S’habiller pour la liberté

13 février 2018

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Le propos de l’hiver prochain, découvert sur les podiums masculins, est de s’amuser et de clamer haut et fort sa liberté. Le cirque de la mode affiche des allures de cabaret, de grand spectacle où les queers, les cosmonautes, les nerds, les sportifs, les excentriques, les bourgeois, les fantasques, tous représentés avec leurs différences, descendent dans la rue. Des différences, qui rendent chaque homme unique à sa façon et que la mode défend. – Jean Privé.

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n homme en cape d’autruche arpente les rues, des élégants portants des masques « têtes de chiens » vont au sport, une orgie se transforme en imprimé. Mais que se passe-t-il ? C’est la fashion week!

 

On dit qu’un créateur a voulu évoquer à travers sa collection, les scandales sexuels qui ont ébranlé le monde de la mode et du cinéma ces derniers mois. Mais non, il voulait juste s’amuser, parler de sexualité librement. Car oui, tout le propos de l’hiver prochain sur les podiums masculins est de s’amuser et de clamer haut et fort sa liberté.

 

Le cirque de la mode affiche des allures de cabaret, de grand spectacle où les queers, les cosmonautes, les nerds, les sportifs, les excentriques, les bourgeois, les fantasques, tous représentés avec leurs différences, descendent dans la rue. Des différences, qui rendent chaque homme unique à sa façon et que la mode défend. 

 

Un million de tweets plus tard et après de multiples scandales, le #balancetonporc s’inscrit à l’heure d’aujourd’hui comme un véritable phénomène de société. Il est caractéristique d’une époque où l’on devient juge derrière son écran et où livrer son verdict à coups de tweets et de posts instagram, devient un automatisme. C’est ce que Catherine Deneuve tentait en vain d’expliquer, avant d’en faire les frais.

 

Le créateur belge Walter Van Beirendonck est le dernier à avoir été assimilé à ce hashtag. Sa collection, qui fait défiler des parkas-cochons en latex fluo, a fait le buzz. Les journalistes ont écrit que sa collection s’inspirait des derniers scandales liés aux agressions sexuelles et fait référence au célèbre hashtag. Mais il n’en est rien. Le défilé se veut comme une ode à la liberté sexuelle, au jeu et au fétichisme en reproduisant l’image d’une soirée underground de « club kids » dans un garage au début des années 90. Il rend hommage à ces gens qui se sont battus pour leur indépendance en la célébrant. Walter Van Beirendonck joue sur les jeux de textures, des tops en résille se portent sous des vestes matelassées à la taille marquée, les cabans sont métalliques, les pantalons et les parkas en latex. Le clou du spectacle ? Un imprimé réalisé par l’artiste et designer Andrea Cammarosano, au nom évocateur de « Gang Bang ».

 

Cette liberté revendiquée par Walter Van Beirendonck, les créateurs, de Londres à Paris en passant par Milan, en font leur porte-étendard et délivrent des collections fortes, chacune unique en leur genre à l’image de l’homme qui en est le messager. Qui de mieux que Charles Jeffrey Loverboy, nouvelle coqueluche des médias, pour défier la banalité ? L’homme qu’il dessine porte de longs pulls déchirés en robe avec des souliers XVIIIe, des combinaisons en denim façon Keith Haring ou encore des chemises-kilts, une première. Il a remporté le prix de « talent émergent » des British Fashion Awards l’année dernière pour sa créativité débordante.

 

Dans l’esprit toujours jeune créateur, Ludovic de Saint Sernin bouscule également les codes du vestiaire masculin. Pour sa dernière collection, le créateur s’inspire de l’œuvre de Dali, précisément son tableau La Persistance de la mémoire, avec les célèbres horloges molles et difformes. Comment cela se traduit sur le vêtement ? Par des assemblages de formes qui créent un gilet en céramique, des pantalons en velours qui se détachent de leur ceinture pour former comme un trompe-l’œil culotte et cuissardes très très hautes. Un travail brillant sur le questionnement du corps de l’homme et son rapport au temps.

 

Enfin pour clôturer ce trio de jeunes, Palomo Spain est la marque à suivre d’urgence. Des ensembles flamenco en velours rouge à franges à la grande cape Roi Soleil portée avec des cuissardes, tout est parfaitement réalisé et magnifique.

 

Dans la cour des grands et dans un autre style, Donatella Versace nous rappelle que l’histoire de la maison Versace est riche et libre de toute convention. Alors que la série American Crime Story de Ryan Murphy retrace actuellement le meurtre de Gianni Versace avec en guest star Penelope Cruz dans le rôle de Donatella, la marque affirme ses codes et son esthétique flamboyante. Les vestes en velours imprimé baroque et réalisées comme des doudounes sont sans doute ce qu’il y a de plus beau sur les podiums cette saison.

 

Dans un cheminement plus intellectuel, la marque Undercover était l’invité du Pitti Uomo et a pour l’occasion créé des mondes parallèles à coups d’imprimés hors du temps : cosmonautes dans un palais rococo, un temple à l’image de Kubrick… Tout un concept.