Ces murs qui ont un passé

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La boutique Bucherer restaurée et sa façade néo-classique. Photo: © Bucherer.

Il aura fallu trois ans pour restaurer la boutique Bucherer de Genève située au No 2 Place du Port. Mais avant d’en pousser la porte et découvrir les montres et les bijoux auquel elle sert d’écrin, il est bon de s’arrêter à l’extérieur et d’observer sa façade. Ce bâtiment néo-classique a été conçu dès 1932 par l’architecte Adolphe Reverdin. Un idéal inspiré du néo-palladianisme anglais. Tout une histoire. – Isabelle Cerboneschi.

 

On devrait lever les yeux plus souvent lorsque l’on se promène dans les Rues-Basses de Genève. Contrairement à d’autres cités, les beautés architecturales de la ville du bout du lac se dévoilent de manière sporadique, entrecoupées de quelques immeubles sans charme et de rues qui offrent une vision sur le bleu, ou le vert, ou le noir du Léman, selon son humeur du jour.

Lorsque l’on se retrouve sur la Place du Port, il est bon de s’arrêter devant le numéro 2. Tel un navire immobile, dans sa blancheur et sa rigueur, le bâtiment domine la place. Cela fait trois ans que la boutique Bucherer est en rénovation et les architectes ont eu le bon goût de lui rendre son entrée d’origine. Historiquement, c’est par la Place du Port que l’on abordait la ville de Genève. Il y avait ici un port, d’où le nom de la place, avant qu’il ne soit comblé. Seul souvenir du passé aquatique des lieux, on y découvre l’une des cent cinquante fontaines que compte la cité de Calvin. La boutique Bucherer est comme un point d’ancrage, une porte d’entrée dans la cité.

Cet immeuble est emblématique d’une époque et partie du paysage depuis la première partie du XIXème siècle. Avec son rez-de chaussée scandé par des arcs en plein plein cintre, sa façade immaculée, ses colonnes ioniques rythmant le premier et le deuxième étage, et ses colonnes corinthiennes entre le troisième et le quatrième étage, surmontées d’un fronton, il est l’un des témoins de la Genève néo-classique.

La bâtisse de la Place du Port No 2 a été construite entre 1832 et 1835 par l’architecte Adolphe Reverdin pour les frères David-Henry et Marc-François Brolliet. Ce dernier fut le premier Genevois à entrer aux Beaux-Arts de Paris. A son retour, il participa en tant qu’entrepreneur à la construction du Quai des Bergues (1829-1843), notamment. L’époque était alors à l’euphorie et Genève se choisissait un nouveau destin.

Le 31 décembre 1813, les Français avaient été boutés hors de la cité. « Cette fois, nous voilà chez nous! », lançait le Caporal Massé en refermant les portes de la ville. La Restauration de la République de Genève avait été proclamée. En 1815, Genève s’arrimait définitivement à la Suisse dont elle devenait le 22e canton.

Cette maison de maître relève de l’anticomanie en vogue au début du XIXe siècle, à Genève. Ce cube lisse et blanc, avec ses colonnes rapportées, rappelle le style « Greek Revival » ou le Palladianisme anglais. Rien de très étonnant d’ailleurs: Genève, éprise d’anglophilie, était considérée comme «une ville anglaise sur le Continent, où l’on pense, où l’on sent en Anglais, où l’on parle cependant, où l’on écrit en Français», selon les propos de l’économiste Jean de Sismondi.

Durant la Restauration, l’économie genevoise a enfin retrouvé le chemin de la prospérité. Pour un temps. Suite à une opération urbanistique d’envergure, la ville a décidé de s’offrir un nouveau visage, plus en phase avec l’époque. Le Quai des Bergues s’est peu à peu orné de façades néo-classiques qui ont ancré cette partie de la ville dans la modernité. Contemporaine de l’Hôtel des Bergues, la Maison Brolliet s’inscrit dans la seconde vague néoclassique. Elle est l’un des derniers témoins de la Restauration et sans doute le plus authentique.

C’est à tout cela que l’on peut penser en se tenant sur la Place du Port, face à cette bâtisse qui raconte sans parole l’histoire d’une Genève confiante en son avenir… Avant de se décider d’en pousser la porte et d’entrer dans le XXIe siècle.

Une vue historique de la bâtisse de la Place du Port No 2 construite par l’architecte Adolphe Reverdin. Photo: © Bucherer.

 

Dessin de la façade néo-classique de la boutique Bucherer avec ses arcs en plein cintre et ses colonnes qui scandent les étages. Un témoin du passé. Photo: © Bucherer.

 

L’intérieur de la boutique restaurée. Photo: © Bucherer.

 

Les salons avec vue sur le lac Léman. Photo: © Bucherer.

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