David Olifson, chasseur de regards en Inde

 In PERSONNALITÉ, PHOTOGRAPHIE, VOYAGE

Départ pour Dehli.

David Olifson a deux vies: officiellement, il travaille dans un groupe de presse, officieusement, il est chasseur d’images, de sourires, d’émotions surtout. Lors d’un périple de trois semaines dans une Inde peu visitée par les touristes, il est allé de ville en ville en quête de fragments de vie. – Isabelle Cerboneschi.

 

David Olifson a deux vies. La première, c’est sa vie professionnelle, un métier qu’il adore, qui lui permet de rencontrer des personnalités fascinantes, il est courtier en publicité, ou plus exactement Senior account Manager chez Tamedia SA. La seconde, c’est la photographie.

Il a découvert son goût pour la photo grâce à l’un de ces concours de circonstances que l’on rencontre plutôt dans les films que dans la vraie vie. Alors qu’il était employé par la régie publicitaire du groupe Edipresse, en 2007, il a accompagné un rédacteur en chef à la foire de l’horlogerie de Bâle et au Salon International de la Haute Horlogerie de Genève. Ce dernier a confié le soin à David Olifson de suivre ses rencontres avec les patrons horlogers. Et l’apprenti photographe ne s’est pas fait prier, saisissant avec son Reflex, ce qu’il percevait de ses interlocuteurs.

Sauf que ni les uns, ni l’autre ne pouvaient imaginer que ces quelques clics déclencheraient une passion définitive. Ces photos de patrons horlogers, David Olifson me les avait montrées à l’époque et il était déjà évident que l’apprenti photographe excellait dans une forme de maïeutique, qu’il avait cet art inné d’amener son interlocuteur à exprimer ce qu’il est, dans une vérité émouvante, en un regard, une posture. Ces images ont donné lieu à un ouvrage qui fut offert aux modèles volontaires. Et les années ont passé.

Mais pas le virus de la photographie. Il y a deux ans, David Olifson est tombé amoureux de Leica et a décidé de prendre des cours privés avec le photographe romand Patrick Grob (le fondateur de l’école Culture Photo) qui lui a appris la technique.

La photo, David Olifson l’a pratiquée avant tout pour sa fille, Salomé. «Chaque fois que l’on partait en voyage ensemble, je prenais énormément de photos et ensuite je créais pour elle des histoires que je faisais relier en album. Après un périple en Israël, par exemple, j’ai inventé l’Enigme du Trésor de Jérusalem. En rentrant de Bali, j’ai transformé les images en dessins et j’en ai fait une bande dessinée, un peu comme un guide pour enfants à Bali. A notre retour d’Orlando, au lieu de faire des photos, j’ai réalisé pour elle un faux dessin animé de Walt Disney. Et de ce voyage est né un film.»

Une créativité qui puise ses racines dans le manque. « J’ai perdu mon père quand j’avais neuf ans et je voulais que ma fille puisse garder une trace de ces voyages réalisés ensemble. Je lui laisse tout un héritage en images, en souvenirs, en livres, en vidéos.»

Le dernier périple de David Olifson ce fut l’Inde, hors des lieux arpentés généralement par les touristes. Loin des grandes villes aussi. Avec sa compagne, ils ont visité le ventre de l’Inde, de l’ouest à l’est, de Palitana dans le Gujarat, jusqu’à Bodhgaya dans l’Uttar Pradesh en traversant le Madya Pradesh. Ils sont allés de village en village, de mariages en rencontres.

Ce qu’il y a de particulier dans les images de David, c’est l’intensité des regards, la présence, cet échange sans parole auquel on assiste en différé. On est embrassé dans la scène qui s’est jouée sans nous. Il a réussi à se faire oublier juste après le mariage d’une jeune femme, dans la cuisine familiale, alors qu’elle faisait ses adieux à son père, tandis que son époux l’attendait dans la voiture, le coffre rempli de valises. On assiste à cet instant de la séparation, où les deux sont seuls au monde dans leur tristesse immense, oublieux de ce qui se passe autour, comme si l’on était acteur de la scène. Une silhouette au premier plan a l’élégance de rendre ce moment d’intimité entre le père et sa fille moins frontal. « Nous sommes entrés dans les mariages. Les gens venaient vers nous et ils nous ont inclus, ils nous ont invités, quelles que soient les castes. »

« J’aime cueillir les émotions, dit-il. Je n’arrive pas encore à faire de belles images de paysage: j’ai besoin qu’il se passe quelque chose. Et grâce à ma compagne, qui m’emmène en terre inconnue, j’ai découvert des univers émotionnellement très photogéniques. Je pars toujours en quête de regards, de rencontres, d’émotions », dit il.

 Les photos de David Olifson ne jugent pas, n’analysent pas, elles saisissent et nous offrent à voir. « Je déclenche quand je vois quelque chose. Mais je ne peux pas dire comment ça se passe. Je ne sais pas l’expliquer. J’attends. J’attends le moment. J’attends le regard. Il peut venir, ou pas. »

Les tirages de David Olifson sont en vente: Site Internet : www.olifson.ch
Facebook : David Olifson
Instagram : davidolifson

Sur la route.

Mandu: Regard furtif d’un enfant dans une minuscule échoppe.

Région de Dhar: Berger du Rajasthan se rendant dans le centre du pays pour vendre son troupeau de moutons.

Ujjain: Les mendiants du temple.

Envions de Sanchi: Sur son vélo en attendant son père.

Près de Omkareshwar: Les mains symbolisent la bienvenue sur les murs des maisons.

Environs de Varanasi: Vêtements séchant au bord du Gange, le fleuve le plus pollué au monde.

Chanderi: Collecte de bouse de vache pour en faire des galettes qui serviront de combustible.

Varanasi: Jeune mariée célébrant un mariage modeste au bord du Gange.

Ahmedabad: Derniers instants en famille pour une jeune mariée.

Ahmedabad: Le jeune marié attend son épouse dans la voiture qui les amènera dans leur foyer.

Orchha: Plusieurs centaines de personnes célèbrent le mariage de cette jeune fille.

Gare principale de Varanasi.

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