Quand le vent souffle sur nos droits

 In ART, PERSONNALITÉ

Les mots de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, de la Magna Carta, de la Convention de Genève surgissent et s’effacent sur un écran, comme poussés par une rafale, avant de resurgir. Les oeuvres de l’artiste madrilène Daniel Canogar, que l’on peut voir sur le stand de la galerie Art Bärtschi & Cie à ArtGenève, sont une métaphore des dangers qui soufflent sur nos droits et nos libertés fondamentales. – Isabelle Cerboneschi.

 

Accrochés sur les murs du stand de la galerie Art Bärtschi & Cie, au salon ArtGenève, deux écrans plats. Le troisième est posé au sol. Des images mouvantes arborent des teintes d’automne pour le premier, de vert mousse pour le second et de violet-fuchsia pour le troisième. Les couleurs forment des coulures, à la manière d’un papier marbré florentin qui serait doté de vie. Je ne discerne pas tout de suite qu’avant de devenir images mouvantes, ces formes étaient des mots qui ont jailli sur l’écran et qui se sont déformés au point de se dissoudre dans une matière colorée, comme poussés par le vent. Le résultat est hypnotique.

Sur le premier panneau l’artiste a choisi d’inscrire des mots de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, sur le second ceux de la Convention de Genève, et sur le troisième ceux de la Magna Carta, trois textes fondateurs de nos démocraties. Mais arrêtons-nous un instant devant l’écran où défilent les Droits de l’Homme. Les mots « membres », « tous », « changer », « nation », « torture », « fortune », entre tant d’autres, s’élèvent et se déforment pour se fondre et former des marbrures de couleurs qui ne se mélangent pas. «C’est le vent qui souffle actuellement sur Paris qui crée cet effet de distorsion sur les mots», explique Daniel Canogar.

En réalité, les écrans sont reliés par le biais d’Internet à un logiciel qui traque en temps réel les vents qui passent sur les villes où les trois textes ont été signés. Par exemple, les mots de la Magna Carta seront poussés par les rafales soufflant sur Runnymede, ceux de la Convention de Genève par la bise genevoise et ceux de la Déclaration des Droits de l’Homme vont se tordre sous l’effet du vent qui souffle sur Paris au moment où le spectateur regarde l’œuvre.

Tandis que l’artiste explique son travail, un courant provenant du nord-ouest vient balayer toutes les paroles qui précisent nos droits fondamentaux. «Ces mots sont balayés de manière métaphorique, mais pas seulement: en ce moment même, nos droits sont en danger. La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme est érodée par le populisme, par les vents politiques contraires, par l’autorité, par la force, et ceci de manière globale, dans le monde entier», relève Daniel Canogar

Mais si les mots de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, de la Magna Carta, de la Convention de Genève s’envolent au vent sur les écrans de Daniel Canogar, ils reviennent toujours, avec acharnement. Parce que les libertés fondamentales ne se laissent pas effacer aussi facilement…

Drafts, 2017, galerie Art Bärtschi & Cie, Stand B34, Art Genève, Palexpo. Jusqu’à dimanche.

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