English English French French

Les bijoux indiscrets de Victoire de Castellane

6 février 2018

[Cliquez sur l’image pour voir la galerie]

La dernière collection haute joaillerie de Dior cultive le culte du secret. Inspirée par les couloirs secrets du Château de Versailles, qui menaient d’un appartement royal à un autre, la directrice artistique de Dior Joaillerie révèle quelques secrets sur ces bijoux à la dangereuse beauté. – Isabelle Cerboneschi, Paris.

V

ictoire de Castellane aime créer des bijoux à histoires: celles qu’elle a bien voulu raconter, mais aussi celles que l’on se raconte à soi-même, quand on regarde ses créations. On peut passer du temps à observer ses bagues, ses bracelets, ses motifs d’oreilles, et chercher à y décrypter des symboles comme dans la peinture du Moyen-Âge, qui remplaçait l’écrit.

Certaines caractéristiques figuratives reviennent de manière récurrente dans la joaillerie de Victoire de Castellane. On les reconnaît. Il y a les fleurs bien sûr, un amour qu’elle partage de manière post mortem avec Christian Dior, les symboles de la chance, car un bijou est talisman, et les têtes de mort, qui reviennent hanter les vitrines d’une saison à une autre.

Cela fait vingt ans que Victoire de Castellane dessine la ligne des bijoux Dior et nous emmène dans ses univers imaginaires. Ses bijoux valent signature. La preuve? Certaines clientes les exposent comme des oeuvres d’art, sans les porter. Elle glisse dans ses bijoux un peu de son pouvoir magique d’enchanteresse qui voudrait transformer le monde en beau, si possible, et si cela n’était pas possible, eh bien elle essayerait quand même. Qui sait?…

La dernière collection qu’elle a créée cultive le culte du secret dans la grande tradition de l’histoire du bijou. Pas de bague à poison, mais des bagues à tiroir où glisser ce que l’on voudra, des boucles d’oreilles memento mori, des montres cachées, des joyaux mystères.

I.C: Pourquoi tous ces secrets?
Victoire de Castellane: Il manquait un volet à la collection dédiée à Versailles et il me semblait important de créer des bijoux autour de l’idée du cabinet caché, du passage secret qui mène à la chambre de la favorite. Il y a des bagues qui s’ouvrent, qui pivotent, des pendentifs où l’on découvre une tête de mort, un peu comme l’apparition des fantômes de Versailles.

Le bijou à vos yeux, cela reste un trésor?
Oui, je voulais jouer avec cette idée de trésor, qui reste archaïque: quand on achète un bijou, c’est un petit trésor que l’on s’offre. Cela se traduit par des bagues cassettes, des bagues à tiroirs, des bagues écrins, un pendentif avec une serrure gravée derrière, en or ciselé. Il y a quelque chose de tellement jouissif quand on a une petite collection de bijoux, et que l’on fouille dedans pour chercher ce que l’on va mettre! Un rapport intime s’instaure avec un bijou que l’on porte à même la peau. Tout est symbole. Rien n’est fade avec un bijou: il peut représenter la passion, la mort, le vol, la violence d’une rupture, l’amour, l’intérêt. Un bijou possède plein de significations qui ne sont pas assez étudiées, je trouve.

Chacune des pièces présentées a l’air de porter en elle une part de magie. Ont-elles un pouvoir?
Oui, on peut en faire une double lecture: ce sont des ornements mais aussi des talismans. Tout ce que je crée, ce sont des armes pour protéger les femmes. Y compris la protection de l’invisible. Je pense aux bagues avec les têtes de mort. On pense toujours que le monde de l’ombre fait peur, mais on devrait le voir autrement. C’est une partie de notre vie, la mort, et on pourrait apprendre non pas à l’apprivoiser, mais à la penser différemment. L’idée de ne plus mourir, je trouverais cela terrible.

Contrairement aux collections précédentes vous n’avez pas utilisé de couleurs acidulées, pas de tourmaline paraiba, pas de saphir padparadscha…
Pour exprimer cette idée de mystère, j’ai choisi d’utiliser des couleurs plus sourdes, plus sombres, moins vives. Les rouges tendent vers le violet ou le pourpre, les bleus sont nuit ou gris, les jaunes sont moins vifs. Je cherchais des tons délavés, un peu passés. Et aussi dans les tailles de pierre, j’ai cherché des choses différentes: j’en ai fait sertir certaines avec la culasse en l’air, car cela se prêtait mieux avec les compartiments secrets qui étaient en dessous. Je ne voulais pas être entravée. J’aimais aussi ces diamants miroir, comme une flaque d’eau. C’est une collection assez romantique, finalement…