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Louis Vuitton, la silhouette d’une femme quintessentiellement française

12 mars 2018

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Nicolas Ghesquière avait osé la saison dernière l’alliance du XVIIIe siècle et du XXIe siècle avec une collection printemps été qui faisait la part belle à la réinterprétation de costumes historiques. Pour la collection l’automne-hiver 2018-19 il persiste mais affine son propos: la frontière entre le passé et le présent a disparu. Reste la force d’un nouveau langage pour une femme à l’élégance très française, prête à changer le monde en jupe plissée. – Isabelle Cerboneschi, Paris.

C’est un lieu interdit aux visiteurs du Musée du Louvre, la Cour des Écuries – connue aujourd’hui sous le nom de Cour Lefuel – que Louis Vuitton a choisi comme décor de son défilé automne hiver 2018-19. Et en guise de podium: la double rampe en fer à cheval empruntée autrefois par les chevaux qui se rendaient au manège, situé au premier étage du Louvre. Majestueux!

Recouverts d’un tapis évoquant le siècle des lumières, les escaliers, ornés de sculptures animalières de Pierre-Louis Rouillard, se terminaient par une sorte de rampe de lancement de vaisseau spatial. Une belle manière de fusionner les époques et les styles.

« Une  collection quintessentiellement française » c’est ainsi que Nicolas Ghesquière décrit la collection automne hiver 2018-19 qu’il a dessinée pour Louis Vuitton, à l’issue du défilé. Il s’est interrogé sur l’élégance à la française. Et pour cela il est allé puisé à la fois dans sa propre histoire –  s’inspirant de l’allure des femmes de sa famille – et dans l’histoire du costume, remontant le temps doucement depuis le XVIIIe siècle, pour arriver à une proposition qui puisse concerner la femme d’aujourd’hui.

Il redonne à la robe, à la jupe à hauteur de genou, une place qu’elle avait perdue et que l’on ne retrouvait plus que dans les films de Claude Sautet. Il les mélange avec des gilets inspirés du XVIIIe siècle, comme il l’avait fait avec la collection printemps-été. «Mais contrairement à la collection printemps été, qui était très imprégnée du XVIIIe siècle, Nicolas a réussi avec beaucoup de légèreté à faire fusionner les époques. On ne voit pas où le XVIIIe siècle finit et où le XXIè siècle commence, confiait Michael Burke, le Président directeur général de Louis Vuitton après le défilé. La métaphore de cette collection, tient tout entière dans ces escaliers qui deviennent un vaisseau spatial ».

Impossible de ne pas évoquer en coulisses le débat autour de la campagne anti-harcèlement #MeToo. Comme une réponse muette à cette campagne, la maison Louis Vuitton a pris ses distances avec les photographes Bruce Weber et Patrick Demarchelier accusés de harcèlement (et pour l’heure présumés innocents, car n’ayant pas encore été jugés). Elle a aussi choisi l’actrice Emma Stone, très impliquée dans cette croisade, comme ambassadrice de la marque. «C’est un sujet de conversation que nous avons tout les jours avec le studio, confie Nicolas Ghesquière après le défilé. Quand on travaille dans la mode, on doit être très conscient de ce qui est en train de se passer. Tout le monde, et pas seulement chez Louis Vuitton, est concerné par ce sujet et essaie de faire au mieux.»

I.C.: Quelles femmes vous ont inspiré cette collection?
Nicolas Ghesquière:
Ce sont les femmes de ma famille avec qui j’ai grandi qui m’ont aidé à construire mon esthétique. Et les amies proches qui m’entourent encore aujourd’hui, aussi. Elles m’inspirent. Elles m’apprennent qui je suis.

Comme la saison passée, cette collection automne-hiver 2018-19 mêle les époques, mais différemment. Comment avez-vous procédé?
Cette collection est une recherche, un peu comme si j’étais entré dans une machine à voyager dans le temps. Nous avons de plus en plus d’informations concernant ce que pourrait être notre futur, ou ce que nous croyons qu’il sera. En même temps nous avons de plus en plus conscience de la richesse de notre passé et des expériences que nous pouvons en tirer. Et c’est ce pont entre les époques qui me fascine et m’aide à définir un présent: prendre des éléments du passé, comprendre ce qu’ils signifiaient dans leur contexte, et les réinterpréter. Il y a une certaine rigueur dans cette collection, en comparaison à ce que j’ai fait par le passé, mais dans un sens positif. Elle est quintessentiellement française.

Cette femme dont vous avez dessiné le vestiaire semble être investie d’un force particulière. A quoi se trouve-t-elle confrontée?
Elle est confrontée à la fois à sa nostalgie et en même temps à ce qui l’attend. Elle doit faire face à son futur, et elle est prête à faire des choix. On a longtemps cru que pour donner du pouvoir aux femmes il fallait lui faire porter des vêtements d’hommes. Mais c’est un cliché. C’est oublier que des femmes très fortes ont porté des vêtements très féminins. J’ai voulu explorer cette idée-là: une femme n’a pas besoin de s’habiller en homme, ni pour les hommes, pour changer le monde. Et c’est clairement ce que j’ai voulu montrer avec ce défilé.

“Une femme n’a pas besoin de s’habiller en homme pour changer le monde.”