Marisa Pena, ou le vintage de caractère

 In MODE, PERSONNALITÉ, VINTAGE

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Marisa Pena a créé la Boutique Flair No 3 il y a 14 ans à Genève. Les amatrice de vêtements vintage connaissent l’adresse par coeur. On y déniche des trésors griffés des années 20 à 90 à des prix raisonnables, et quelques pièces qu’elle a redessinées. – Melina Staubitz.

 

Aussi loin qu’elle se souvienne, Marisa Pena a aimé les vêtements. Que ce soit en Angola, sa patrie natale, lorsqu’elle était toute petite, ou plus tard au Portugal, pays d’exil et d’accueil, la petite fille admirait le style des femmes de sa famille, ces « esthètes qui ont dû laisser derrière elles leur vie mais qui n’ont jamais perdu leur élégance ». Car le goût n’a rien à voir avec l’argent, mais bien plutôt avec l’éducation.

Or, si ses parents ont dû apprendre à vivre sans le premier, ils ne manquent pas de la seconde. Ils transmettent à leur fille à la fois leur attrait pour le beau et une résilience à toute épreuve. C’est donc dans un contexte rude de déracinement et de précarité que Marisa fait son éducation stylistique.

Autodidacte, sa perception des habits se fait plus élaborée au contact des vieux films qu’elle aime passionnément : elle passe des heures à observer les personnages sortis des années 1920 à 1970, glanant par-ci par-là des « morceaux de style », comme elle dit, qu’elle associe mentalement l’un à l’autre. Jamais de copié-collé, donc, mais une esthétique aux influences multiples. Et un amour pour le stylisme : au Portugal, ses amies viennent lui demander conseil, et la jeune fille choisit pour elles les modèles qu’elles commanderont à la couturière.

A 20 ans, c’est le départ pour la Suisse, en tant que jeune fille au pair, qui concrétise ses rêves de voyage. Lorsque son employée et amie revient, un mercredi, du marché aux puces de Plainpalais, Marisa s’émerveille de ses trouvailles et la supplie de l’emmener visiter ce temple aux maints trésors. Enfin arrive le samedi et, avec lui, les étals des marchands. Marisa est comme une gamine dans un magasin de bonbons, et elle ne cesse d’y retourner depuis. Aujourd’hui, elle considère la brocante et les premiers achats qu’elle y a effectués, « des acquisitions par passion, pour moi, mais aussi des vêtements trop grands, que je ne porterai pas », comme le point de départ de sa boutique, ouverte en 2003.

Chaque pièce qu’elle y vend est un coup de foudre, un « achat émerveillé ». L’investissement personnel dont fait preuve Marisa est considérable : pour chaque robe, pour chaque veste et pour chaque pantalon, ce sont des heures passées à laver, repasser, reprendre, bichonner. Elle modernise, individualise et porte à son triomphe la qualité du vintage, qu’elle admire au plus haut point.

Les étoffes qui passent par ses mains en ressortent avec un peu d’elle, et en retour continuent à l’habiter longtemps après leur départ. Avec, en plus, la satisfaction d’avoir trouvé « la femme qui fait la robe », la cliente dont la personnalité s’accorde à la perfection avec l’individualité du vêtement. Car Marisa n’aime pas que chiner : elle adore habiller, conseiller, accompagner les femmes hors de leurs sentiers battus. C’est là, dans cet échange, qu’elle se sent réellement artiste et créative.

En quelques mots, elle s’attache à faire de l’achat « un acte de plaisir – puisqu’on n’a besoin de rien ». Il semble que la magie opère : Flair N°3, du haut de ses 14 ans, compte sur une clientèle fidèle que sa fondatrice continue à séduire et à émerveiller. Et pour cause : l’énergie et l’ambition de celle qui clame haut et fort qu’« il faut demander les étoiles pour accéder à la lune » sont irrésistibles – presque autant que les perles dont regorge sa boutique.

Flair N°3, Rue John-Grasset 3, 1205 Genève.

 

 

 

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