English English French French

Les jardins secrets d’Emmanuel Tarpin

15 août 2018

[Cliquez sur l’image pour voir la galerie]

Il aura fallu à peine un an à Emmanuel Tarpin pour se faire connaître dans le monde de la joaillerie. Ses bijoux, à mi-chemin entre le réalisme et le symbolisme, sont des pièces uniques qui ont de belles histoires à raconter. – Isabelle Cerboneschi.

La première fois que le public a pu découvrir un bijou signé Emmanuel Tarpin, c’était chez Christie’s, à New York, en décembre 2017, pendant les ventes Magnificent Jewels. Le 6 décembre 2017, un acheteur ou une acheteuse, est tombé sous le charme de sa première paire de boucle d’oreilles – des feuilles de géranium en or et aluminium anodisé vert sombre, serties de diamants – et l’a l’emportée pour la somme de 25’000 dollars.

La nature est une source d’inspiration infinie pour cet ex-étudiant de la Haute Ecole d’Art et de Design (HEAD) de Genève: un géranium à demi fané, un escargot, une plume, croisés au fil d’une promenade suffisent pour mettre le feu à son imaginaire. Le travail de l’artiste écossais Andy Goldsworthy, spécialisé dans le Land Art est également une source à laquelle il aime puiser. Certaines de ses pièces évoquent l’art cinétique, mais de manière subtile, pas ostentatoire: Emmanuel Tarpin crée des bijoux, pas encore des œuvres d’art. Encore que, la frontière entre les deux est parfois très ténue.

Le joaillier Joel H. Rosenthal, alias JAR, croisé en mai dernier dans les couloirs du salon Gem Genève où le jeune joaillier exposait, suit son travail d’assez près. On le comprend.

I.C: Vos sources d’inspiration semblent inépuisables…
Emmanuel Tarpin: L’inspiration me vient assez spontanément. J’ai une idée, je la réalise, et c’est tout. Je ne crée que des pièces uniques car quand j’ai fait quelque chose, j’ai envie de passer à autre chose. Pour moi, la personne qui porte un bijou doit être la seule à pouvoir le posséder.

Quelles histoires racontent vos bijoux?
Prenez la broche Hortensia par exemple. Je suis né à Annecy et mes arrière-grands-parents avaient fait construire une maison au bord du lac. Les premières fleurs qui ont été plantées dans le jardin, c’étaient des hortensias. Ils y sont toujours: ils sont comme l’essence de la maison. C’est notre fleur familiale. Elle traverse bien les temps. À la fin de l’été, quand ils commencent à faner, une partie du pompon sèche tandis que l’autre partie devient de plus en plus pourpre. C’est ce moment-là, la fin de l’été, juste avant que la fleur ne fane, que j’ai voulu rendre avec cette broche. J’ai utilisé des spinelles et des rubis birman, l’arrière du bijou est en or vert, et les pétales fanés sont en or rose. Certains pensent qu’une broche est un bijou désuet, mais ce n’est pas mon cas. Dans les cheveux, c’est très, très beau!

Apprendre à créer des bijoux, c’était une vocation?
Absolument! Mes deux parents son notaires! Depuis que je suis enfant, j’ai l’impression d’avoir suivi un chemin qui m’a mené au bijou. Tout petit, j’allais au marché avec mon père voir des vendeurs de minéraux. Cela me fascinait: ça brillait, c’était beau! J’ai toujours été très manuel: j’ai étudié le hautbois pendant 15 ans, la sculpture sur argile pendant 13 ans. Après mon baccalauréat j’ai fait une école préparatoire en joaillerie, puis j’ai été reçu à la HEAD où j’ai passé un bachelor. Par la suite, j’ai travaillé pendant 3 ans et demi dans un atelier de sous-traitance pour Van Cleef & Arpels où j’ai appris la technique, avant de créer ma société en 2017.

Est-ce que vous réalisez un gouaché ou une sculpture avant de réaliser le bijou?
Cela dépend de la pièce. Souvent je fais une maquette en papier ou en cire. Pour la broche Hortensia, j’ai pris des empreintes en silicone des fleurs qui poussaient dans notre jardin. C’est un travail assez fastidieux, mais je travaille avec l’un des plus anciens ateliers à Paris où les joailliers et les artisans d’art ont la même sensibilité que moi.

Qui admirez-vous dans ce métier?
JAR! Lui, c’est un artiste! Nous nous voyons régulièrement. Il est très sensible, très encourageant. Nous avons quelques traits de caractères assez similaires: nous faisons ce qui nous plaît. J’admire aussi Victoire de Castellane: elle a insufflé un esprit nouveau dans le monde de la joaillerie et ose mixer les couleurs de manière fascinante.

Vous avez cette même approche de la pièce unique…
Un bijou, c’est à la fois précieux et intime, car c’est un objet en rapport direct avec le corps. Il doit avoir un côté rare. Ce n’est pas simplement une pierre sertie, c’est tout une recherche, tout une histoire, un bijou.