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Des orchidées sur la neige

7 novembre 2018

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Pour la collection automne hiver de Léonard 2018/19, Christine Phung a poussé les imprimés floraux jusque sur des combinaisons de ski. Les prochaines neiges seront fleuries. – Isabelle Cerboneschi, Paris. Photographies: Michèle Bloch-Stuckens.

Dans les coulisses, juste avant le défilé automne-hiver 18/19, en mars dernier, tout est calme. Les filles se font maquiller, Christine Phung se fait filmer par une télé, la routine. Je flâne entre les portants, et soudain, je ne vois qu’elle: une combinaison de ski, toute imprimée d’orchidées. Un truc comme on en fait plus depuis les Bronzés font du ski, avec un rabat devant et des bretelles. Peu de chance que ça tienne chaud sur les pistes quand il fait -10. Cette combinaison est totalement régressive à une époque où l’on ne jure que par les vêtements techniques. J’adore. A quelques centimètres de là, une doudoune confirme que, si l’on en croit la collection Léonard, l’hiver sera froid.

I.C: Cette collection automne hiver 18/19 semble appeler la neige.
Christine Phung:
Je me suis confrontée au thème de l’hiver, du plein hiver et j’ai conçu des pièces chaudes, à manches, ouatinées, des doudounes, des jeux de superpositions. J’ai travaillé les imprimés floraux, ce qui n’était pas évident, dans des couleurs hivernales, avec du jaune moutarde, du violet, et beaucoup de rouge et bleu inspirés des vêtements techniques de ski. Ces teintes sont presque de l’ordre de la signalétique. J’ai travaillé aussi des motifs de fleurs qui ressemblent à des feuilles de platanes, avec des contreforts, des parties gelées, glacées, dans des teintes très franches.

Et cette combinaison de ski, on peut la porter pour skier?
Non, pas forcément, mais elle est imperméable. Après, vous faites ce que vous voulez avec… C’est la première fois que je m’affronte au grand froid. Cette collection est inspirée par l’Islande initialement. Et j’ai développé un imprimé comme un lac glacé en hiver, presque abstrait. La femme est entourée de froid et finalement elle devient ce paysage.

En Islande en hiver il ne pousse pas beaucoup d’orchidées. L’identité de la marque repose sur cette imprimé emblématique. Comment vous débrouillez-vous avec cette contrainte?
Les premières saisons, j’ai eu tendance à éluder cet imprimé:  j’ai travaillé le floral sans fleur. Sur ma première collection Jungle, je n’ai utilisé que du végétal avec des flashs de couleur qui, comme des hallucinations, rappelaient les fleurs. C’était presque subliminal. Sur la deuxième collection, j’ai travaillé l’idée du marbre et pour la troisième, la Polynésie, j’ai enfin plongé dans les fleurs. Je voulais comprendre, détourner, observer ce qui fait l’identité de cette maison.

Est-ce que la marque Léonard intéresse les millénials?
Cette mode est joyeuse, libérée. C’est une marque pour une femme qui a dépassé pas mal de contingences, une femme mûre. Notre challenge c’est bien sûr de cibler des femmes plus jeunes, des working women de 30-45 ans, mais tout en conservant notre clientèle actuelle.