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Quand Georges Bamford customise la montre iconique de Steve McQueen

28 mars 2018

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La Monaco Bamford a été présentée jeudi dernier à Bâle sur le stand de Tag Heuer. C’est la première fois que Bamford Watch Department s’allie avec une marque horlogère pour la customisation d’une montre fabriquée en série. Rencontre iconoclaste. – Isabelle Cerboneschi, Bâle.

Bamford Watch Department (BWD), dans l’univers horloger, c’est l’équivalent de la société Zagato dans le monde de l’automobile. On doit à Georges Bamford les plus belles customisations horlogères de ces 14 dernières années. Dans le monde de la haute horlogerie, où l’on l’on est habitué à changer au mieux la couleur ou la matière de son bracelet, les modifications apportés par BWD à des modèles issus de manufactures prestigieuses, étaient perçus comme des crimes de lèse-majesté. La mode était au noir. La mode est toujours au noir. Black out: BWD réalisait son oeuvre au noir, donnant des accents punks aux modèles les mieux nés de l’industrie.

En général, ce sont les clients qui le contactent pour modifier leur garde-temps à leur goût, ou plutôt au sien. Mais cette fois les choses se sont passées un peu différemment: Georges Bamford a été directement approché par le groupe LVMH afin de devenir le « personalisateur » officiel de Tag Heuer et de Zénith. Lors du dernier salon Baselworld, les visiteurs ont pu découvrir son interprétation d’un modèle iconique de Tag Heuer, la fameuse Monaco que portait Steve McQueen dans le film Le Mans.

Georges Bamford voulait un boîtier en carbone? Tag Heuer a exaucé ses souhaits. Un cadran full black? Les compteurs de chronographe et le guichet indiquant la date dans la teinte aqua blue, sa couleur signature? Ainsi fut-il. Etonnamment, quand on regarde des extraits du film Le Mans, qui a valu à la montre son statut d’icone horlogère, difficile de ne pas faire le rapprochement entre la couleur de la Porsche 917 conduite par l’acteur et la couleur fétiche de Georges Bamford. Certaines rencontres ne relèvent pas toujours du hasard…

TAG Heuer et BWD avaient déjà collaboré en 2017, proposant aux clients de la marque de customiser leur modèle favori. Mais avec la Monaco Bamford, il s’agit d’une tout autre aventure: le modèle a été pensé pour être fabriqué en série. Peu de chance que BWD accepte de re-customiser le modèle une fois vendu. Le cadran et le fond de la boîte sont gravés d’un «Monaco Bamford».

I.C. Combien de temps a-t-il fallu pour développer ce modèle?
Georges Bamford:
Autant de temps qu’il vous a fallu pour développer votre site: un an. On a commencé les discussions à cette même époque l’an passé et je suis complètement soufflé par le résultat. Cette montre est à la fois la concrétisation d’une année de travail, et une prouesse de la part de Tag Heuer qui est parvenu à la réaliser en une année. Je pense notamment au boîtier en carbone, si difficile à fabriquer, et pourtant ils l’ont fait, avec tous les petits détails que j’avais demandés.

Qu’est-ce qui est le plus difficile lorsque l’on «revampe» un classique de l’horlogerie?
J’ai porté le modèle Monaco au poignet et j’ai essayé de ne pas l’ôter, de vivre avec. J’aime bien travailler comme cela. J’ai surtout réalisé un grand plongeon dans les archives. Je ne voulais pas copier un ancien modèle, je me suis plutôt demandé: qu’est-ce que je veux? Je voulais un boîtier en fibre de carbone, des compteurs de chrono de couleur aqua blue, l’inscription Heuer en aqua blue sur la couronne, etc., un peu comme un gosse qui veut ceci et encore cela. Je souhaitais que tout soit équilibré. Mon but était de rendre hommage au modèle du passé, tout en créant la dernière tentation, la Monaco du futur.

Vous avez redessiné tant de montres depuis que vous avez créé votre entreprise il y a 14 ans et demi. Est-ce que vous ressentez toujours ce même enthousiasme?
Disons que ce modèle m’a particulièrement bluffé. J’ai le sentiment avec cette montre de faire partie à la fois du passé et du futur de Tag Heuer. La Monaco me fascinait déjà quand j’étais enfant! C’était Steve McQueen dans Le Mans! Une icône de l’horlogerie! Et le fait que ma première collaboration avec une marque horlogère porte justement sur ce modèle, c’était totalement inattendu. Le fait de « customiser » la Monaco, de prendre part à la co-création d’un nouveau modèle, pour moi, c’est extraordinaire.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de travailler avec Tag Heuer?
Ils cherchent toujours à aller un peu plus loin, ils envisagent constamment les prochaines étapes.

Ce que vous faites dans le domaine de l’horlogerie pourrait se comparer à ce que réalise Zagato dans le monde automobile. Leur signature, c’est le toit en forme de vague, et vous, quelle est votre signature?
La couleur. L’aqua blue en premier lieu, raison pour laquelle on l’a utilisée pour la Monaco. Mais on a aussi un vert vibrant, un magnifique rouge et un orange flamme. Par ailleurs, j’aime l’idée que nous fassions les choses justes. Cette montre Monaco est déjà un succès même si elle est limitée à 500 exemplaires. Je suis venu à Bâle en me disant que ce serait une opportunité unique, or on m’a déjà demandé: que fait-on après?

Qu’allez-vous faire après?
Dormir! (rires). Je ne suis pas venu ici avec un plan échelonné. Mais attendez-vous à l’inattendu.

Il y a quelques années, le noir était LA couleur que tout le monde voulait pour transformer son garde-temps. En quel sens le goût de vos clients a-t-il évolué?
Le noir est toujours notre best seller, mais on nous demande aussi désormais du gris clair, du gris foncé, du kaki. Nos clients veulent une customisation plus poussée, ils recherchent l’unicité, l’exclusivité. Ils nous demande de pousser l’individualisation à l’extrême, mais tout en gardant le style, l’élégance du modèle original. La juste note en somme.