Un week-end d’automne à Lisbonne

 In PHOTOGRAPHIE, VOYAGE

 

Photo: Ilsang Moon.

J’aime Lisbonne d’amour. Je l’aime parce que cette ville me bouleverse, c’est avec elle que j’ai grandi. J’aime ses contrastes et ses incohérences. J’aime ses escaliers qui ne mènent nulle part et qui s’arrêtent devant une porte, obligeant le flâneur à redescendre par le chemin inverse. Sans raison. J’aime ses pudeurs de vieille dame très digne et ses extravagances. J’aime sa douceur de vivre et sa rugosité.
– Gaelle Aguiar

 

La ville des sept collines porte en ses pierres son passé de gloire: entre ses ruelles étroites, son histoire transpire, rappelant ces siècles d’or où les conquérants et les marchands avaient pris le monde d’assaut au nom du roi.

Le Tage, un fleuve comme une mer, s’étend à ses pieds. On peut le regarder comme une invitation vers l’ailleurs, ou une frontière qui invite à rebrousser chemin et arpenter les milliers de ruelles qui montent ou descendent, c’est selon.

Lisbonne vit, Lisbonne pulse. Le street Art coexiste cordialement avec les azulejos. Il faut dire que la Municipalité a donné un coup de pouce aux manieurs de pinceaux, encourageant les jeunes artistes à utiliser l’espace public (les murs, les façades, les usines abandonnées du quartier de Marvila) comme une toile. Niveau contraste, le fado n’est jamais très loin d’un bar branché où l’on pratique l’art de la mixologie. Vous me suivez?

Photo: Kris Woods.

 

Photo: Lili Popper.

 

SHOPPING LUSITANIEN

L’une de mes adresses shopping préférée, c’est le superbe Concept store Embaixada, où l’on peut découvrir de nombreuses enseignes portugaises, souvent inconnues hors du pays.

Embaixada est situé au Palácio Ribeiro da Cunha, l’un des édifices les plus emblématiques et tendance du quartier Príncipe Real. Ce monument du XIXème siècle a été transformée en une galerie commerciale où des marques et designers, artistes nationaux de la culture et la gastronomie portugaise sont promus.

C’est là-bas que j’ai eu la chance de rencontrer Antonio Costa, fondateur de la griffe Ecolã. Une mode qui fait la part belle au savoir-faire lusitanien. La laine brune, beige et blanche qu’il utilise, en provenance de la Serra da Estrela, une région montagneuse peuplée de bergers et moutons, permet de tisser des plaids tricolores. Les teintures sont à base de pigments naturels. La matière de prédilection du designer est le bure, une laine chaude, très résistante et imperméable, qu’Antonio Costa compare au loden autrichien ou à la Lana cotta italienne.

La particularité de ce lieu, c’est d’avoir su réunir des créateurs qui partagent leur expérience, tout en préservant le patrimoine et le savoir-faire portugais. Au sein de ce concept store, on peut trouver les pièces uniques pour les femmes signées O da Joana, les accessoires en argent de Menina e Moça, les produits écologiques et bio pour bébés de la marque Organii Bébé, qui préservent leur peau fragile, la manufacture portugaise de savons et de parfums d’intérieurs luxueux Castelbel. On y découvre aussi Atalho Real, le paradis pour tous les amateurs de viandes où l’on peut aussi déguster les différentes cuisines du monde, la galerie d’art P55, ou encore la boutique pour hommes UOY.

J’aime aussi l’esprit qui règne A Vida Porguesa. Ce lieu situé dans le quartier de l’Intendente a été créé par Catarina Portas, une ancienne journaliste. Le concept? On peut s’y procurer tous les produits nécessaires au quotidien, mais façon vintage. La crème Benamôr pour les mains, des plaids en laine de l’Alentejo, des eaux de Cologne traditionnelles. Ce lieu est un voyage dans le temps.

L’Avenida da Liberdade, dans le prolongement du Jardim do Marquís de Pombal, rappelle les Champs Elysées ou la 5ème Avenue. Sur cette artère cossue se côtoient toutes les enseignes du luxe, de Louis Vuitton à Elisabetta Franchi, en passant par Gucci, ou Armani. J’y fais du shopping virtuel: pour le bonheur des yeux seulement.

Photo: Erwan Hesry.

 

Photo: Joao Ascenso.

 

MES LIEUX SECRETS

J’aime l’idée que si l’on descend une volée d’escaliers pour entrer dans un restaurant sans charme, sur cette même Avenida da Liberdade, on dégustera la meilleure morue du monde. J’aime savoir que, loin des endroits touristiques, on peut écouter du fado entre nous à Tasca do Chico, un bar dans le quartier de l’Alfama.

La capitale offre de nombreux lieux où profiter de la gastronomie lusitanienne. A Baiuca est située dans une ruelle du quartier de l’Alfama. Ce petit restaurant familial a ouvert ses portes il y a maintenant 40 ans, avec une décoration qui est restée d’époque. L’établissement propose une nourriture typiquement portugaise, mais sa véritable attraction reste tout de même le Fado. C’est toute la mélancolie du Portugal qui est racontée par une chanteuse et 3 guitaristes. Cette superbe musique traditionnelle sait transmettre à ceux qui l’écoutent l’histoire du pays. Plongé dans cet univers, il ne reste plus qu’à profiter de l’instant présent en dégustant des plats typiques à la lueur de la bougie. Le temps s’arrête et l’atmosphère nous transporte dans une ambiance frissonnante.

D’autres établissements, plus discrets sont des incontournables. Situé dans le quartier de la Mouraria, Zé dos cornos est un endroit caché de Lisbonne. La restauration, typiquement portugaise propose une cuisine de poissons ou de viandes grillés au charbon de bois. La Bifana, une longe de porc grillée ou frite dans le pain et mangée avec de la moutarde, y est excellente.

Et quand on souhaite déguster des fruits de mer absolument délicieux, dans un cadre sublime et authentique, la Cervejaria Pinoquio, avec sa belle terrasse ensoleillée qui donne sur la Praça Restauradores, est le lieu idéal.

Pour les amateurs de grandes tables, il n’y a qu’un nom qui sorte de mon chapeau: celui de José Avillez, un hyperdoué de la cuisine portugaise inventive. Son restaurant, le Bel Canto, situé dans le quartier du Bairro Alto, affiche 2 étoiles Michelin. Le chef y pratique une cuisine portugaise revisitée et subtile à base de produits irréprochables. Cet amoureux du bien manger a aussi ouvert d’autres lieux plus accessibles: le Café Lisboa, Le Mini Bar (un bar gastronomique), la Pizzaria Lisboa, le Cantinho de Avillez, et le Bairro do Avillez, qui ressemble à une place de village où l’on peut déguster tous les produits typiques de la gastronomie portugaise et où se situe aussi Le Beco, inspiré des clubs des années 20, avec diners spectacles.

Au Portugal, on sait être gourmand avec volupté: les salons de thé et pâtisseries pullulent et sont des passages obligés. Ma préférée, c’est la Confeitaria Nacional, Praça da Figueira, avec ses allures de pâtisserie d’antan. Ses entremets en vitrine ne donnent qu’une envie: pénétrer à l’intérieur et se régaler. Leurs gâteaux sont plus appétissants les uns que les autres. Cet établissement propose bien sûr les pâtisseries traditionnelles portugaises, telles que les Pastéis de Nata, O Bolo Rey (un gâteau brioché composé de fruits secs), ou encore les Ninho de chocolade, sublime gâteau au chocolat avec pour décor des jaunes d’oeufs effilés.

Le soir, j’aime aller boire un verre dans le quartier du Bairro Alto. Mes bars préférés? Le Red Frog et le Procopio Bar. Leurs cocktails ainsi que leur décoration atypique, à l’image de ces bars clandestins des années 1920, feraient presque oublier que l’on se trouve à Lisbonne.

Enfin, le dernier spot à la mode, pour prendre un verre à la tombée de la nuit, c’est le Topo. Situé au 6e étage du Commercial Center Martim Moniz sur la Praça Martim Moniz, ce Rooftop propose des cocktails avec vue imprenable sur le quartier historique de Mourari et le Castelo de Sao Jorge. Le coucher du soleil et le DJ sont compris dans le prix.

Photo: Erwan Hesry.

 

Photo: Erwan Hesry.

 

BALADE AU GRÉ DES VIEILLES PIERRES

Parmi les nombreuses églises que je croise en marchant, celle que je préfère est l’Igreja Sao Sebastiao da Pedreida située Rua Thomas Ribeiro, sur les hauteurs de la ville. Sa façade sobre ne laisse rien deviner des beautés qui sont à l’intérieur. C’est comme si elle cachait un secret que l’on ne soupçonnerait pas.

J’aime aussi me rendre au Christ Roi, situé de l’autre côté de Lisbonne, dans la commune de L’Almada. Quand on atteint le sommet, la vue panoramique coupe le souffle.

Une escapade sur les bords du Tage à Bélem, l’un des quartiers les plus populaires de la ville, mène invariablement à la tour des  Conquistadores. bâtiment symbolique qui rappelle le temps des grandes découvertes, puis à la Tour de Bélem, ce superbe édifice où viennent s’échouer les vagues. On termine par une dégustation de tartelettes au flan dont la recette est tenue secrète dans la célèbre pâtisserie Pastéis de Belém, près du Monastère des Hiéronymites, avec ses salles en enfilades et ses azulejos.

Impossible de quitter la capitale sans avoir fait un tour dans le Tramway, sorte de voyage dans l’espace-temps. Il conduit au Castelo de Sao Jorge d’où l’on a une vue magique sur cette cité qui regorge de secrets.

J’aime Lisbonne d’amour. Son histoire est l’une de ses forces et l’artisanat portugais est précieux. J’affectionne ce mélange entre authenticité et modernité que l’on y trouve, les quartiers anciens sont à deux enjambées des rues branchées, la douce mélancolie qui y règne n’est jamais éloignée d’une rage de vivre. La ville donne envie de toujours regarder autour de soi et de découvrir des lieux atypiques, ces endroits inconnus où l’on aime flâner. J’aime les secrets dont la ville regorge et ses merveilles.

Photo: Lili Popper.

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