Quand les marques se lancent des défis à travers leurs montres ultra-plates

5 février 2018

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Depuis toujours, la finesse horlogère compte comme un attribut qui signe une noblesse de construction et, par extension, qui souligne celle de son propriétaire. Subtiles à fabriquer sans être des complications, ces références font régulièrement les gros titres car cette approche mécanique tutoie l’exploit et fait de ces merveilles des montres à part. Compétition en cours. – Vincent Daveau.

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n regardant avec attention l’histoire horlogère, il est presque possible de dire que la finesse est consubstantielle aux progrès ayant permis au métier d’atteindre des sommets. L’envie d’affiner les mécanismes, au moins aussi puissante que celle visant à améliorer la précision, a imposé aux horlogers de trouver dès la fin de la Renaissance, des solutions techniques pour leur permettre de gagner parfois quelques dixièmes de millimètres d’épaisseur. La finesse s’est rapidement imposée comme la preuve de la maîtrise d’un horloger à dominer son art. Et pour faire court afin, ce goût du défi a donné naissance à la montre-bracelet.

 

Les progrès significatifs en matière de finesse correspondent avec la mise au point d’échappements modernes permettant aux horlogers de réduire l’épaisseur du mouvement en se passant du composant auparavant essentiel, communément appelé « chaîne-fusée ». Une fois libérés, ils ont pu commencer à se lancer dans la production de montres de plus en plus fines, l’émulation créant l’envie, et les duels poussant les uns et les autres au dépassement.

 

Quelques maisons ont marqué de leur empreinte cette discipline. En considérant seulement les époques récentes, on pense à Cartier et à ses montres « couteaux » des années 1920 ou au calibre 1003 de Vacheron Constantin qui, créé en 1952 pour le bicentenaire de l’entreprise, faisait 1,64 mm d’épaisseur. C’est alors que la maison Piaget, déjà spécialisée dans la fabrication de montres plates, présentait mais sous son propre nom cette fois, le calibre 9P en 1957 qui faisait alors 2 mm d’épaisseur.

 

Le record absolu en matière de mouvement extra-plat a été décroché durant les Seventies par la maison Jean Lassale dont le calibre mécanique à remontage manuel cal. 1200, produit de 1976 à 1979, faisait tout juste 1,2 mm d’épaisseur grâce à l’emploi de roulements à billes. L’extra-plat a été ensuite récupéré par les marques proposant des références à quartz. Ainsi, la marque Longines devait proposer en premier la Delirium, une référence d’une incroyable finesse au poignet dotée d’un mouvement ETA (et suivie ensuite par Omega, Concord et Eterna).

 

DIAMÈTRE VS ÉPAISSEUR: UNE QUESTION D’ÉQUILIBRE

Le retour en grâce pour les montres mécaniques à partir des années 1990 n’a pas immédiatement entraîné un regain d’intérêt pour les garde-temps extra-plats. Quelques maisons comme Jaeger-LeCoultre ou Blancpain, ont proposé des instruments spécialement fins, mais leur présence était marginale. L’engouement pour l’extra-plat ne s’est vraiment manifesté que lorsque les garde-temps ont atteint, dans le courant des années 2005-2007, une taille critique. Leur diamètre XXL imposait une épaisseur revue à la baisse pour que ces montres continuent d’être décemment portables sans devenir désagréables au poignet.

 

Face à la croissance en taille des montres, les signatures les plus attachées au confort de porté, ont commencé à réfléchir, comme Piaget, à l’idée de réaliser des modèles d’une grande finesse. En 2010, à l’occasion des 50 ans du calibre 12P, cette manufacture lançait l’Altiplano équipée du calibre 1208P. Avec cette référence, Piaget reprenait la main sur les concurrents capables de jouer dans cette discipline.

 

Seulement, comme le disait récemment Jean-Christophe Babin, le CEO de Bulgari, les records sont faits pour être battus. Voilà pourquoi cette entreprise italienne, gravitant dans le même secteur pour toucher une population sensiblement identique, se décidait à présenter dès 2016 la gamme Octo Finissimo, une ligne ultra fine dotée d’un dessin de boîtier ultra puissant. Convaincue d’avoir la possibilité d’occuper un secteur de niche, la marque Bulgari a décliné très rapidement cette finesse en proposant un tourbillon, puis une répétition minutes avant de s’attaquer à la montre simple et automatique, fabriquée contre toute attente, dans un boîtier en titane ultra léger: l’Octo Finissimo Automatic. Cette montre automatique en titane de seulement 5,15 mm pour 40 mm de diamètre et dotée d’un calibre de 2,23 mm d’épaisseur, posait les bases d’une compétition à laquelle Piaget ne pouvait manquer de participer.

 

FINE COMPÉTITION: LES MARQUES RELÈVENT LES DÉFIS

Cette année, Piaget a choisi de lancer deux pièces conçues pour reprendre la main dans ce domaine : l’Altiplano Ultimate Automatic et l’Altiplano Ultimate Concept. La première, servie par un calibre original baptisé 910P doté d’une masse oscillante placée à sa périphérie, est proposée en or blanc ou en or rose et possède une épaisseur de 4,30 mm. Ce garde-temps de série établit un nouveau record dans sa catégorie.

 

Mais pour s’assurer de conserver durablement le titre de marque ayant créé la montre la plus fine du marché, Piaget a dévoilé un instrument délirant (pour reprendre l’idée de la Délirium de Longines) qui, sur la base du concept, démontre la faculté de l’entreprise de repousser toutes les limites dans le secteur de l’extra-plat. Cette création de seulement deux millimètres d’épaisseur, parée d’un boîtier de 41 mm de diamètre réalisé en alliage de cobalt pour pouvoir résister aux déformations, a fait sensation lors du dernier Salon International de la Haute Horlogerie qui s’est tenu à Genève en janvier dernier.

 

Equilibré et délicat sans avoir pour autant l’air fragile, ce garde-temps est, comme le précédent, un produit faisant s’unir très étroitement le mécanisme au boîtier puisque la platine du mouvement est constituée du fond de boîte. Cette merveille composée de 283 pièces fait l’objet de cinq demandes de brevets, dont un pour son balancier sans coq vibrant à 4 hertz et seulement maintenu à la structure par un roulement à billes. On notera également qu’en raison de son extrême finesse et pour conserver une ligne agréable à l’ensemble, les ingénieurs de la manufacture ont mis au point un petit outil additionnel remonter la montre sans difficulté.

 

Cette première mondiale magnifique n’a pas manqué de titiller les envies de la concurrence, d’autant que la manufacture Audemars Piguet présentait également une version très personnelle de l’ultra-plat avec la Royal Oak Quantième Perpétuel RD#2, la référence dans cette spécialité, aujourd’hui la plus fine du monde.

 

Face à cette montée en puissance des marques dans ce secteur, les principaux acteurs ayant fait le choix de communiquer autour de la finesse sont pratiquement dans l’obligation de réagir pour entretenir leur image. A ce propos, Jean Jean-Christophe Babin, le CEO de Bvlgari annonçait, il y a peu à un petit parterre de journaliste, que selon toute vraisemblance il allait relever le défi de l’extra-plat et proposer une interprétation de sa vision de la finesse horlogère à travers la ligne Octo lors de Baselworld 2018. Un nouveau duel technique à suivre de près

xpiagetslim
Piaget Altiplano ultimate concept.