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Marie-Antoinette chez les skaters

19 février 2018

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La collection printemps-été 2018 Louis Vuitton est arrivée dans les boutiques et avec elle un parfum d’anachronisme. Pour réussir à faire entrer le XVIIIe siècle dans le XXIe, Nicolas Ghesquière et son équipe ont visité les collections historiques du MET à New York. Il raconte. – Isabelle Cerboneschi.

C

’était le dernier défilé de la fashion week, en octobre dernier, et il m’a emportée. Sans doute parce qu’il s’agissait de l’un de ces voyages dans l’espace-temps où j’aime à oublier tous les temps. Le lendemain matin, les pièces précieuses dessinées par Nicolas Ghesquière pour Louis Vuitton étaient visibles de près, essayables et touchables, bien que tous ces brocarts, tous ces fils d’or, toutes ces broderies repeintes imposaient une retenue certaine.

Posées sur une sellette, les baskets portées par les mannequins étaient immobilisées. Même sans mouvement, elles avaient une raison d’être: des sculptures de pied, de l’art-à-porter. Ces pièces, on a envie de les regarder presque autant que de les porter et se sentir héroïne de roman de Science Fiction.

Juste après le défilé, Nicolas Ghesquière donnait quelques clés sur cette collection qui fait un saut quantique entre les siècles, entre Versailles et le 1er arrondissement de Paris.

I.C: Passer du XVIIIe au XXIe, c’est un sacré voyage!
Nicolas Ghesquière: C’est un anachronisme, cette collection. Je trouvais intéressant d’aller rechercher ce qu’il y avait de plus flamboyant au XVIIIe siècle. Je me suis interrogé sur la manière dont ces vêtements sont passés dans l’ordre des costumes historiques et comment les incorporer dans une garde-robe d’aujourd’hui. Beaucoup de gens l’ont fait avant moi, mais c’était assez excitant de les mélanger avec des vêtements de sport – même si je ne veux plus les appeler comme ça car il font partie de toutes les garde-robes. J’aimais l’idée de mélanger des shorts pour aller à la gym à des pièces brodées.

Vous vous êtes inspirés de vêtements d’époque?
On est allés au MET qui possède une collection fabuleuse de vêtements français du XVIIIe siècle.  Ils m’avaient ouvert leur porte il y des années et je suis retourné voir ces collections avec mon équipe.

Les brocarts sont-ils inspirés de tissus du XVIIIe?
Oui. Il ne s’agit pas du tout de copier-coller: on s’est inspirés des effets. On s’est demandés comment les réinventer. Nous avons utilisé des imprimantes 3D avant de tout faire rebroder en France, de manière traditionnelle. Il y a des strates d’effets qui sont à la fois digitaux et très réels, car entièrement brodés par des artisans. Mais certains vêtements sont moins décorés que d’autres. 

Il y a un esprit un peu Barry Lindon dans cette collection.
C’est l’un des défilés les plus cinématographique que j’ai fait. On y retrouve plutôt l’idée de l’Esquive, ce film où l’on récite Marivaux en costumes, dans un collège de banlieue. Et c’est Woodkid a composé la musique spécialement pour le show.

Cette saison Natacha Ramsay-Levi a présenté sa première collection pour Chloé, Julien Dossena est toujours présent à vos défilés et vice versa. Ils ont travaillé avec vous tous les deux. Y-a-t-il une école Ghesquière?
C’est beau de voir Natacha se révéler, et j’ai adoré le show de Julien Dossena. C’est magnifique de pouvoir observer des identités qui se développent, mais quand ils travaillaient avec moi ils avaient déjà leur point de vue. Je sais que j’ai travaillé avec des idée d’exigence. Peut-être que je leur transmettait des choses, mais ils m’en ont transmis beaucoup eux aussi. On avait tous la même passion pour ce que l’on faisait. Je les admirais quand ils travaillaient avec moi et maintenant qu’ils ont une place, je vais voir leur défilé et j’en suis très heureux.