La solitude des éléments

 In PERSONNALITÉ, PHOTOGRAPHIE

La photographe Michèle Bloch-Stuckens exprime la perte, le vide qui s’en suit, et la reconstruction de soi par l’image. Une page presque blanche. – Isabelle Cerboneschi 

 

Je connais la photographe Michèle Bloch-Stuckens depuis des années. Nous avons travaillé ensemble. Peu. Une histoire de circonstances sans doute. Son univers était de l’ordre de l’abondance: abondance de chair, de couleurs, de détails, de décor, de sensualité. Comme si le vide n’avait pas droit de cité dans ses images.

Nous nous sommes revues durant l’été caniculaire 2017. Elle m’a dévoilé ses travaux personnels. On frôlait le monochrome: fille aux cheveux blancs à la peau blanche sur fond blanc. Rien ou presque rien d’autre qu’une marguerite blanche en guise d’extravagance. C’est comme si Michèle Bloch-Stuckens avait lavé sa vie à grandes eaux, s’était défaite de tout sauf de l’essentiel. Je ne reconnaissais plus ses photos. Je ne la reconnaissais plus elle non plus.


Elle voulait monter une exposition avec ses images. Je lui ai demandé si elle accepterait de les dévoiler dans mon magazine pour illustrer un article sur les cheveux blancs. Elle m’a dit oui. Je lui ai demandé de me parler de sa série. Je préfère à ce stade ouvrir les guillemets et la laisser s’exprimer: ce qu’elle dit me bouleverse, car c’est universel. C’est elle que j’entend. C’est moi aussi.

« J’ai vécu un grand bouleversement dans ma vie au début de 2017, j’ai du dire au revoir à des choses, des gens, auxquels j’étais très attachée. La violence de ce commencement m’a plongée dans un grand blanc, vide de tout – avenir, sensations, émotions – j’étais comme anesthésiée, béate devant ce vide effrayant et cette obligation de tout reprendre à zéro. Je vivais une grande solitude.

A l’époque je n’ai pas franchement saisi tout cela, j’aurais été incapable d’y mettre des mots et je n’ai donc pas bien saisi alors pourquoi j’étais soudainement attirée par une photographie très différente de ce que je faisais jusque là, à savoir des femmes puissantes, très sophistiquées, sensuelles, évoluant dans des univers assez chargés.

Là je rêvais de blanc, d’épure, de sobriété. Retournement à 180°.

A travers les images réalisées, outre la joie créatrice, la nouveauté, je sentais que ce vide qui m’écrasait encore, au fond, était porteur d’une immense liberté. Angoissante et terrorisante liberté mais liberté quand-même.

Durant la séance photo, d’un simple mouvement de sa tête, ma modèle a fait voler ses cheveux. J’ai senti dans ce souffle, cette petite envolée, tout l’espoir qui me manquait.

L’air, chose impalpable entre toutes, me rappelait que la vie est mouvement.

La Solitude des Eléments est une série de photos divisée en quatre sections, dont vous découvrez ici quelques images du premier volet: L’Air. J’extrapole et joue des caractéristiques de chacun des quatre éléments, interprétant librement et de façon toute personnelle mon parcours à travers eux.”

Michèle Bloch-Stuckens

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