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Reines des neiges

Fashion week Paris. Le défilé Chanel présentant la dernière collection automne-hiver 2019-20 dessinée à quatre mains par Karl Lagerfeld et Virginie Viard, fut le moment le plus attendu et le plus émouvant de toute la semaine de la mode. Dans la rue d’un village de montagne imaginaire, les mannequins passaient vêtus de longs manteaux et de larges pantalons à taille haute. Au fil des looks, on discernait tous les codes qui ont fait le succès de la maison, le noir et le blanc, le tweed et cet esprit rock-mantique qui rend la marque unique. – Isabelle Cerboneschi, Paris.

9 mars 2019

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Final du défilé Chanel présentant la dernière collection prêt-à-porter automne-hiver 2019-20. Photo: Olivier-Saillant.

En passant les portes du Grand Palais, un jour de défilé Chanel, on ne sait jamais ce qui nous attend de l’autre côté du décor. Encore moins un 5 mars 2019, deux semaines à peine après la disparition de Karl Lagerfeld. Derrière de grandes bâches noires, qui semblaient en deuil, se dissimulait une station de ski imaginaire. Après le noir, le blanc, comme pour nous rappeler symboliquement que la disparition est un passage. De l’autre côté du noir, donc, une rue immaculée, recouverte d’une couche de fausse neige, qui aurait pu être empruntée à Gstaad, ou St. Moritz, avec le chalet Gardenia en guise d’hôtel Olden. Après la plage (collection printemps-été 2019), la neige, transition naturelle.

Tous les invités étaient en attente de ce qui est officiellement la dernière collection signée Karl Lagerfeld et co-créée avec Virginie Viard. Même s’il se dit qu’il aurait laissé des idées lui survivre. Au son d’une clochette de traîneau, les filles sont sorties du chalet Gardenia les unes après les autres et se sont installées sur les escaliers. La voix de Michel Gaubert, le designer sonore de tous les défilés Chanel, a demandé une minute de silence. Les invités avaient une forme de gravité peu commune dans le monde de la mode.

Puis soudain, de manière inattendue, la voix de Karl Lagerfeld s’est élevée, racontant de son débit unique comment il avait accepté de reprendre la direction artistique de Chanel alors que tout le monde lui conseillait de refuser. « J’ai accepté parce qu’on me disait : “Ne le faites pas, ça ne marchera pas”. Mais c’est la première fois qu’une marque est redevenue un truc de mode apparemment, qui donne envie. Même la reine d’Angleterre, ça, je n’oublierai jamais, quand elle est descendue de la voiture (il parlait d’un défilé, ndlr) – on avait pris soin des décors, on avait mis une fortune en fleurs – a dit en anglais “Oh ! It’s like walking in a painting!” (“Oh ! C’est comme marcher dans un tableau!”, ndlr). Et cela je ne l’oublierai jamais. »

C’est un peu ce qu’ont fait les mannequins d’ailleurs, en ce 5 mars 2019 : marcher au beau milieu d’un tableau qui aurait pu être peint par Caspar David Friedrich. Avec Cara Delevingne en tête, elles se sont avancées sur une musique de Philip Glass, lovées dans des manteaux amples et protecteurs en tweed ou en motif pied-de-coq, portant des pantalons larges à taille haute. Tous les codes de la maison étaient réunis dans ce défilé: le noir et le blanc, le tweed, les vestes de tailleur, les ceintures chaînes, le double C. Et tandis que la collection printemps-été 2019 jouait avec l’imprimé parasol, l’automne-hiver révélait un motif de skieurs et de télésièges. Quelques silhouettes rock-mantiques avec pantalon de cuir, chemise à lavallière et cape, ont mis un peu de drame dans la rue unique de cette station de ski pas comme les autres.

L’actrice Penélope Cruz faisait partie des derniers passages. Elle portait une jupe « boule de neige » de mousseline et de plumes immaculées, telle une fée des neiges du XXIe siècle, et dans sa main, une rose blanche en guise de baguette magique. Dans cette allée de chalets de bois, avec sa fausse neige, l’esprit de Karl Lagerfeld était si présent. Virginie Viard, tout de noir vêtue, a fait une apparition pudique, puis est retournée en son chalet. Et les invités sont restés debout, bien après la fin du final, telle une foule immobile, qui doucement s’en est allée…

Reines des neiges

9 mars 2019

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Fashion week Paris. Le défilé Chanel présentant la dernière collection automne-hiver 2019-20 dessinée à quatre mains par Karl Lagerfeld et Virginie Viard, fut le moment le plus attendu et le plus émouvant de toute la semaine de la mode. Dans la rue d’un village de montagne imaginaire, les mannequins passaient vêtus de longs manteaux et de larges pantalons à taille haute. Au fil des looks, on discernait tous les codes qui ont fait le succès de la maison, le noir et le blanc, le tweed et cet esprit rock-mantique qui rend la marque unique. – Isabelle Cerboneschi, Paris.

En passant les portes du Grand Palais, un jour de défilé Chanel, on ne sait jamais ce qui nous attend de l’autre côté du décor. Encore moins un 5 mars 2019, deux semaines à peine après la disparition de Karl Lagerfeld. Derrière de grandes bâches noires, qui semblaient en deuil, se dissimulait une station de ski imaginaire. Après le noir, le blanc, comme pour nous rappeler symboliquement que la disparition est un passage. De l’autre côté du noir, donc, une rue immaculée, recouverte d’une couche de fausse neige, qui aurait pu être empruntée à Gstaad, ou St. Moritz, avec le chalet Gardenia en guise d’hôtel Olden. Après la plage (collection printemps-été 2019), la neige, transition naturelle.

Tous les invités étaient en attente de ce qui est officiellement la dernière collection signée Karl Lagerfeld et co-créée avec Virginie Viard. Même s’il se dit qu’il aurait laissé des idées lui survivre. Au son d’une clochette de traîneau, les filles sont sorties du chalet Gardenia les unes après les autres, et se sont installées sur les escaliers. La voix de Michel Gaubert, le designer sonore de tous les défilés Chanel, a demandé une minute de silence. Les invités avaient une forme de gravité peu commune dans le monde de la mode.

Puis soudain, de manière inattendue, la voix de Karl Lagerfeld s’est élevée, racontant de son débit unique comment il avait accepté de reprendre la direction artistique de Chanel alors que tout le monde lui conseillait de refuser. « J’ai accepté parce qu’on me disait : “Ne le faites pas, ça ne marchera pas”. Mais c’est la première fois qu’une marque est redevenue un truc de mode apparemment, qui donne envie. Même la reine d’Angleterre, ça, je n’oublierai jamais, quand elle est descendue de la voiture (il parlait d’un défilé, ndlr) – on avait pris soin des décors, on avait mis une fortune en fleurs – a dit en anglais “Oh ! It’s like walking in a painting!” (“Oh ! C’est comme marcher dans un tableau!”, ndlr). Et cela je ne l’oublierai jamais. »

C’est un peu ce qu’ont fait les mannequins d’ailleurs, en ce 5 mars 2019 : marcher au beau milieu d’un tableau qui aurait pu être peint par Caspar David Friedrich. Avec Cara Delevingne en tête, elles se sont avancées sur une musique de Philip Glass, lovées dans des manteaux amples et protecteurs en tweed ou en motif pied-de-coq, portant des pantalons larges à taille haute. Tous les codes de la maison étaient réunis dans ce défilé: le noir et le blanc, le tweed, les vestes de tailleur, les ceintures chaînes, le double C. Et tandis que la collection printemps-été 2019 jouait avec l’imprimé parasol, l’automne-hiver révélait un motif de skieurs et de télésièges. Quelques silhouettes rock-mantiques avec pantalon de cuir, chemise à lavallière et cape, ont mis un peu de drame dans la rue unique de cette station de ski pas comme les autres.

L’actrice Penélope Cruz faisait partie des derniers passages. Elle portait une jupe « boule de neige » de mousseline et de plumes immaculées, telle une fée des neiges du XXIe siècle, et dans sa main, une rose blanche en guise de baguette magique. Dans cette allée de chalets de bois, avec sa fausse neige, l’esprit de Karl Lagerfeld était si présent. Virginie Viard, tout de noir vêtue, a fait une apparition pudique, puis est retournée en son chalet. Et les invités sont restés debout, bien après la fin du final, telle une foule immobile, qui doucement s’en est allée…