Mais d’où vient le parfum de la pluie

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Photo: @ Inge-Maria.

Les giboulées de mars jouent les prolongations. L’occasion de se poser des questions d’une délicieuse inutilité sur l’odeur des averses. Ce sont des chercheurs du MIT qui ont élucidé l’affaire: ils ont découvert que les gouttes de pluie, en tombant sur des terrains poreux, dégageaient des aérosols transportant en eux les substances aromatique du sol. Et ce phénomène porte le nom mystérieux de petrichor. – Isabelle Cerboneschi.

 

Les chercheurs ont des âmes de poètes. Pourquoi sinon se seraient-ils acharnés avec des caméras à grande vitesse sur des gouttes de pluie? Pour d’autres raisons bien sûr, mais les recherches scientifiques ont beaucoup à voir avec la sérendipité, et en cherchant une chose, on en trouve parfois une autre…

Des scientifiques du Massachusset Institute of Technology (MIT) avaient noté, comme tous les arpenteurs de bitume, les promeneurs en forêt d’automne, les lecteurs de jours pluvieux, cette odeur de terre qui restait accrochée dans l’air après la pluie.

Ils auraient pu s’en tenir à cette simple observation, qui peut parfois générer des poèmes, ou bien faire leur travail et essayer de comprendre d’où provenait ce parfum. En 2015, ils se sont lancés dans une étude. Ils ont filmé la pluie avec des caméras à grande vitesse, et après 600 expérimentations sur 28 types de surfaces, ils ont découvert que lorsqu’une goutte tombait sur un sol poreux, l’air des pores formait de petites bulles qui remontaient à la surface et relâchaient des aérosols. Un peu comme ces bulles qui tentent de s’échapper d’un verre de champagne, avant d’éclater et de relâcher dans l’air une multitude de particules en suspension.

Les scientifiques ont relevé que les aérosols générés par la pluie transportaient avec eux les éléments aromatiques contenus dans le sol, ainsi que des bactéries et des virus, et que le tout était propagé par le vent et la brise. “La pluie tombe tous les jours, il pleut maintenant quelque part dans le monde, c’est un phénomène commun, or étrangement, personne n’a observé ce mécanisme auparavant”, relevait Cullen R. Buie, l’un des chercheurs, professeur assistant d’ingénierie mécanique au MIT. «Maintenant que nous avons identifié le fait que les arérosols pouvaient être générés par les gouttes de pluie tombant sur le sol, cela va nous aider à comprendre comment les microbes se propagent dans l’environnement et se transmettent aux humains», ajoutait Youngsoo Joung, postdoctorant et chercheur dans le laboratoire de Cullen R. Buie.

Mais à part les microbes, qu’en est-il du parfum de la pluie, me direz-vous? Il est ressorti de toutes ces expériences que plus l’intempérie est légère, plus il se dégage d’aérosols. Ce qui expliquerait pourquoi cette senteur un peu terreuse, qui flotte dans l’air après l’ondée, serait plus fréquente après les petites pluies qu’après les grandes averses.

Et c’est ainsi que, grâce à cette étude, j’ai découvert que le parfum de la pluie portait le mystérieux nom de petrichor, du grec petra, la « pierre » et d’ichor, le sang des dieux. Presque l’anagramme de Terpsichore, la muse de la danse. Et j’ai imaginé ces odeurs qui dansaient dans la pluie…

MIT-frenzied aerosols. Photo: © Youngsoo Joung.

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