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Less is more

27 mars 2018

La Breguet Classique Tourbillon Extra-Plat automatique ne dévoile que l’essentiel: deux aiguilles et un tourbillon. Avec une signature secrète sur l’émail Grand Feu du cadran. Une élégante manière de lutter contre la contrefaçon, qui touche Breguet depuis les origines de la marque. – Isabelle Cerboneschi, Bâle.

Il est des montres bavardes, qui gagneraient peut-être à en dire un peu moins, à garder une part de mystère pour celui ou celle qui en fera sa compagne au quotidien. Et puis il est des modèles qui ont l’élégance de dire l’essentiel en peu de mots. C’est le cas de la Breguet Classique Tourbillon Extra-Plat automatique. Ce n’est pas un modèle révolutionnairement nouveau, puisqu’il s’agit d’une réécriture de la référence 5377 présentée en 2013. Mais c’est une très belle réalisation, avec son cadran en émail Grand Feu et son visage épuré.

Je l’ai découverte à Baselword, dimanche. Pendant une foire de Bâle, combien de vrais coups de coeur? Une dizaine? J’y reviendrai.

Cette montre est destinée à ceux qui savent préserver des plages de “temps long” dans un monde où règne l’immédiateté. L’indication de la réserve de marche de 80 heures, qui était visible sur le cadran de la référence 5377, a disparu. Ne reste que l’essentiel: deux aiguilles et un tourbillon situé à 5h. «Ce cadran a quelque chose de très apaisant: il met en évidence le rôle de designer de Breguet, relève Emmanuel Breguet, vice-président de Breguet, en charge du patrimoine et du développement stratégique et descendant d’Abraham-Louis Breguet. Le fondateur de la maison était un grand inventeur et un grand technicien, mais c’était aussi un précurseur du design minimaliste, en ce sens qu’il a supprimé tout décor. Il a tout simplifié, tout épuré: ses pièces paraissent simples, même quand elles ne le sont pas. Le vrai chic Breguet c’est cela: paraître simple, même si on ne l’est pas.»

Ce garde-temps, proposé avec un boîtier en platine ou en or rose, est doté du calibre 581, un mouvement mécanique à remontage automatique extra-plat de 3 mm d’épaisseur. Lorsque l’on retourne la pièce, on découvre à travers le fond saphir que les ponts, le barillet et la masse oscillante tournant en périphérie du calibre, ont été gravés à la main.

 

DES FAUSSES MONTRE BREGUET DEPUIS LA RÉVOLUTION FRANÇAISE

Son cadran en émail Grand Feu possède la signature secrète Breguet. «La contrefaçon a commencé pendant la Révolution Française, chez nous, explique Emmanuel Breguet. Il y a eu beaucoup plus de fausses Breguet que de vraies pendant tout le XIXe siècle. Cela veut dire que lorsque nous recevons des demandes d’expertise – on en reçoit beaucoup – de la part de personnes qui ont trouvé une pièce ancienne signée Breguet, nous leur répondons hélas assez souvent qu’il s’agit d’une contrefaçon ancienne. Et malgré l’honnêteté de leur possesseur, cette pièce est née fausse et l’est toujours 200 ans après.»

Que fait Breguet de ces fausses montres historiques? «Nous ne faisons rien. Nous les redonnons à leurs propriétaires. Parfois il ne s’agit d’ailleurs même pas de contrefaçons, en ce sens qu’elles ne ressemblent pas à ce que faisait Breguet. Parfois les faussaires se contentaient de mettre la signature Breguet et d’exporter ces pièces dans des pays étrangers où il était plus difficile d’en vérifier l’authenticité qu’en France. Mais en dehors du mot Breguet, qui n’aurait jamais dû être posé sur ces montres, celles-ci n’ont pas grand chose de commun avec les garde-temps Abraham-Louis Breguet. Nous sommes en revanche très attentifs à la contrefaçon contemporaine, qui n’est pas encore dangereuse pour nous, parce qu’elle ne ressemble pas encore vraiment à nos montres, mais nous commençons à trouver des pièces, probablement faites en Asie, qui ont déjà un boîtier guilloché, un cadran étampé lui donner un air de guillochage. C’est en train de bouger. Mais le moment venu, nous serons prêt pour agir.»