Une mystérieuse pierre rose née dans une mine de charbon

 In BIJOUX, CULTURE, EXPOSITION, NATURE, SAVOIR-FAIRE, SCIENCE

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Photo: © David Fraga.

Lors du salon GemGenève, en mai dernier, le bijoutier valaisan Grégoire Maret a présenté une pierre qui n’existe que dans un seul endroit dans le monde: une gemme rose baptisée calcite cobaltifère. Elle a été découverte dans une mine de charbon abandonnée, dans le canton du Valais, aujourd’hui inaccessible. Il en a fait un pendentif. Mais le plus intéressant, dans cette histoire, c’est son histoire justement. –  Isabelle Cerboneschi.

 

Imaginez deux amis cristalliers qui, depuis leur enfance, vont crapahuter dans les mines valaisannes abandonnées depuis 1943 dans la région d’Isérable. Ils se faufilent dans des boyaux à peine plus larges qu’eux, se glissent entre les poutres de soutènement. Et un jour, ils découvrent des coulures d’un rose très intense, des stalactite et des motifs en draperies, qui contrastent avec le noir du charbon. La première fois qu’ils ont sorti cette pierre de la mine, c’était au début des années 1990. La gemme a été analysée par le laboratoire de Lausanne en 1995 et a été décrite comme étant de la calcite cobaltifère, une nouvelle gemme suisse qui doit sa couleur aux infiltrations d’eau calcaire chargée de cobalt dans la mine.

Imaginez Grégoire Maret, jeune bijoutier-joaillier diplômé de l’Ecole Technique de la Vallée de Joux, passionné de l’histoire de son pays, le Valais, et de ses racines celtes. Il crée des bijoux comme des talismans, inspiré des symboles anciens, et leur confère le pouvoir en tout cas de faire rêver celui ou celle qui les porte. Lorsque ces deux amis chasseurs de cristaux lui font part de leur découverte, voilà l’imaginaire du bijoutier qui s’emballe. Avec une gemme taillée, il a créé un pendentif, une pièce unique.

Sur son stand, lors du Salon GemGenève, Grégoire Maret faisait figure d’outsider avec ses bijoux talismans et sa pierre rose. Au premier regard, on n’y prêtait pas attention. Au second regard, on s’arrêtait devant le cartel décrivant l’origine de la pierre. Au troisième on plongeait les yeux dans la gemme, si étrange, si chargée en couleur, si puissante par son unicité. Un visiteur du salon a d’ailleurs acheté son billet d’entrée, simplement pour avoir le loisir de découvrir cette pierre-là. Et il est reparti, sans un regard pour les émeraudes, les tourmalines paraiba, les diamants qui scintillaient de tous leurs feux alentour.

«Nous n’allons pas démonter les coulures esthétiques, nous n’utiliserons que les morceaux restants, explique Grégoire Maret. Les mines ne sont plus accessibles: il y a eu de gros effondrements. Je m’y suis rendu trois fois. Il fallait ramper trois heures pour atteindre la zone. C’est grâce à l’homme que cette pierre existe, car si il n’avait pas creusé ces mines, elles n’auraient pas été infiltrées et l’on n’aurait pas découvert ces coulures et ces stalactites d’une intense poésie. C’est spectaculaire! Du coup, l’ami qui l’a trouvée l’a baptisée “Rose de mine”: une rose en souvenir de tous les mineurs qui ont travaillé dans ces boyaux et qui n’en sont parfois jamais ressortis. »

Cette pierre ne sera plus accessible à l’avenir. « Se rendre dans ces mines aujourd’hui, c’est à ses risques et périls. »

La calcite cobaltifère en possession de Grégoire Maret est devenue un pendentif, comme un croissant de lune ou une pointe de la Gravette, ces pointes de projectile du Paléolithique supérieur. Il lui a donné un nom tout aussi symbolique: « l’Inattendu ».

 

 

 

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