English English French French

Paolo Sebastian couturier du bout du monde

19 avril 2018

[Cliquez sur l’image pour voir la galerie]

Paul Sebastian Vasileff, de son vrai nom, avait 17 ans (il en a 28) lorsqu’il a monté sa maison de couture à Adélaïde. L’Australie n’est pas le premier pays qui vient en tête lorsque l’on pense à la couture et pourtant, malgré une formation en Italie, des portes qui s’ouvraient en Europe, le mal du pays l’a pris. Sa collection printemps-été 2018 s’inspire des personnages de Disney. L’histoire de sa vie, elle aussi, pourrait commencer par “Il était une fois… ”  – Isabelle Cerboneschi.

On peut s’attendre à découvrir beaucoup de choses en Australie, mais pas forcément un couturier, jeune de surcroît. Paul Vasileff avait 17 ans lorsqu’il a monté sa maison de couture à Adélaïde. Il a présenté ses collections à Paris et défile à Sydney. Nommé l’an passé le Jeune Australien de l’Année, il s’est inspiré du monde de Disney et des personnages de dessins animés pour sa collection printemps-été 2018: elle s’intitule Once upon a dream. On croirait presque qu’il parle de lui…

Le destin de Paul Vasileff ressemble à un conte moderne, où le rôle de la bonne fée serait tenu par sa grand-mère, une couturière aux doigts agiles. C’est d’elle qu’il a appris dès son plus jeune âge les gestes qui lui ont permis de tisser son destin. En guise de contrée imaginaire l’Italie. Il y a fait ses classes, mais avant même la cérémonie d’obtention de son diplôme, il est rentré chez lui: mal du pays.

De la jeune fille à la marâtre, tout ce petit monde irréel a été convoqué sur le podium pour incarner sa collection printemps-été 2018. Des phrases ou des chansons, telles des talismans, ont été brodées sur des robes de tulle. Un onirisme induit par le thème. Mais pas seulement. On sent bien que ces fées, et tous les autres personnages, ont un jour traversé son chemin.

I.C: Vous êtes le premier couturier australien a avoir présenté sa collection à Paris. Que ressent-on quand on montre ses créations dans le fief de la haute couture?
Paolo Sebastian: C’est un moment très « Pincez-moi je rêve!». Depuis que je suis enfant j’ai toujours eu le désir de montrer mon travail à Paris. J’étais à la fois nerveux et enthousiaste en arrivant. Nous sommes connus ici en Australie, mais pas tellement en Europe, et l’idée de me retrouver dans la capitale française la semaine où défilait tous les grands noms de la couture, Chanel, Dior, Valentino, Armani, etc.. cela vous met une énorme pression, même si je ne défilais pas.

Quelle fut la réaction du marché?
Excellente. Nous avons reçu un feedback très positif sur notre collection, notre savoir-faire, les matières. Je suis fier de ce que l’on a accompli.

Vous avez débuté à 16 ans. Comment toute cette aventure a-t-elle commencé?
Quand j’étais enfant, j’avais environ 3 ans, je fabriquais des robes avec des journaux et du papier cadeau. Heureusement, mes robes aujourd’hui durent plus longtemps que celles d’alors (rires). J’ai toujours aimé coudre, créer avec mes mains. Ma grand-mère est une merveilleuse couturière et je la regardais faire. Tout ce qu’elle fabriquait était beau, à la fois de l’intérieur et de l’extérieur. J’aimais dessiner aussi.

Quand avez-vous fabriqué votre première robe?
Quand j’avais 11 ans. Une de mes amies avait vu une robe dans un magazine et m’a demandé de la reproduire. Ce que j’ai fait. Une autre amie l’a vue, puis une autre, et toutes voulaient la même! Cela a déclenché des réactions en chaîne. Pendant que j’allais à l’école primaire, je cousais des robes. Je ne faisais rien payer à l’époque: je créais parce que j’adorais cela! Avec les filles, nous allions ensemble acheter le tissu, je faisais le dessin et je cousais. Mais je ne m’en tenais qu’à une forme de robe en particulier et au bout d’un moment, je me suis retrouvé coincé.

Quel fut le déclic qui vous donné envie en faire un métier?
Grâce à ma mère, j’ai fait la connaissance d’une couturière qui travaillait selon des techniques traditionnelles à l’italienne. Je me rendais dans sa maison, j’apprenais à dessiner, à draper, et quand j’ai eu 14 ans j’ai déclaré que je voulais avoir ma propre marque. Je l’ai créée quelques années plus tard, à 17 ans. Je l’ai appelée Paulo Sebastian, parce qu’il s’agit d’un jeu de mot autour de mon nom: Paul Sebastian Vasileff.

C’est très jeune 17 ans!
J’allais encore à l’école. Nous devions rendre un travail sur le sujet qui nous plaisait et j’avais décidé que ce travail serait justement de créer ma propre marque, avec un défilé payant dont les bénéfices iraient à une oeuvre de charité. J’avais vu un documentaire sur Valentino où il disait que, pour chaque défilé, il créait 63 pièces. Je suis parti du principe que c’était ce que je devais faire aussi, alors que c’était énorme! Tout mes amis, ma famille, mes voisins m’ont aidé, cousant des boutons ou d’autres choses. Je pensais que ce serait formidable si une centaine de personnes venaient voir le show: il y en a eu 660! Et le lendemain je recevais des commandes pour des robes de mariées. Je les cousais à la maison en même temps que je terminais l’école. Mais cela ne me suffisait pas: je voulais apprendre la technique de la couture, la coupe, le tailoring. Je me suis rendu chez un vieux tailleur italien basé à Adelaïde qui fabriquait des costumes à la main de manière traditionnelle. Et je lui ai demandé de m’apprendre. Puis j’ai postulé à l’European institute of design à Milan et un jour j’ai reçu un appel téléphonique pour me dire que j’étais reçu.

C’était votre premier long voyage?
Je n’avais jamais voyagé hors de l’Australie! Je ne parlais pas l’Italien, je ne savais pas cuisiner, ni faire le ménage, ni rien de tout cela et tout d’un coup je me suis retrouvé à vivre tout seul, à l’autre bout du monde, m’occupant de moi, et étudiant ce que j’aimais tant. Ce fut une expérience magnifique! Il m’est arrivé des choses assez incroyables là bas: j’ai rencontré Giorgio Armani, mon travail a été présenté pendant la London fashion week, j’ai vu quelques défilés. Quand j’ai passé mon diplôme, l’école voulait me faire passer des interviews pour rentrer dans des maisons, – tous nos professeurs travaillaient dans l’industrie de la mode et avaient donc des relations –  mais je n’avais qu’une envie: retourner chez moi. Je leur ai dit: “merci, mais non merci”. J’ai terminé mon dernier examen et deux jours après j’étais de retour en Australie. Je n’ai même pas attendu la cérémonie de remise des diplômes. Je leur ai demandé de me l’envoyer par la poste.

Combien de temps êtes-vous resté à Milan?
Une année. Quand je suis rentré en Australie, j’ai défini ce que je voulais vraiment faire: je voulais relancer ma marque, parce que je souhaitais la positionner comme maison de couture. Je voulais montrer à tout le monde ce que j’avais appris à Milan et j’ai organisé un défilé que j’ai baptisé Swan Lake, Le Lac des Cygnes. La collection a rencontré un grand succès, des images ont commencé à être publiées sur les réseaux sociaux, et j’ai commencé à recevoir des e-mails de personnes qui m’écrivaient depuis New York et qui voulaient acheter mes robes.

Tout cela par la magie des réseaux sociaux?
Oui. Je leur ai demandé comment ils avaient entendu parler de moi et ils m’ont répondu qu’ils avaient vu mes vêtements sur Pinterest et Instagram: des milliers de gens avaient liké et reposté mes photos sans que je m’en rende compte. A l’époque je n’était pas très présent sur les réseaux sociaux. Cela a changé depuis.

Et comment avez-vous travaillé avec une clientèle qui vivait au bout du monde?
Je m’entretenais avec eux Via Skype. Je dessinais pour eux, je prenais leurs mesures et quand les toiles étaient prêtes je les leur envoyais. Je faisais un essayage par Skype, puis je fabriquais la robe et la leur faisais parvenir. Puis peu à peu, nous avons eu quelques points de vente, des célébrités ont commencé à porter mes robes sur le tapis rouge pour les Oscar ou les Golden Globes. La société a grandi, j’ai dû engager du personnel, et maintenant nous occupons un bâtiment de deux étages avec une équipe de 18 personnes dans les ateliers. C’est un peu fou!

Choisir la ville d’Adelaïde pour créer une marque de couture ce n’était pas le choix de plus évident. Qu’est-ce qui vous a fait croire que cela pourrait marcher?
C’était mon rêve! Et la moindre des choses était d’essayer! Beaucoup de gens m’ont dit qu’en Australie, cela allait être difficile. Je me suis dit que si j’y arrivais, ce serait fantastique, et si j’échouais, au moins, j’aurais fait quelque chose que j’aimais. Et puis j’avais ma famille, mes amis auprès de moi pour partager cette aventure, alors que lorsque j’étais à l’étranger, j’étais seul. Je voulais juste être heureux. Par chance, j’ai réussi mon pari. Je suis donc doublement heureux.

Croyez-vous en la magie?
Bien sûr! Avec tout ce qui m’est arrivé, comment ne pas y croire! Les contes de fée étaient la source d’inspiration de ma dernière collection. Mais toute ma vie est une sorte de conte de fée.

D’où vient votre nom?
Je suis à moitié italien par ma mère, d’où le prénom Sebastian, je suis né un Sabato, un samedi. Et du côté de mon père, la famille est bulgare. C’est de là que vient mon nom, Vasileff. Les familles de mes grand-parents ont toutes les deux émigré en Australie après la guerre, comme beaucoup, et mes parents se sont rencontrés à l’université. Par chance les deux familles avaient choisi de s’installer à Adelaïde!

Pensez-vous que vos racines ont quelque chose à voir avec le choix de votre métier?
Oui, certainement. Mes deux grand-mères cousaient. J’ai d’ailleurs gardé leurs machines à coudre: ce sont des objets qui m’émeuvent. Il y a quelques saisons, nous avons réalisé une collection qui s’appelait la Snow Maiden, La Fille des Neiges, inspirée d’un conte slave. Pour cela j’ai récupéré toutes les broderies de ma grand-mère bulgare, je les ai envoyées au musée du textile, et j’ai créé une collection qui s’inspirait des motifs. Les deux cultures dont je suis issu ont façonné l’homme que je suis devenu. De toutes façons, en Australie, tout le monde vient d’ailleurs, ou presque…

Entre le moment où vous avez créé votre marque et aujourd’hui quelle est la plus grande leçon que vous ayez apprise?
C’est difficile à dire. J’ai surtout appris que la chose la plus importante, c’était de savoir bien s’entourer et de vouloir créer un business pour de bonnes raisons. Quand j’ai commencé, je ne connaissais rien à cette industrie, rien au business, rien aux défilés, je n’avais aucune expérience. J’ai donc visiblement appris beaucoup de choses ces onze dernières années.

Si vous pouviez donner un conseil au jeune Paul Vasileff âgé de 17 ans, quel serait-il?
Je ne sais pas si je lui donnerais un conseil, parce que je n’aimerais rien changer à ce qui est advenu. Je lui dirais sans soute d’être fort, d’essayer de faire un peu mieux chaque jour, afin d’être fier de ce qu’il accomplit. Je lui dirais simplement d’être chaque jour une meilleure personne que celle qu’il était le jour précédent.