Sur les traces de Ferdinand Hodler

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Le lac Léman et la chaîne du Mont-Blanc: 100x50cm.

Pour célébrer le centenaire de la mort du peintre suisse, le photographe Charly Schwartz a choisi de poser son appareil photo à l’endroit même où le peintre a placé son chevalet cent ans plus tôt. A découvrir à la galerie Krisal. – Isabelle Cerboneschi

 

Il faut être doté d’une sacrée détermination et d’une bonne dose de patience pour s’aventurer sur les traces de Ferdinand Hodler et de poser son appareil photo exactement là où le peintre plaçait son chevalet un siècle auparavant.

Pour le centenaire de la disparition de celui que l’on considère comme le peintre national suisse, le photographe Charly Schwartz, s’est demandé comment s’intégrer dans cette commémoration. « Le plus simple, c’était d’aller sur les traces de Ferdinand Hodler et tenter de traduire ses tableaux en photo». Ce qui peut paraître une évidence de prime abord n’est pas allé de soi: « La première difficulté était de trouver l’endroit où il avait posé son chevalet. Même s’il y avait des indications précises sur la région dans le catalogue raisonné, elles ne donnaient ni l’angle de vue, ni la hauteur. On sait qu’il se rendait chez des amis à Chesières, qu’il allait voir son fils dans un sanatorium à Montana, on sait où il a fait la peinture, mais pas exactement où, à l’angle près, explique le photographe. Pour photographier les Aiguilles du midi, cela m’a pris cinq jours afin de trouver l’endroit exact. Certains secteurs d’ailleurs ont disparu: soit des constructions ont été bâties juste devant, soit des pans de montagnes sont descendus et on ne peut plus trouver plus l’endroit.»

Pour retrouver les lieux précis, Charly Schwartz a pu compter sur l’aide des gens du coin et des alpinistes.  “A Chesières quelqu’un m’a dit que le tableau avait été fait depuis son jardin. Et effectivement, c’était le cas. A l’époque c’était un pré et en posant mon appareil photo dans ce jardin, j’ai retrouvé exactement l’angle du tableau.”

La balade sur les traces du peintre pour photographier ses paysages aura duré un an.  « Mais cela ne restait que des photos. Pour moi cela ne suffisait pas, dit Charly Schwartz. Je voulais leur donner un esprit “hodlérien”. Je les ai donc retouchées, je les ai repeintes avec de la gouache, certains paysages ont été estompés, puis je les ai re-photographiées.» Le résultat est assez bluffant d’ailleurs. On retrouve dans ses photos le principe du parallélisme qu’appliquait le peintre, cette répétition de formes et de lignes typiques de son style. « Ce que j’aime dans ses paysages, ce sont les contrastes, la profondeur, l’intensité de la nature», dit le photographe.

« Je garantis l’exactitude de la largueur des images: c’est exactement celle des tableaux. En revanche je n’ai pas toujours pu respecter la hauteur: je me suis confronté à des obstacles qui n’existaient pas à l’époque. J’ai supprimé les éléments qui ne servaient à rien. Il y a deux lectures de ce travail: quand on est à distance on croit que c’est un tableau et quand on s’approche on voit que c’est une photo.»

Les tableaux de Ferdinand Hodler disent la Suisse mieux que des mots. « La Suisse, dans l’imagerie collective, c’est les montagnes, les lacs », souligne Charly Schwartz. Le peintre bernois, qui s’est éteint à Genève, a su rendre la rugosité d’un lieu et d’un peuple avec ses pinceaux et ses couleurs.

“Hodler a traduit mieux que quiconque un certain nombre de qualités propres aux gens du peuple suisse de son époque. Il y est parvenu par cette espèce de rudesse du trait, cette puissance impulsive du dessin, par une espèce de rage accumulée contre tous les obstacles et qui s’extériorisait par cette force du dessin, mais aussi par l’extraordinaire sensibilité que l’on trouve dans ses paysages ou dans certains portraits. Donc il y a non seulement une thématique nationale, mais surtout une forme qui n’est ni française, ni italienne, ni germanique, quelque chose comme une grandeur primitive, une espèce de solidité de granit et d’équilibre qui tient aux paysages alpestres et lacustres au milieu desquels il a grandi.”, écrivait en 1991 l’historien d’art Jura Bruschweiler, spécialiste de l’œuvre du peintre.

Quand on regarde les tableaux de Ferdinand Hodler après avoir vu l’exposition d’images qui lui rendent hommage, on se rend compte à quel point ses compositions étaient photographiques: « Ses tableaux sont construits par tiers, note Charly Schwartz. Chez lui on retrouve toujours trois éléments: l’eau, la montagne, et le ciel. L’eau est parfois remplacé par le brouillard.» Faisait-il des photos? « Je ne pense pas. Je n’ai vu aucune photo faite par lui. On pense que ses peintures au bord de l’eau était faites au chevalet, mais quand il était en montagne on pense qu’il dessinait des croquis. »

Le peintre bernois est mort à Genève le 19 mai 1918. Il reste une année pour redécouvrir son oeuvre peint, et pourquoi pas, marcher sur ses traces, et sur celles de Charly Schwartz. 

Charly Schwartz, Sur les traces de Ferdinand Hodler, Galerie Krisal, 25 rue du Pont Neuf, 1227 Carouge. Jusqu’au 17 février. Finissage en présence de l’artiste samedi 10 février.

Jungfrau: 92x68cm.


Grand Murevan: 100x50cm.


Rade et salève: 80x60cm.


Trois dames: 92x68cm.


Aiguilles rouges: 100x50cm.

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