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Le prix de l’indépendance

12 novembre 2018

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Le Grand Prix de l’Horlogerie de Genève, qui s’est tenu vendredi soir au Théâtre du Léman, a récompensé majoritairement des horlogers indépendants, aux côtés de grandes maisons dont le savoir-faire n’est plus à prouver. Une soirée dotée de tous les ingrédients nécessaires: émotion, humour, talent, savoir-faire, surprises, … — Isabelle Cerboneschi.

C’était sans doute la plus belle édition du GPHG, le Grand Prix de l’Horlogerie de Genève. Vendredi soir, au Théâtre du Léman, tous les ingrédients étaient réunis pour une soirée hors norme: l’humour, le talent, l’émotion, le savoir-faire, et des surprises, beaucoup de surprises, à commencer par le palmarès.

En maître de cérémonie, un Edouard Baer en pleine forme a déclenché des tonnerres de rires dans l’assemblée, tandis que son alter ego, l’imitatrice Véronic Dicaire, a subjugué l’assemblée en chantant à la manière de Piaf, d’Adèle ou de Céline Dion. Mais c’est surtout le palmarès qui fut étonnant: une majorité de maisons indépendantes ont été récompensées aux côtés de Chanel, Hermès, Van Cleef & Arpels ou Vacheron Constantin, maisons dont le savoir-faire n’est plus à prouver. Parmi ces indépendants, entre autres, il y avait Greubel Forsey, De Bethune, Akrivia, Laurent Ferrier, rien que du beau, du grand…

Mentions spéciales

Une mention spéciale pour Stephen Forsey et Robert Greubel, co-fondateurs de Greubel Forsey, acharnés du jusque-boutisme et du fait-main, qui ont remporté le prix de l’Exception Mécanique pour leur Grande sonnerie, une sorte de chef d’œuvre contemporain. On pourrait résumer ce garde-temps complexe en quelques informations: onze ans de recherche, 935 composants, deux brevets, l’intégration d’un tourbillon 24 secondes, la mise au point d’une cage de résonance acoustique. Dans un tout autre registre, le fait que Chanel reçoive le prix de la montre dame pour la Boy-Friend Squelette prouve que le jury a enfin compris qu’une montre dame, ce n’est pas une montre ronde avec un cadran en nacre et des diamants sur la lunette, mais un garde-temps qui exprime la puissance et le goût de celle qui le porte. Enfin, hommage à Pascal Raffy, le propriétaire de Bovet 1822, qui est reparti avec le grand prix de l’Aiguille d’Or après un discours très explicite sur le rôle des entrepreneurs à l’endroit à la fois de leurs équipes et de leurs clients. Et sur la place fondamentale des indépendants dans ce métier.

Séquence émotion

Pour qu’une soirée soit réussie, outre l’humour, il faut un peu d’amour.  Le baiser que se sont donné Maria & Richard Habring, CEO et propriétaires de la marque Habring2, en recevant le prix de « la petite aiguille », a séduit tout le monde. Séquence émotion encore en écoutant Georges Dubois, 97 ans, ancien professeur d’horlogerie, tandis qu’il félicitait Christopher Lanz, qui a gagné le prix du meilleur apprenti, exprimant toute la passion qu’il a pour ce métier qui fut sa vie. Et enfin difficile de ne pas apercevoir sur le grand écran, l’émotion et les larmes dans les yeux de Jean-Claude Biver, le président non-exécutif de la division Horlogerie de LVMH, une carrière dédiée à l’horlogerie, s’adressant à son épouse qui a supporté ses doutes une vie durant. Comme le dit l’adage: derrière chaque grand homme, se cache une femme. Prix Spécial du Jury pour cet homme hors norme.

Le courage et l’audace récompensés

C’était une édition particulière: la majorité des lauréats étaient des maisons indépendantes. Du jamais vu au GPHG. J’ai eu une pensée toute particulière pour Marco Borraccino, Co-fondateur & CEO de Singer Reimagined, une marque née l’an passé et dont j’avais parlé le jour du lancement d’ALL-I-C sur internet. La jeune entreprise a gagné le prix de la montre chronographe grâce au mouvement révolutionnaire réinventé par Agenhor et le génial concepteur horloger Jean-Marc Wiederrecht.

Le Grand Prix de l’Horlogerie de Genève 2018 a encouragé l’audace, l’initiative, la différence, la créativité, le savoir-faire, le courage. Il a donné envie à ceux qui débutent de continuer, à ceux qui font de faire mieux encore, à ceux qui rêvent de ne jamais cesser de poursuivre leur rêve. Peut-être ne suis-je pas objective en disant que cette édition était la plus intéressante depuis longtemps. Peut-être ai-je pris le message des lauréats trop à cœur: à la fin du mois, ALL-I-C deviendra aussi un magazine papier. Un rêve qui ne pouvait qu’être encouragé par une soirée comme celle-ci.