Que la lumière et la couleur soient!

 In ART, CULTURE, EXPOSITION, PERSONNALITÉ
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Detail de Seville, Brian Clarke, The Art of Light, au Sainsbury Centre, organisé en association avec HENI. Photo ©Matthias Kirchberger.

 

Brian Clarke est la rock star du vitrail. Ses créations, où se mêlent une esthétique punk à une pensée humaniste, se retrouvent enchâssés dans des bâtiments du monde entier. L’Abbaye de la Fille Dieu, à Romont, est baignée par la lumière qui traverse son œuvre. Une exposition spectaculaire lui est consacrée à Londres. – Jo Phillips, Londres.

 

Brian Clarke est un homme dangereux. Bon, ok, pas véritablement dangereux mais il a une lueur insolente dans le regard. Et pourquoi pas… Il est l’artiste vitrailliste le plus connu au monde, et surtout le plus rock and roll. Il a une manière unique de travailler avec ce medium qu’il a radicalement réinventé.

Une esthétique punk dirige son travail, bien que nuancée par quelques notes profondes et douces. Il utilise des couleurs sexy, vivantes, et peut-être serait-il plus juste de dire qu’il est un émule des New Romantics, ce courant qui a suivi de près le mouvement punk, qui est né, lui aussi, dans les écoles d’art londoniennes et qui a fait son chemin jusque dans les clubs qui ont vu naître Boy Georges, entre autres. Des personnalités nées avec le punk, mais qui ont choisi un autre chemin, laissant de côté celui de la colère pour aborder un rivage plus sensuel et doux. Si les punks aiment les têtes de mort, les New Romantics n’oublient jamais d’y déposer une fleur.

Tout cela relève de l’évidence quand on est confronté à l’œuvre de cet artiste exposée de manière spectaculaire au Sainsbury Centre, à Norwich. Un lieu qui fête ses 40 ans par ailleurs. Le bâtiment lui-même est parfait pour accueillir cette exposition. Et ce pour plusieurs raisons. Conçu par l’architecte Sir Norman Foster, il s’agit d’un magnifique example de structure expérimentale; une architecture faite de modules préfabriqués, encastrés autour d’une charpente d’acier. D’immenses panneaux de verre ouvrent le bâtiment à chaque extrémité, et laissent couler des cascades de lumière dans l’entier de l’ouvrage. Un lieu idéal pour un peintre de la lumière. D’ailleurs l’exposition s’appelle Brian Clarke; The art of light, l’art de la lumière.

Qu’en est-il de son œuvre exposée justement? Trente immenses vitraux sont répartis depuis la mezzanine jusqu’à l’extrémité du building. Et parmi quelques pièces historiques, on en découvre également certaines qui appartiennent aux collections Sainsbury.

Les pièces dépeignent à peu près tout, de la colère à l’amour, de la perte, à l’argent, des fleurs, comme des visages tendus, angoissés, jusqu’aux chiffres des marchés boursiers.  En dehors de ces thématiques, on découvre également des vitraux représentant des images réalisées au fil de plomb. Dans certaines créations, Brian Clarke a totalement éliminé le plomb, alors que pour en réaliser d’autres, il n’a utilisé que ce matériau. Le fait d’avoir réussi à créer des vitraux sans plomb, magnifie son travail, de même que la lumière; les flux lumineux qui traversent les panneaux de verre renforcent le pouvoir des couleurs dont ils sont composés. Pour le professeur Paul Greenhalgh, directeur du centre, ce travail  “explore à travers une émotion pure, tout ce que signifie être un humain, depuis la joie, jusqu’à la perte et la douleur ».

L’artiste est né à Oldham et a été élevé dans un environnement spirituel. Il n’a pas forcément envie d’évoquer la religion lorsqu’il parle de son travail. Quand on pense à vitrail, on songe irrémédiablement à église, or ce n’est pas là qu’il puise son inspiration. Il évoque en revanche volontiers le travail de Marc Chagall (dont on peut découvrir les vitraux à la cathédrale de Rheims, ndlr), de Sir Basil Spence ou encore John Piper.

Lorsqu’il était encore un jeune artiste de 21 ans, Brian Clarke est parti pour un long périple en Europe et aux Etats-Unis, en quête de bâtiments modernes dotés de vitraux, essayant d’entrer en relation avec les différents architectes et les artistes à l’origine de ces œuvres. Il n’existait pas d’autre manière, à l’époque, d’apprendre ce type de travail. Brian Clarke évoque ses périples en bus qui le menaient dans de petites villes à la recherche de vitraux contemporains. Ce qui l’intéressait, c’était les artistes et les architectes avant-gardiste. A l’époque, il n’existait aucun livre de référence sur ce sujet, et Instagram n’existait pas. L’architecture est au centre de son univers. A ses yeux, cette exposition possède « une merveilleuse circularité », dit-il, en se remémorant le dessin du bâtiment que son grand ami Norman Foster avait dessiné sur une serviette de table.

Brian Clarke a très souvent collaboré avec Zaha Hadid, Renzo Piano et bien sûr Sir Norman Foster. Son travail est vaste et comprend les vitraux du Pfizer building à New York, du Mémorial de l’Holocauste à Darmstadt, du Victoria Quarter à Leeds, de la cathédrale Linkoping en Suède, de L’Abbaye de la Fille Dieu, à Romont, en Suisse, ou encore du lobby du groupe Apax sur Jermyn Street, à Londres. Il a même travaillé pour le pape!

La plupart de ses travaux de commande concerne ses vitraux, mais il arrive qu’on lui demande aussi des œuvres réalisées avec d’autres médiums: les toiles peintes, la sculpture, la mosaïque ou encore la tapisserie.

Pour citer Brian Clarke de nouveau, la « merveilleuse circularité » dont il parle, ne se résume pas à la boucle que fait le temps en le conduisant à exposer dans un bâtiment qu’il a connu avant même qu’il soit érigé. Il existe une véritable familiarité d’esprit entre son travail, d’une modernité viscérale, et ce bâtiment, qui relève du même mouvement de pensée. Punk? New Romantic? Peu importe… Ce travail n’a besoin d’aucune étiquette. Il est simplement fabuleux.

Brian Clarke, The Art of Light, Sainsbury Centre, Londres, exposition jusqu’au 14 octobre.

Jo Phillips est la directrice du magazine online Cent.

 

Detail de Chill Out, Brian Clarke: The Art of Light, au Sainsbury Centre, organisé en association avec HENI. Photo © Chris Gascoigne.

 

Detail de Grief, Brian Clarke: The Art of Light, au Sainsbury Centre, organisé en association avec HENI. Photo © Matthias Kirchberger.

 

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