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Germanier, la beauté des restes

3 mars 2019

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Kevin Germanier trouve son inspiration et ses matières premières dans ces stocks qui n’ont pas trouvé preneur. Pour autant, ce n’est pas un créateur qui prône l’austérité. Rencontre à l’aube du prix LVMH pour lequel il a été sélectionné. – Lily Templeton, Paris.

« Mon message, j’y crois. Je n’essaie pas de convaincre les gens de changer de mode de vie, je propose juste une vision de la mode durable, » dit avec simplicité, et conviction, le créateur suisse. Pour lui, ce ne sont pas les messages agressifs et plein de jugement qui vont faire évoluer les moeurs. « Je n’en peux plus du t-shirt qui dit “arrêtez de tuer des arbres”. Pour moi, cela ne fait pas adhérer. Ce n’est pas ma manière d’aborder les choses. »

Cela ne fait que 4 saisons, en comptant sa collection de fin d’études, que Germanier, sa marque éponyme, est née et pourtant, le jeune Suisse s’est déjà fait remarquer par un mélange étonnant de glamour exubérant et de matières de récupération.

« Tout ce que vous voyez ici était destiné à être détruit ou brûlé. L’idée est d’avoir une marque eco-responsable qui est glamour, colorée. On ne se restreint pas sur l’esthétique. » Se côtoient des t-shirts ornés de son désormais fameux et étonnant « collage » de perles récupérées prises dans du silicone et désormais robes exubérantes et vestes intemporelles revues aux proportions actuelles.

Avec le prix LVMH en ligne de mire cette année, il s’est décidé à introduire d’autres techniques immédiatement. « Je ne veux pas être catégorisé comme un créateur qui ne fait que de la perle, je veux être catégorisé en ‘sustainable glam’, » a-t-il confié.

Après la « fille jolie qui porte des perles » de la saison dernière, l’hiver laisse entrevoir une femme « plus sexy, dangereuse. Un peu plus Poison Ivy, séductrice. Pour l’habiller, les robes cocktail aux volant graphique se voient rehaussées d’un savant mélange de glitter et de silicone, appliqué à la manière d’une dorure. Elles évoquent « ce côté alien, futuristique, innovateur, comme cette fleur un peu monstrueuse que j’adore dans Alien. »

Diplomé de la Central Saint Martins, indéniable manufacture de talents, le Suisse a fait des rebuts sa différence. C’est à Hong Kong qu’il va trouver la matière qui va le lancer. Dans le quartier de Sham Shui Po, il tombe sur des perles destinées à la destruction pour un défaut. Il repartira avec près d’une centaine de sacs pleins, achetés à vil prix. Depuis, le monde s’est ouvert à lui à la manière d’un vaste entrepôt dans lequel il va puiser toutes les matières dont il a besoin.

« C’est ce que je fais, » dit-il à plusieurs reprises dans la conversation, avec le naturel de celui qui ne fait qu’énoncer un fait. « J’ai toujours utilisé mes vieux duvets. On me met cette étiquette mais en réalité pour moi, c’est une évidence, j’ai toujours travaillé comme ça. »

« Je travaille toujours à partir de “dead stock”. Même pour notre collection capsule avec Christian Louboutin, nous avons utilisé une forme déjà existante, car en développer une nouvelle aurait entraîné la création d’un nouveau talon et nous voulions vraiment travailler avec des objets pré-existants. Vous voyez ces perles défectueuses? Pour moi, c’est ce qui fait leur beauté. Si je ne vous l’avais pas dit, vous auriez sans doute pensé qu’elles ont été faites ainsi par choix. »

Au vu des surplus de production qui étouffent entrepôts et stocks de par le monde, ses pièces viennent d’Inde, de Bangkok, de Hong Kong, de New York, de tout autour du globe. « Nous essayons de créer un business qui utiliserait ce stock. »

Quant aux quantités nécessairement limitées, sa réponse est sans appel. « Quand il n’y en a plus, on trouve autre chose. Je pense que nous avons atteint un point où il faut faire en sorte que cela fonctionne. Nous n’avons plus aucune excuse. »