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Le défilé Louis Vuitton, électrisant collage

Fashion week Paris. Louis Vuitton a présenté sa collection automne-hiver 2019-20 dessinée par Nicolas Ghesquière dans un Beaubourg reconstitué au cœur de la Cour Carrée du Louvre. Une collection « melting pot » inspirée de la fin des années 1970, de cette époque où la culture bruissait, où les communautés s’étaient emparées de Beaubourg et où la rue était tout aussi inspirante que les podiums des défilés. – Isabelle Cerboneschi, Paris. Photos: Maxime Hibon.

10 mars 2019

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Louis Vuitton, collection automne-hiver 2019-20. Photo: © Maxime Hibon.

Une portion du Centre Pompidou, reconstituée au cœur de la Cour Carrée du Louvre, servait de décor au défilé Louis Vuitton automne-hiver 2019-20. Un musée dans un musée: fabuleuse mise en abyme. Et tout cela bien sûr avec l’accord des architectes Renzo Piano et Richard Rogers, les concepteurs de Beaubourg, qui vont d’ailleurs réutiliser certaines parties du décor pour une exposition qu’ils vont réaliser à Shanghai.

Pourquoi convoquer le Centre Pompidou en 2019 ? « Il s’agissait des prémices, sur papier, de lieux dédiés à tous, de tout âge, de tout horizon à mi-chemin entre le British Museum et Times Square. Entre culture et quotidien. D’une certaine manière, c’est ça, c’est un lieu de vie », dixit Richard Rogers, dans le communiqué. Et c’est ce qui plaisait justement à Nicolas Ghesquière, le directeur artistique de Louis Vuitton: « L’esplanade de Beaubourg est un endroit où l’on peut faire ce que l’on veut, dit-il. On n’a pas besoin d’autorisation. Ce lieu a été décrié, il a été détesté et avec le temps il s’est installé comme un symbole fort de l’architecture parisienne. Et l’idée que l’on puisse ne pas comprendre une chose tout de suite et apprendre à l’aimer avec le temps m’intéressait pour réaliser cette collection. »

« Ce quartier me parle beaucoup car c’est ici que j’ai vu les premiers vêtements de créateurs en vrai, quand j’était jeune, confie Nicolas Ghesquière. La mode était là: les bureaux de Claude Montana étaient rue Saint Denis, la boutique Jean Paul Gaultier était rue du Jour et ils étaient installés dans la Galerie Vivienne, Yohji Yamamoto n’était pas loin. Beaubourg, c’était l’épicentre de la mode des créateurs, mais avant tout, c’était un lieu de métissage. La fusion des cultures, des styles, des identités existait fortement en ce quartier à ce moment-là – les danseurs de rue étaient là, les gothiques, les punks – et cette mixité se ressent encore dans le monde dans lequel on vit et je trouvais

intéressant de l’exprimer aujourd’hui. Ce défilé, c’était un peu comme si l’on s’assied à une terrasse de café et que l’on regarde passer les gens. Je l’ai fait d’ailleurs, à Beaubourg. Je trouvais intéressant d’observer toutes ces tribus urbaines, toutes ces communautés mélanger les influences. Ce quartier a émergé à un moment où la France était culturellement très inspirante et je me suis interrogé sur la manière dont tout cela résonne aujourd’hui. »

Après un printemps-été 2019 qui explorait le vêtement de pouvoir, la collection automne-hiver 2019-20 traduit ce grand mélange des styles et des temps avec ces robes à manches pagode portées avec des Paraboot, ces spencers épaulés, ces blousons d’aviateur en cuir portés sur des pantalons taille haute à pinces ou des jeans baggy, ces boots New Wave, cette allure un peu chaotique inspirée de Madonna dans « Desperately Seeking Susan ». « C’est la collection qui ressemble le plus aux dessins que j’ai fait à mes débuts chez Louis Vuitton, confie Nicolas Ghesquière. Un dessin est toujours plus plus graphique qu’un vêtement fini. Or cette collection est très graphique. »

Les filles défilaient sur une bande son créée par Woodkid: « Paid in Full », d’Eric B. & Rakim ou « Diva » de Jean-Michel Jarre. Et cela faisait longtemps que je n’avais pas entendu « Cargo de Nuit » d’Axel Bauer dans un défilé. Chaque mannequin affichait sa différence. « C’est l’anti-défilé qui ne propose qu’un seul thème et que l’on stylise de la même manière. J’ai voulu laisser s’exprimer l’individualité de chaque mannequin. Bien sûr, on les a habillés pour un défilé, mais c’était important qu’ils soient tous différents et que la collection ne soit pas une panoplie que l’on applique à tout le monde. Comme dans la vraie vie. »

Le défilé Louis Vuitton, électrisant collage

10 mars 2019

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Fashion week Paris. Louis Vuitton a présenté sa collection automne-hiver 2019-20 dessinée par Nicolas Ghesquière dans un Beaubourg reconstitué au cœur de la Cour Carrée du Louvre. Une collection « melting pot » inspirée de la fin des années 1970, de cette époque où la culture bruissait, où les communautés s’étaient emparées de Beaubourg et où la rue était tout aussi inspirante que les podiums des défilés. – Isabelle Cerboneschi, Paris. Photos: Maxime Hibon.

Une portion du Centre Pompidou, reconstituée au cœur de la Cour Carrée du Louvre, servait de décor au défilé automne-hiver 2019-20 de Louis Vuitton. Un musée dans un musée: fabuleuse mise en abyme. Et tout cela bien sûr avec l’accord des architectes Renzo Piano et Richard Rogers, les concepteurs de Beaubourg, qui vont d’ailleurs réutiliser certaines parties du décor pour une exposition qu’ils vont réaliser à Shanghai.

Pourquoi convoquer le Centre Pompidou en 2019? « Il s’agissait des prémices, sur papier, de lieux dédiés à tous, de tout âge, de tout horizon à mi-chemin entre le British Museum et Times Square. Entre culture et quotidien. D’une certaine manière, c’est ça, c’est un lieu de vie », dixit Richard Rogers, dans le communiqué. Et c’est ce qui plaisait justement à Nicolas Ghesquière, le directeur artistique de Louis Vuitton: « L’esplanade de Beaubourg est un endroit où l’on peut faire ce que l’on veut, dit-il. On n’a pas besoin d’autorisation. Ce lieu a été décrié, il a été détesté et avec le temps il s’est installé comme un symbole fort de l’architecture parisienne. Et l’idée que l’on puisse ne pas comprendre une chose tout de suite et apprendre à l’aimer avec le temps m’intéressait pour réaliser cette collection. »

« Ce quartier me parle beaucoup car c’est ici que j’ai vu les premiers vêtements de créateurs en vrai, quand j’était jeune, confie Nicolas Ghesquière. La mode était là: les bureaux de Claude Montana étaient rue Saint Denis, la boutique Jean Paul Gaultier était rue du Jour et ils étaient installés dans la Galerie Vivienne, Yohji Yamamoto n’était pas loin. Beaubourg, c’était l’épicentre de la mode des créateurs, mais avant tout, c’était un lieu de métissage. La fusion des cultures, des styles, des identités existait fortement en ce quartier à ce moment-là – les danseurs de rue étaient là, les gothiques, les punks – et cette mixité se ressent encore dans le monde dans lequel on vit et je trouvais intéressant de l’exprimer aujourd’hui. Ce défilé, c’était un peu comme si l’on s’assied à une terrasse de café et que l’on regarde passer les gens. Je l’ai fait d’ailleurs, à Beaubourg. Je trouvais intéressant d’observer toutes ces tribus urbaines, toutes ces communautés mélanger les influences. Ce quartier a émergé à un moment où la France était culturellement très inspirante et je me suis interrogé sur la manière dont tout cela résonne aujourd’hui. »

Après un printemps-été 2019 qui explorait le vêtement de pouvoir, la collection automne-hiver 2019-20 traduit ce grand mélange des styles et des temps avec ces robes à manches pagode portées avec des Paraboot, ces spencers épaulés, ces blousons d’aviateur en cuir portés sur des pantalons taille haute à pinces ou des jeans baggy, ces boots New Wave, cette allure un peu chaotique inspirée de Madonna dans « Desperately Seeking Susan ». « C’est la collection qui ressemble le plus aux dessins que j’ai fait à mes débuts chez Louis Vuitton, confie Nicolas Ghesquière. Un dessin est toujours plus plus graphique qu’un vêtement fini. Or cette collection est très graphique. »

Les filles défilaient sur une bande son créée par Woodkid: « Paid in Full », d’Eric B. & Rakim ou « Diva » de Jean-Michel Jarre. Et cela faisait longtemps que je n’avais pas entendu « Cargo de Nuit » d’Axel Bauer dans un défilé. Chaque mannequin affichait sa différence. « C’est l’anti-défilé qui ne propose qu’un seul thème et que l’on stylise de la même manière. J’ai voulu laisser s’exprimer l’individualité de chaque mannequin. Bien sûr, on les a habillés pour un défilé, mais c’était important qu’ils soient tous différents et que la collection ne soit pas une panoplie que l’on applique à tout le monde. Comme dans la vraie vie. »