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Hublot X Orlinski, l’œuvre-à-porter

6 juin 2018

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La marque horlogère suisse et l’artiste français ont lancé en décembre 2017 leur première co-création: une montre au boîtier entièrement facetté. En mars dernier, pendant Baselworld, ils ont lancé une nouvelle version entièrement noire: la All Black. ALL BLACK? Impossible de passer à côté quand on s’appelle ALL IC. – Isabelle Cerboneschi.

Ses sculptures de singes rouges, de panthères bleues, d’ours blancs facettés, tout le monde les connaît ou presque: Richard Orlinski en parsème la terre entière et surtout les lieux qui comptent (en devises): Cannes, Courchevel, Val d’Isère, Saint-Tropez, etc. Des sculptures faciles d’accès, qui parlent aux grands enfants fascinés par ces jouets de luxe plus grands que nature. Il est l’un des artistes les plus prolixes, exception faite d’Andy Warhol. Pas étonnant que la marque Hublot se soit rapprochée de lui.

En 2017, l’artiste et la marque horlogère ont co-créé un modèle, une montre telle une oeuvre-à-porter, dont le nom à lui seul m’enchante: La Classic Fusion Aerofusion Chronograph Orlinski, qui se décline désormais en version noire. Je ne sais pas à quoi le mot Aerofusion fait référence, car je n’ai pas demandé, mais la petite fille en moi qui regardait Goldorak sortir son Astéro-Hache pour combattre les Golgoths est ravie. Ravie de rencontrer le monsieur qui a créé cette montre au look rétro-futuriste qui lui rappelle le film l’Âge de Cristal (Logan’s Run en anglais). Entretien sur canapé.

I.C: En créant ce modèle, vous avez rajouté une sculpture sur une sculpture mouvante qui est le mouvement de la montre. Quel était le défi?
Richard Orlinski: D’arriver à marier deux identités: la mienne et celle de Hublot. J’ai eu la chance d’avoir un partenaire qui a laissé libre cours à mon imagination. C’est l’une des rares maisons horlogères qui permette à un artiste d’aller aussi loin dans l’interprétation d’une montre.

On vous a laissé une liberté totale, mais l’espace réduit à disposition est en soi une contrainte.
Oui, mais étant collectionneur de montres, j’ai essayé de faire un mariage équilibré. Et je suis assez content du résultat: on pourrait enlever les deux noms et l’objet se suffirait à lui même. Je voulais quelque chose de portable. Quand on pense à mes sculptures, on pense à quelque chose d’extravagant. Or cet objet est une montre avant tout. On retrouve certes les caractéristiques de mon travail, mais elle aurait pu être faite par quelqu’un d’autre.

Vous avez travaillé uniquement sur le boîtier?
Ah non, j’ai travaillé sur toute la montre! Les aiguilles, les poussoirs, les couronnes, tout a été dessiné. Evidement, je ne suis pas horloger, donc j’ai interprété sur la base de ce qui existait déjà.

Et le mouvement?
Non, je ne pouvais pas toucher au moteur.

Avez-vous déjà démonté et remonté une montre?
J’en suis malheureusement incapable.

Combien de pièces comporte votre collection de montres?
Une cinquantaine. Comme tous les collectionneurs j’ai acheté, j’ai fait des bêtises, j’ai vendu des choses dont les prix ont explosé, mais après… Ce qui m’a redonné envie d’acheter.

Qu’est-ce qui vous passionne dans une montre?
En tant qu’homme, c’est le seul bijou que je puisse porter. Cela a un côté exclusif. Une montre vient en complément d’une tenue. Elle est aussi fonctionnelle: elle donne l’heure. C’est assez puissant, une montre. Je regarde toujours le poignet des gens que je rencontre: est-ce qu’ils portent une montre, ou pas? De quel type? Même si l’on n’a pas un gros budget, on peut toujours porter quelque chose d’élégant, de pointu. Cela laisse transparaître les personnalités, une montre.

Et celle que vous avez au poignet, la première montre que vous avez co-créée avec Hublot, que dit-elle?
Elle dit « achetez-moi !» Non, en réalité elles ont été toutes vendues. Que dit-elle? Je suis très mainstream, donc ce qui m’intéresse, c’est qu’elle plaise au plus grand nombre, et je pense qu’elle est faite pour ça.

La première version en acier fait un peu « boule à facettes », ne le prenez pas mal. Elle reflète tout ce qui se passe autour, la lumière l’extérieur, elle est très vivante…
Comme toutes mes sculptures en fait! Ce que je recherche, c’est la vie. Dans les sculptures que je fais en inox, en bronze, en aluminium, je joue beaucoup avec ces effets de lumière. Le boîtier de la montre est un peu facetté comme un diamant, d’où les reflets.

C’est assez paradoxal, une sculpture qui bouge…
C’est complètement paradoxal! Parfois je fais du mapping 3D sur mes sculptures pour les faire vivre. Sur un de mes titres –  je fais aussi de la musique –  j’ai créé un clip où je donne vie à une de mes sculptures.

Tout ce que vous créez a un côté rétro futuriste.
Quand j’ai créé la panthère, par exemple, je me suis à la fois inspiré des codes du passé – les sculptures et l’architecture Art Déco des années 1930 – et de l’imaginaire futuriste de la Guerre des Etoiles. C’est un peu cela aussi, la montre: un mélange entre le vintage, car je suis collectionneur de montres vintage et mes projections vers le futur. Nous avons délibérément choisi une couronne rétro, sans épaulement. C’était très à la mode par le passé, jusqu’à ce que les maisons se rendent compte que les gens raclaient leur montre. Mais je la trouve beaucoup plus esthétique sans. Alors que les facettes sont très futuristes.

La montre en version bleu mat, présentée à Genève en janvier, c’est en référence à vos sculptures?
Oui, elle correspond à l’une de mes couleurs. On n’arrive pas tout à fait aux mêmes nuances, car c’est techniquement très compliqué, mais on en est proche. C’est là qu’intervient le savoir-faire et la technique de Hublot. Je l’ai mise au poignet et je la trouve chic, avec cette couleur mat.

Avez-vous dessiné une montre que vous porteriez?
Comme tout ce que je fais. Je crée des sculptures que je peux mettre chez moi et une montre que je porte, avec plaisir et envie.

Richard Orlinski sera présent lors de la table ronde animée par le journaliste horloger Joël A. Grandjean “Les grandes tendances du design horloger et leur lien avec les sous-traitants”, mercredi 13 juin à 15:30, au Salon EPHJ-EPMT-SMT, à Palexpo, Genève.

“Je suis très mainstream, donc ce qui m’intéresse c’est que cette montre plaise au plus grand nombre.”