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Le manège enchanté de la couture

17 Novembre 2017

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Alexis Mabille

La haute couture est un univers en soi, où règne le savoir-faire, un monde de tous les superlatifs et de tous les excès. En juillet dernier, les collections des couturiers défilaient à Paris. Une saison en quelques tableaux. – Isabelle Cerboneschi

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n juillet dernier Paris était envahi d’une faune que l’on n’y trouve pas d’habitude, ou en tout cas, pas à ce point concentrée. Attirée par les ors et les brillances, par les flashs des photographes et les reflets des robes en lamé, par l’attrait des cristaux transformant les tissus en nuits étoilées, tout une tribu s’était égaillée dans les palaces de la ville: les clientes de la haute couture, princesses et artistes réunies sous la bannière des maisons de couture.

Et avec elle les observateurs, les mannequins, les muses, les journalistes, les industriels, les stylistes, les influenceurs, les étudiants des écoles de mode, tout une cour attirée comme des papillons autour des chandeliers de la galerie des glaces qui enjolive tous les reflets.

La haute couture est ce laboratoire où les couturiers peuvent expérimenter à l’envi, avec pour seules limites celles imposées par leur imaginaire ou l’identité des différentes maisons dont ils sont les gardiens du style. Ils peuvent tout demander aux brodeurs, aux plumassiers, sachant qu’ils s’adressent aux artisans de l’impossible. La « haute » est un réservoir, une source d’inspiration pour les collections de prêt-à-porter à venir.

La haute couture, c’est la haute couture! Ce qui la rend si particulière, c’est le savoir-faire, le travail, le temps passé, les broderies, tout. (…) Certains pays fabriquent des voitures et la France a la haute couture et le meilleur savoir-faire, relève Karl Lagerfeld dans l’interview du défilé.

Paris, pendant la haute couture, est en métamorphose. C’est une ville où l’on ose, où l’on chante la beauté même si le ciel est gris. On y crée des robes à la mesure des rêves de celles qui vont les porter. Toujours grands, les rêves. On sentait cette saison l’envie d’en découdre avec la morosité.

CHANEL: BACKSTAGE

JEAN PAUL GAULTIER: BACKSTAGE

CHANEL (cliquez pour lire)

Il n’était pas possible de faire entrer la tour Eiffel tout entière sous la coupole du Grand Palais. Alors Chanel en a fait une reconstitution qui se terminait par un nuage, comme un point sur un i. Un point teintant le ciel de gris, couleur des premiers passages du défilé haute couture automne-hiver 2017-2018. On voyait passer des silhouettes à la fois familières et nouvelles, la  veste de tweed, transformée en manteau avec des manches ballon.

La silhouette, c’est le maître mot, explique Karl Lagerfeld dans l’interview du défilé. Parfois on ajoute beaucoup de fioritures parce que c’est facile. Mais la couture doit avoir une structure absolument parfaite.

Karl Lagerfeld a choisi de chanter Paris, où la haute couture est née, avec le désir de réinventer l’allure des parisiennes façon Gabrielle Chanel, mais de manière moderne. D’ailleurs, à l’issue du défilé, le couturier recevait l’ordre de la médaille Grand Vermeil de la Ville de Paris, qui vient récompenser des personnes ayant participé au rayonnement de la capitale française à travers le monde.

Ce qui ressemble à des bordures de fourrures sont des plumes colorées et assemblées de manière à tromper le regard. Des motifs géométriques, inspirés des tableaux de Robert Delaunay ont été brodés sur les robes du soir. Le fameux canotier qui a fait la première gloire de Gabrielle Chanel était presque partout. Des robes en mikado de soie noires ou blanche, imposaient à la fois leur rigueur et leur légèreté. Un Paris rêvé.

JEAN PAUL GAULTIER (cliquez pour lire)

Courchevel, Cortina d’Ampezzo, Klosters, tous les invités étaient assis dans des sections portant le nom de stations de ski d’anthologie. Le thème du défilé serait donc l’hiver et la plus douce, la plus belle, la plus précieuse manière de lui faire face.

Jean-Paul Gaultier possède l’art de saupoudrer les neiges éternelles de glam’, de magnifier la doudoune couleur d’or et le fuseau à taille haute porté sous un blouson de satin aux reflets d’argent. Le pull de ski torsadé se métamorphose en mini robe du soir et le smoking en robe façon sari.

Les filles avaient les cheveux parsemés de poudre d’or et portaient des bijoux indiens. C’était Bollywood qui dansait là-haut sur la montagne.

GIAMBATTISTA VALLI (cliquez pour lire)

La collection haute couture de Giambattista Valli est une douce métaphore, un hommage à la femme dans ce qu’elle recèle de plus poétique, de plus lyrique. Un ode à la femme jardin, lieu de toutes les éclosions et les métamorphoses. Chaque robe du défilé était parsemée de fleurs brodées, les robes de mousseline de soie arboraient les couleurs unies de délicats pétales. C’est beau un printemps en plein hiver.

ALEXIS MABILLE (cliquez pour lire)

Cette saison Alexis Mabille a renoncé au défilé préférant le principe de la présentation. Il a sans doute eu raison à voir le temps que les invités passaient devant chaque silhouette. La haute couture tient dans des détails qui ne se voient pas au premier regard, ni au deuxième. Dans une structure, des heures de montage (et de démontage), des broderies cachées comme dans ce blouson ressemblant à un bouquet de roses d’or.

Une présentation permet de regarder les pièces en détail. Il y a des centaines d’heures de travail sur cette veste, si vous comptez la fabrication des fleurs, et le fait que le dessous est entièrement pailleté afin que l’on voit des reflets entre les pétales, confiait Alexis Mabille. C’est cela aussi la folie de la haute couture: ces détails infimes, mais qui changent tout.

ZUHAIR MURAD (cliquez pour lire)

Le défilé de Zuhair Murad était une ode à la délicatesse, au trompe l’oeil, à l’illusion. Les premiers looks en noir et blanc ont vite cédé la place à des robes aux teintes pastels allant  du mauve au bleu en passant par la couleur chair. Sur certains modèles, on ne discernait plus les frontières de la robe: où commençait le corps, où s’achevait la dentelle ou le tulle? Le corps jouait à cache-cache. Un jeu précieux.

ANTONIO GRIMALDI (cliquez pour lire)

C’était son deuxième défilé dans le calendrier officiel de la haute couture et Antonio Grimaldi nous a enchantés avec ses robes précieuses en velours aux multiples reflets, ses broderies cachées sous les bras, sur les coutures, comme s’il dessinait la robe avec des éclats de lumière. J’aime que les broderies viennent souligner la coupe, justement: la rendent visible. Je suis patronniste, je sais dessiner, faire le patron et couper une robe, j’adore cela. Pour moi, la coupe, la matière, les broderies, tout doit s’harmoniser. On doit sentir la robe, expliquait Antonio Grimaldi juste après le show. 

Les brillances étaient comme atténuées. Le thème cette saison, c’était les miroirs. La petite histoire derrière cette collection, c’est celle d’une femme, tellement belle que lorsqu’elle se regarde, le miroir ne peut supporter son reflet et explose. Et tous les petits morceaux viennent s’encastrer dans la robe, dit-il en riant. En réalité, quand on se regarde dans le miroir, c’est le seul moment peut-être où l’on se voit aussi de l’intérieur.

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