La force tranquille de la décoratrice d’intérieur Inés Benavides

 In ARCHITECTURE, ARTISANAT, BEAUTÉ, DESIGN, PERSONNALITÉ, SAVOIR-FAIRE
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Inès Benavides dans les ateliers.

 

Décorer sa maison, son appartement peut être source de plaisir… ou pas. Nombreux sont ceux qui n’ont ni le temps, ni l’envie de passer des heures à choisir des meubles, des tissus ou la couleur de la peinture des chambres. La solution est relativement simple: recourir au savoir-faire d’un ou d’une architecte d’intérieur et décorateur comme la talentueuse Inés Benavides, que j’ai rencontrée pour All-I-C.Valérie Dana, Madrid.

 

Inés Benavides est une femme souriante, cultivée qui peut paraître fragile de prime abord, mais en parlant avec elle je me rends vite à l’évidence: j’ai devant moi une personne qui sait parfaitement ce qu’elle veut. Ses meubles aux lignes très épurées, transmettent à la fois force et légèreté. Sa décoration laisse respirer les espaces qu’elle embellit. Elle travaille autant pour des projets privés que pour des lieux publics, qu’elle habille avec sensibilité et élégance.

Son parcours n’est pas commun – elle fut ingénieur des mines dans la première partie de sa vie –  mais elle parle de ce revirement avec tant de naturel qu’il semble aller de soi. Elle transmet une véritable passion pour un métier qui l’habite. Entrons dans l’univers de la décoratrice et architecte d’intérieur espagnole Inés Benavides.

V.D. Comment êtes-vous passée du métier d’ingénieur des mines à la décoration et à l’architecture? Et en quoi ce passé influe-t-il sur votre présent?
Inés Benavides:
C’est un changement de carrière inhabituel, mais pour moi ce fut assez naturel car la décoration, le design et l’architecture étaient mes hobbies depuis très jeune. Quand mon métier d’ingénieur est devenu trop difficile à concilier avec ma vie familiale, j’ai décidé de l’abandonner et de créer mon propre studio de design et d’architecture d’intérieur. Ma formation d’ingénieur dans le conseil en stratégie m’a été très utile car elle m’a donné les bases pour devenir entrepreneur. Ma formation technique l’est aussi pour les projets d’architecture.

Depuis très jeune, vous avez beaucoup voyagé, vous êtes polyglotte: cette connaissance de différentes cultures a-t-elle un impact sur votre travail?
L’ouverture au monde extérieur est extrêmement importante dans mon travail. C’est en voyageant que je trouve mon inspiration. De plus, le fait de bien connaître plusieurs cultures m’aide avec mes clients, en majorité étrangers.

Comment naissent vos idées?
Je m’inspire de toutes sortes de choses, certaines très banales comme par exemple la feuille d’un arbre ou une cannette de Coca Cola, ou d’autres, beaucoup plus sophistiquées. Pour moi, il est très important de voyager, de visiter des expositions, d’aller au cinéma, de lire,… En résumé, avoir une vie active me permet d’être confrontée à beaucoup de situations différentes et ceci est important car à n’importe quel moment, une idée peut surgir.

Vous créez – j’insiste sur le mot « créer » des objets magnifiques. Cette forme d’artisanat est-elle importante pour vous?
En effet, nous créons, nous ne produisons pas. De cette manière, nos pièces sont uniques et intemporelles; les finitions sont impeccables et nous surveillons, de manière quasi obsessionnelle, tous les détails. Le résultat de ce travail donne sa valeur à l’objet. Ma façon de faire du design est particulière car mes pièces n’existent qu’en cinq exemplaires au maximum. Je suis très exigeante et cela me demande beaucoup plus de travail, mais cela me donne aussi beaucoup de satisfactions.

Quelle relation entretenez-vous avec les artisans?
Nous travaillons ensemble depuis longtemps et ils me connaissent bien. Je sais ce que je peux attendre d’eux et ils comprennent très bien ma philosophie et mes exigences. J’ai beaucoup appris des artisans et je leur dois une partie importante de ma formation pratique.

Comment choisissez-vous les matières que vous allez travailler?
Le travail avec les matières est très importante pour un designer et c’est une de mes tâches préférées. J’étudie les matériaux pour mieux comprendre les possibilités qu’ils offrent. Depuis que j’évolue dans le monde du design, j’ai incorporé de nouvelles matières. À cela s’ajoute les nouvelles techniques, en particulier dans le monde des vernis et des peintures.

Malgré votre goût pour les pièces presque uniques, vous avez néanmoins créé l’objet CUBB, qui se distribue en série. Pourquoi ce choix?
CUBB est une pièce de mobilier très versatile et utile dans n’importe quel espace, car il peut être utilisé comme un tabouret ou comme une petite table. Ses couleurs vives le rendent très attrayant. Dès sa création nous avons senti qu’il serait un succès et nous avons pensé qu’il serait dommage de le limiter en nombre. Mais c’est un cas exceptionnel dans notre studio.

Vous aimez mélanger les pièces et un objet signé Inés Benavides posé à côté d’un meuble Ikea ne vous vous dérange pas.
J’adore mélanger et, en principe, il n’y a pas de limite quand il s’agit de marier ensemble des meubles de différents styles. Ce n’est pas facile à réaliser, mais quand c’est réussi, je trouve qu’un espace hétérogène est beaucoup plus intéressant.

Quelle est la clé d’une décoration réussie?
Que le client se sente bien chez lui. Mon travail est d’être au service de mes clients, et, sans perdre l’essence de mon identité, je dois être capable de faire des espaces qui soient 100% taillés à leur mesure.

La curiosité fait partie inhérente de votre travail. Sentez-vous que vous avez évolué avec le temps ou vous paraît-il important de suivre une ligne définie?
Avec le temps, je sens surtout que j’ai beaucoup appris, et c’est effectivement grâce à ma curiosité que j’ai évolué. L’essence de mon style n’a pas changé mais je pense que je suis maintenant plus puriste que lorsque j’ai commencé dans le monde de la décoration. En revanche, en ce qui concerne le design, j’aime autant les pièces que j’ai créées au début de ma carrière, que les dernières créations.

Il existe de très nombreux décorateurs dans le monde. La reconnaissance publique est-elle importante ou la satisfaction de vos clients vous suffit-elle?
Le plus gratifiant, c’est le bonheur de mes clients quand ils rentrent pour la première fois chez eux. Nous travaillons sur des projets de grande ampleur et lorsque notre clientèle nous montre sa reconnaissance, c’est très émouvant. La reconnaissance publique est certes importante pour faire connaître mon travail et avoir accès à des projets intéressants, mais sans plus.

La société change, les réseaux sociaux jouent un rôle peut-être trop prépondérant dans nos vies car en plus de créer, il faut désormais apprendre à communiquer. Est-il difficile de s’adapter?
C’est très difficile pour moi car cela ne m’est pas du tout naturel. Mon travail consiste à gérer des projets de décoration et à créer des objets et du design. Mon travail n’est pas de communiquer. Cependant, je dois m’adapter à ce nouveau mode de se faire connaître.

Si c’était à refaire, est-ce que vous suivriez la même voie?
Si je devais effectuer un changement dans ma carrière, je pense que je suivrais des études d’architecture au lieu de devenir ingénieur des mines. Je ne regrette pas de l’avoir fait, mais j’aurais adoré étudier l’architecture à l’Université.

 

La librairie madrilène Los Editores. Photo: @ Inès Benavides.

 

Table Rayo/ Photo: © Inès Benavides.

 

Inès Benavides et sa création CUBB.

 

Desserte Kobra. Photo: © Inès Benavides.

 

Console Puzzle. Photo: © Inès Benavides.

 

L’architecte d’intérieur dans l’atelier de cuivre. Photo: © Inès Benavides.

 

Intérieur. Photo: © Inès Benavides.

 

Ines Benavides.

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