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“I’m back!”

6 décembre 2018

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Après une interruption de deux ans l’actrice Melissa George, ambassadrice de Schiaparelli, revient en force sur les écrans. La belle Australienne a accepté de poser pour ALL-I-C dans les tenues rose shocking de la maison de couture. Elle parle du rôle du costume dans le cinéma, mais pas que… – Isabelle Cerboneschi, Paris. Photographies: Buonomo & Cometti.

Les trajectoires ne sont pas toujours linéaires et celle de Melissa George a connu une interruption de deux ans, « pour des raisons personnelles ». Cette rupture de ligne lui a permis mieux revenir: plus forte, plus sensible et « meilleure actrice », dit-elle.

La comédienne australienne a choisi de s’épanouir dans le rôle de mère avant de se montrer sur les écrans. Cette année, elle revient en force: elle a tourné dans Don’t Go, dirigé par David Gleeson, un thriller psychologique, dans The Butterfly Tree, dans lequel elle joue une danseuse burlesque montée sur patins à roulettes (elle fut championne de patin) et The First, la série TV qu’elle a tournée avec Sean Penn et qui se déroule dans un futur proche, autour de la première mission humaine sur Mars. Sean Penn joue le rôle d’un astronaute – Tom Hagerty – qui va être projeté à des millions de kilomètres de sa famille et de ses problèmes.

Depuis plusieurs saisons, je la vois assise au premier rang des défilés Schiaparelli, dont elle est l’ambassadrice. Pour ALL-I-C, Melissa George a accepté de poser dans les robes rose shocking de la maison, sans maquillage, arborant simplement sa beauté, sans masque.

Nous nous sommes retrouvées dans le jardin du Palais-Royal, mêlant l’anglais et le français, qui est devenue la langue de son quotidien. Au cours de la conversation, elle évoque le rôle que joue le costume au cinéma, mais pas que…

Vous avez interrompu votre carrière pendant deux ans: dans quel état d’esprit revenez-vous?
Je me suis octroyé deux ans “off” pour des raisons personnelles. Pendant ces deux années j’ai eu peur, j’ai souffert, j’ai dû apprendre l’humilité. J’ai traversé beaucoup d’épisodes trop beaux pour être vrais. Et mon père me dit souvent: « quand c’est trop beau pour être vrai, c’est certainement le cas. » Mais en revenant sur les tournages, je me rends compte que je suis devenue une bien meilleure actrice, car je suis arrivée avec toutes ces émotions vécues ces derniers deux ans. Être une actrice, c’est transmettre des émotions, or si vous n’avez rien à donner, vous jouez dans le vide. Je suis beaucoup plus calme sur un plateau car j’ai pris le temps de prendre soin de mon cœur. “I’m back!”, c’est tout ce que je trouve à dire.

Qu’est-ce que ces deux années ont fait de vous?
Je n’ai pas changé. Je fume toujours, car je vis à Paris et qu’ici tout le monde fume. Dans cette ville, on apprend à souffrir et à perdre avec style: il n’y a qu’à regarder toute cette beauté qui nous entoure. Ma plus grande force, ce fut mes deux enfants. Je les ai regarder grandir. J’adore les accompagner à l’école le matin, les préparer, les coiffer. On atteint une forme de bonheur quand on arrête de rêver pour soi et que l’on souhaite le meilleur pour ceux que l’on aime. Mon manager m’a donné un conseil magnifique: quand on l’appelait pour me proposer du travail, durant cette période, il répondait: elle est en train de réussir sa vie personnelle. Et étonnamment, cela a eu un effet positif sur ma vie professionnelle.

Dans quel sens?
Quand vous faites une pause, dans ce métier, vous arrêtez de vous inquiétez, de vous demander pourquoi vous n’êtes pas déjà montée au pinacle. Vous créez un mystère. Les personnes se demandent où vous êtes passée et c’est une forme de pouvoir. Quand je suis revenue, j’ai choisi de ne tourner qu’avec Sean Penn, l’un des plus grands acteurs du moment, dans The First, une série extraordinaire. Il y joue le rôle d’un astronaute en mission pour Mars et je joue la femme qu’il aime depuis dix huit ans. Quand il revient sur Terre après dix huit ans, ils se retrouvent. C’est une histoire tendre, tragique, belle.

Quand vous tournez, est-ce que le costume vous aide à entrer dans un rôle?
Oui. Je travaille mes rôles à la maison, les dialogues, l’accent, mais le premier essayage est un grand jour pour une actrice. Selon le film sur lequel vous travaillez, vous côtoyez certains costumiers qui ont gagné un Oscar. Ce sont des personnes qui vont trouver le moyen de donner un contour au personnage, ce qui va vous aider dans votre rôle. C’est un processus qui peut durer des jours entiers car il faut attendre l’approbation du réalisateur, du producteur, des studios. Il arrive que le studio déteste tel costume, que le réalisateur adore, et que l’actrice refuse de le porter (rires).

Le fait d’ôter le costume vous rend-il immédiatement à vous-même?
Je suis toujours soulagée de sortir du personnage après une journée de tournage. J’accomplis toujours le même rituel: je quitte mon costume, j’enfile mes propres vêtements et je passe ensuite sur mon visage une serviette chaude parfumée à la lavande. Une manière de quitter mon costume mais aussi toutes les résidus du maquillage. Émotionnellement, le personnage m’habite encore, mais cela ne se voit plus de l’extérieur. Je suis de toutes les façons épuisée et je vais me coucher, mais je reste dans le rêve jusqu’à la fin du tournage: je n’ai pas envie de troubler le personnage. Au réveil, je retourne sur la chaise de maquillage, au bout de trois heures je suis prête, je retourne sur le plateau pour tourner, je me démaquille, je vais me coucher, et cela recommence pendant trois ou quatre mois.

Vous êtes l’une des ambassadrices de Schiaparelli, quelle est votre perception de la marque?
C’est une histoire d’amour. Bertrand Guyon est un génie: chaque vêtement qu’il dessine raconte une histoire. Bien sûr que j’aime aussi les pièces classiques et les sac Hermès, mais de Schiaparelli je pourrais tout porter. J’adore me rendre aux essayages. C’est un comme une maison privée: vous passez la porte, vous montez à l’étage, et vous êtes reçue dans un appartement empli de souvenirs d’Elsa Schiaparelli. Les couturières en blouse blanche vous accueillent. Une fois que l’on a fait le pas, on ne recule plus jamais: quand vous portez du Schiaparelli, c’est pour toujours. J’ai porté une robe longue asymétrique lors de la soirée de lancement de la série « The First ». J’étais à Los Angeles et néanmoins, j’avais le sentiment d’avoir emmené Paris avec moi.

Comment avez-vous rencontré Bertrand Guyon?
Grâce à Connie Filippello, qui possède une agence de communication à Londres. C’est une grande: elle a représenté Gianni Versace, Jean-Paul Gaultier, George Michael et tant d’autres. Elle fait son métier merveilleusement, d’une manière old school et prend soin de moi comme le ferait une mère. Elle m’a présentée à Bertrand Guyon, j’ai été conviée au défilé, et voilà comment tout a commencé.

Quelle est votre relation personnelle avec votre garde-robe: jouez-vous avec vos vêtements?
Tous les jours je trie, je plie, je joue à être la conservatrice de mon dressing. J’adore les pièces classiques et fortes des créateurs, et parfois je retrouve mes vêtements dans les musées, comme ce manteau de cuir, qui était exposé lors de la dernière exposition dédiée à Margiela. J’ai découvert que c’était une pièce de collection or je l’avais porté la semaine précédente pour aller à la ferme. Sur un portant, je place tous les vêtements que je vais porter dans la semaine, et tous les matins, de lundi à dimanche, mon look est prêt.

Quel vêtement un peu étrange aimez-vous particulièrement?
J’adore porter des turbans! Je possède des pièces vintage de Pucci des années 1970. Quand je rencontre un homme, c’est un signe: si il n’aime pas mes turbans, qu’il trouve cela bizarre, je sais que la relation ne pourra pas durer (rires). Je possède aussi un manteau Chanel des années 1980, avec les épaules très larges, dans une couleur jaune fluo que j’adore. Je le porte avec mes turbans, mes lunettes de soleil, et du rouge à lèvres.

En posant pour cette série d’images avec les photographes Buonomo & Cometti, était-ce comme jouer un rôle?
J’adore raconter des histoires, dans mes films, mais aussi à travers des photos. C’est un défi car je dois transmettre une émotion sans bouger et sans parler. Travailler avec Buonomo & Cometti, c’est comme être en famille. J’adore leur travail, ils sont tellement créatifs, ils photographient tous les deux en même temps et réussissent ainsi à obtenir ainsi des images avec différents angles. Vous ne savez jamais qui favoriser de votre regard, ni qui aura fait la photo, à part eux-mêmes.