Les bracelets de montres, ou l’art d’habiller l’heure

28 novembre 2017

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La matière dont est faite un bracelet, son épaisseur, son toucher et sa couleur, sont autant de détails qui jouent un rôle dans l’appréciation d’un garde-temps. Mais comment se fabrique un bracelet? Reportage – Vincent Daveau.

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ien peu d’amateurs s’interrogent sur la nature des bracelets avant d’avoir à en changer. Et certains même, pour éviter d’avoir à le faire, choisissent délibérément des produits horlogers équipés d’origine, de bracelets en métal. Cette mode déjà ancienne s’est développée en même temps que sont apparues les premières montres étanches conçues pour être portées dans des zones humides. Elle s’est ensuite généralisée, une fois lancés les instruments de plongée destinés à accompagner leurs propriétaires sous les mers. Insensibles à l’élément liquide, ces liens ont cohabité avec ceux textiles que l’on appelle mal à propos « NATO » et qui, à l’origine étaient taillés par les soldats dans des suspentes de parachutes, une fois le premier bracelet fourni avec leur montre de dotation, détruit par l’humidité.

 

Penser autrement l’habillage d’une montre

Il est pourtant intéressant d’avoir des informations relatives au choix et à l’entretien de son bracelet de montre afin de le préserver du passage du temps. L’amateur, focalisé sur sa montre, a souvent tendance à oublier que ce lien nécessite une certaine attention pour durer et qu’il est bon de le choisir consciencieusement afin de donner à sa pièce horlogère plus de consistance, ou une originalité qui pourrait lui manquer.

 

Souvent pourtant revient dans la conversation avec les amateurs le problème récurrent du prix des bracelets. Il est vrai que les liens en cuir et plus particulièrement ceux en alligator, coûtent fort cher, eu égard à la taille du produit. Mais ce que peu de gens savent c’est que ces éléments sont aussi très onéreux à produire et que, finalement bien peu de marques sont capables de fournir une qualité digne d’assujettir une belle montre au poignet.

 

Parler fabrication

Comme le soulignait récemment Jacques Bordier, le fondateur de la société Jean Rousseau, les bracelets cuirs sont un produit qui, à l’instar des montres, nécessitent un travail important réalisé par des artisans qualifiés avec des matières de qualité sélectionnées avec soin. Par exemple, une peau d’alligator (une peau fait moins de 1 mètre de long de la tête à la queue) coûte environ 11 euros le centimètre linéaire. Mais il suffit de regarder une chute de cette même peau (animal d’élevage) toujours plus ou moins standardisée en taille, pour se rendre compte qu’il n’est pas possible de faire tant de paires de lanières dans une si petite surface (un bracelet comporte deux faces de cuir taillés dans la même peau et souvent dans la même longueur). Cette constatation était par ailleurs confirmée par Monsieur Jean-Luc Déchery, propriétaire de la maison Camille Fournet, autre maison de renom dans la fabrication des bracelets-cuirs.

 

Tannage, foulonnage et teinture

Si la plupart des fabricants achètent les cuirs déjà teintés (alligator, veau, chèvre, autruche et peaux spéciales comme le buffle, le crapaud ou les pattes de coq, etc.), certains comme la maison Jean Rousseau les acquièrent bruts pour les teindre dans leurs ateliers afin de s’assurer de la qualité et de la conformité du produit. Chez Jean Rousseau, les cuirs de crocodile sont ainsi traités à l’unité par des expertes. Une fois la peau colorée, celle-ci, toujours humide, est mise en tension pour permettre aux parties interstitielles, autrement dit les parties souples entre les écailles, d’être les plus larges possible, afin de garantir au bracelet de rester lui-même souple le plus longtemps possible.

 

Une fois sèche, la peau est contrôlée et parfois sa couleur est retouchée par un spécialiste de manière à uniformiser les teintes en commandes (commandes importantes). Evidemment tous ces traitements font l’objet d’un suivi et les effluents sont retraités pour éviter les pollutions.

 

Coupe et couture

Les cuirs rangés sont ensuite sélectionnés par les opératrices en fonction des commandes puis découpés avec des outils ayant la forme des deux brins du bracelet commandé (largeur, longueur, rembordés ou bords francs). La commande est placée dans un bac avec le bordereau d’ordre pour que les ouvrières successives puissent réaliser les opérations demandées. Le cuir est alors apprêté, les parties à affiner le sont à l’aide d’une machine puis la doublure est sélectionnée, coupée à la bonne mesure et collée aux éléments destinés à donner du volume et sa forme au bracelet. Chez les grands faiseurs, ces composants sont réalisés en croûte de cuir ou parfois en matériaux synthétiques résistant à l’eau afin de conserver longtemps ses qualités au cuir. C’est aussi à ce moment que sont placés les inserts destinés à permettre au futur bracelet d’être totalement intégré à la carrure de la pièce auquel il est destiné.

 

Une fois ces opérations de collage effectuées, et qu’il ne faut en aucun cas rater au risque de tout devoir recommencer, le bracelet rejoint la section des couturières. Les bracelets sont alors cousus à l’aide d’une machine à coudre classique (plus ou moins) ou réalisés à la main par une opératrice spécialisée.

 

Finition et contrôle qualité

Une fois les bracelets cousus, ceux qui ne sont pas rembordés (fleur de cuir sur les côtés) reçoivent un traitement de peinture souple destiné à finir la tranche du produit. Ensuite, les pièces reçoivent leurs passants tous cousus main, dans des languettes des parties moins nobles du cuir dans lequel à été coupé la face du bracelet. Ces magnifiques liens lustrés et contrôlés par des spécialistes ayant l’expérience du métier, partent ensuite pour être emballés et expédiés à destination.

 

Il est possible aujourd’hui de se rendre dans les boutiques des meilleurs faiseurs ou chez les détaillants qui possèdent les nuanciers des artisans avec lesquels ils travaillent. Toutefois, le client aura aussi le loisir de faire réaliser son bracelet en le commandant sur Internet. C’est moins agréable que d’échanger avec les vendeuses ou les vendeurs des magasins dédiés qui possèdent le savoir-faire et l’expérience pour garantir un conseil de qualité, mais c’est plus rapide.

Derniers conseils

On ne rappelle jamais assez qu’un bracelet en cuir est un produit fragile méritant l’attention de son propriétaire. – Vincent Daveau.

Les hommes, dont la peau est plus acide, brûleront la doublure de leur bracelet (toutes marques confondues) en à peine plus d’un an d’un porter quotidien, s’ils n’y prêtent pas attention. Les femmes ont plus de chance et l’usure sera dans l’absolu souvent deux fois moins rapide. Mais dans tous les cas de figure, il ne faudra pas attendre de voir l’élément se craqueler au niveau de la fermeture ou des attaches du boîtier pour envisager de le changer.

 

Le mieux est de prévoir son remplacement dès les premières traces de fatigue de la doublure. C’est le signe que la transpiration a fait son office et brûlé la matière. Les coutures, dans ces conditions sont aussi fragilisées et risquent à tout moment de rompre. Et un bracelet même onéreux, vaut toujours moins cher qu’une révision suite à une chute.

 

Il est possible de le remplacer pour la saison d’été (période où les bracelets souffrent le plus), par des liens en caoutchouc, le bracelet en acier du modèle qu’il aura été possible d’acquérir en première monte, ou un bracelet en toile de type NATO.

 

Et parce qu’il ne faut pas se contenter des couleurs basiques fournies par les marques (noir et brun), il faudra à l’amateur se pencher sur les coloris originaux capables de donner une nouvelle jeunesse à sa montre… C’est pourquoi, rien ne remplacera le contact humain et les essais en boutiques où les détaillants disposent de stocks pour faire son choix.

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Couture avec main.