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Une collection entre Shogun et manga

15 novembre 2017

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La croisière 2017/18 de Louis Vuitton qui vient d’arriver en boutique, avait pour décor le Musée Miho, une merveille architecturale signée Ieoh Ming Pei, à une heure de Kyoto. Au sein de cette verdure, sans repère, le temps s’est arrêté le temps d’un défilé. Des femmes samouraï, des bikeuses façon années 1970, des personnages de manga ou de théâtre Nô ont pris possession du podium. – Isabelle Cerboneschi

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our accéder au musée Miho, qui a été creusé à même la roche, on peut emprunter une route sinueuse à flanc de montagne ou passer par l’entrée: un petit chemin qui mène à un tunnel argent d’une beauté de science fiction, relié au musée par un pont suspendu. Serait-ce là le passage oublié, menant vers ce pays extraordinaire dont parle Tao Yuanming dans La Source aux Fleurs de Pêcher? Ce poème en prose raconte l’histoire d’un pêcheur qui se promenait le long d’une rivière, lorsque soudain il s’est trouvé au milieu d’une forêt de pêchers. Voulant en savoir plus il est remonté à la source et découvrit un passage menant vers un pays merveilleux. Une fois rentré chez lui, le pêcheur perdit la trace du chemin et personne ne fut jamais à même de la retrouver…

C’est ce décor hors du temps creusé au milieu d’une forêt opulente, cette architecture qui s’unit à la nature et où le passé se fusionne au présent, que Nicolas Ghesquière a choisi pour dévoiler sa collection Croisière 2017/18. Une collection à l’image de ce lieu d’ailleurs, qui fait des ponts entre Orient et Occident et entre les époques. «Nicolas Ghesquière et moi cherchons toujours un lieu qui fasse sens par rapport aux valeurs de la maison: le voyage, l’exotisme, l’authenticité, l’artisanat, toutes ces valeurs classiques, explique Michael Burke, le président-directeur général de Louis Vuitton. La collection de Nicolas s’inspire profondément du lieu. Kyoto représente le passé mais le Japon incarne le futur. Et comme Nicolas le dit très bien c’est peut-être le pays où l’on conjugue à la fois le mieux la technicité, l’avenir, la science fiction et le passé. C’était d’ailleurs le thème de la croisière et c’est pour cela que Kyoto faisait du sens.»

Des vestes de motardes des années 70 en marqueterie de cuir portées sur des chemises blanches et et mini jupes ouvrent le défilé. Puis ont suivi des robes de brocart, des imprimés figurant des masques Kabuki dessinés par le créateur Kansai Yamamoto qui avait créé dans les années 1970 les costumes de scène de David Bowie époque Aladdin Sane et Ziggy Stardust, des robes chemise brodées d’argent à la façon des kintsukuroi, ces bols fêlés aux cicatrices d’or, des ceintures de Obi transformées en tissus, des kimonos revisités, des vestes carapace pour femmes samouraï délestées de leur Naginata (leur sabre recourbé), tout un vestiaire faisant à la fois référence à la culture manga et au théâtre Nô. Nicolas Ghesquière nous a transportés dans un ailleurs indéfini: loin, proche, futur, passé, irréalité? Il a inventé un vocabulaire, une sorte d’espéranto stylistique, empruntant aux différentes cultures certains codes pour les agencer et les réécrire à sa façon. Et chaque pièce était un voyage en soi.

Pourquoi une collection croisière?

J’ai posé la question à Michaël Burke, le président-directeur général de Louis Vuitton. Ouvrons les guillemets.

“La collection croisière est hybride. Elle fait le lien entre les deux autres saisons, arrivant en magasin quand l’automne-hiver est déjà là et est encore là quand le printemps-été arrive. C’est la pièce maîtresse.

Quand nous défilons à Paris pendant la semaine du prêt-à-porter, nous avons 12 minutes pour conter l’histoire de notre marque, car nous sommes finalement des conteurs. La croisière est un moyen de créer une narration plus complète, plus puissante, compréhensible et pérenne.

Ce n’est pas une opération marketing, c’est exactement l’inverse. C’est la rencontre directe entre nos clients – 400 invités du monde entier, leur rêve, leur désir – et nos créations, notre point de vue exprimé pleinement sur une période de 48 h. Ce n’est pas juste un défilé: il y a un avant, un après, les amis, les rencontres qui se font. C’est un art de vivre.”