, tout en prenant le temps d’explorer l’historique et les archives de la maison. Ce que j’ai voulu réinterpréter, c’est le côté seventies de Loris Azzaro, mais dans une version exotique, en y mêlant des épopées vers l’Afrique et l’Asie. Il y a donc une mixité des origines et des genres dans cette collection.

Dans un même défilé vous présentez la couture et le vestiaire masculin. C’est assez nouveau dans le monde de la couture.
Comme nous sommes en train de développer une ligne de prêt-à-porter masculin « premium », de l’ultra luxe, j’avais envie d’intégrer des pièces couture pour homme dans le défilé et que l’on puisse oublier le genre du modèle. Certains garçons ont les cheveux longs, ils sont rock, ils évoquent la silhouette de Robert Mapplethorpe, certaines filles, Jerry Hall ou Grace Jones. Nous n’avons pas conçu pas une silhouette unisexe, mais des pièces qui passent de la femme à l’homme et réciproquement. Elle porte le blouson de son homme, il porte sa veste à elle. Cela donne une attitude hyper rock à l’homme et beaucoup plus cool à la femme. Ils portent des jeans version couture, retravaillés et brodés sur les côtés d’une bande de chaînes qui évoque un pantalon de smoking. Pour moi la couture ne peut pas être faite comme il y a trente ans: elle doit incarner la jeunesse, afin qu’elle puisse vivre.

Vous avez choisi des matières et des tissus lumineux, étincelants, des pièces pour briller la nuit?
Sortir, c’est dans l’histoire de la maison. Monsieur Azzaro et sa femme étaient des habitués de chez Castel, du Studio 54 à New York. L’esprit de la marque, c’était la fête, le glamour. Nous devons le garder. La couture doit faire écho à cette époque. Le prêt-à-porter est plus « casual », mais on retrouve toujours quelques éclats qui font référence à un homme et une femme sophistiqués, même au quotidien. Cette collection a été conçue dans la tradition de la couture, en faisant appel à tous les artisanats d’art: des broderies, des brocards réalisés exclusivement pour nous, des jaquards réimprimés. Nous avons fait beaucoup de recherches en ce qui concerne les textures: nous avons des cuirs lamés, des broderies en fleurs de cerisier, des cristaux qui viennent ennoblir les cols kaftans, des motifs de palmiers en velours dévoré et lurex. On retrouve tout un mélange de techniques, mais toujours avec de la brillance, parce qu’elle partie des codes de la maison. On la retrouve même en broche sur des pièces toutes simples pour l’homme, comme une touche d’étincelle.

Vous avez décidé de convoquer les fameuses années 1970, lorsque tout semblait possible. Est-ce une sorte de pensée magique en regard à notre époque?
Ce qui me semblait intéressant c’était justement de convoquer cet esprit dans les années 2018, alors que règne un certain conservatisme, notamment dans certains pays où l’on a le sentiment de régresser plutôt que d’avancer. J’avais envie de montrer que la diversité, le multiethnisme, la fraîcheur, la flamboyance, tout cela existe. Être fier de soi et de qui l’on est, c’est l’essence même de la mode et de ce qu’elle représente. C’est de la sociologie, la mode. Si l’on n’a pas un message à donner, on est à côté.

“C’est de la sociologie, la mode. Si l’on n’a pas un message à donner, on est à côté.”