Les mains de Nicolas Ghesquière

 In MODE, PERSONNALITÉ

Et si l’on remontait au geste d’origine, celui qui engendre les collections de mode? Mettre la lumière sur les mains, qui savent transcrire une inspiration à travers un dessin, voilà l’idée. – Isabelle Cerboneschi

 

Et pas n’importe quelles mains: celles d’un autodidacte, d’un surdoué de la mode, qui a passé son enfance à dessiner des vêtements et les envoyer inlassablement, depuis la ville de Loudun où il a grandi, à tous les studios de mode de la capitale. Celles de Nicolas Ghesquière, le directeur artistique de Louis Vuitton, rencontré en ses bureaux parisiens.

“Qu’est-ce que je peux dire de mes mains? Je les aime bien en fait, même si elles sont petites. Elles me ressemblent”, dit-il.

“Je dessine beaucoup. Tout commence par le trait dans une collection. Enfin pas tout: il y a un mélange de différentes influences qui peuvent être visuelles, tactiles avec le choix des matières ou simplement l’attitude d’une femme que j’aurais rencontrée.” 

“La capacité à matérialiser ses idées est essentielle dans ce métier. Il y a des gens qui dessinent extrêmement bien et qui n’arrivent pas à mettre leurs idées en volume et des gens qui font de très beaux volumes et qui n’auront jamais une idée qui exprime quelque chose.”

“Je ne suis pas manuel mais je suis instinctif. Je fais beaucoup de bricolages. Je n’ai pas de formation de patronnier ou de coupeur mais je n’ai pas peur de me confronter à toutes sortes de matières. Ici, avec le cuir je m’amuse beaucoup. Ils ont des cuirs tellement géniaux chez Louis Vuitton! Je prends ce que l’on me donne ou ce que j’ai demandé. Et je n’ai pas peur de couper, d’agrafer, d’épingler, de commencer à construire des volumes par rapport à mon dessin, très librement, sur un Stockman ou un mannequin cabine. Ce n’est pas du tout académique, la manche est toute twistée, mais j’arrive à exprimer les choses en volume de manière très libre.” 

Je lui demande la matière qu’il préfère?

“La peau, évidemment!”

Et tandis qu’il parle, ses mains virevoltent, caressant un mannequin imaginaire ou un tissu que lui seul perçoit.

 

Une version de cet article est parue le 5 juillet 2015

 

Recent Posts

Leave a Comment

English English French French