La promesse de l’aube

8 février 2018

Le jour se lève, le dernier parfum de Louis Vuitton, porte en son nom la promesse d’un renouveau, d’une éclaircie dans un monde un peu sombre. Il sent le matin frais, quand la nature s’éveille, pour s’arrondir, plus tard, dans une douce animalité. – Isabelle Cerboneschi.

I

l s’appelle « Le jour se lève ». C’est beau comme nom pour un parfum. Sauf qu’avant même de l’avoir senti, on a des exigences. On s’attend à ce qu’il nous réveille en douceur. Qu’il nous fasse oublier combien l’abandon dans les bras de Morphée, ou de qui vous voulez, est merveilleusement bon quand on n’est pas insomniaque. On espère qu’il ne sera pas trop lourd, parce que nos paupières le sont encore un peu. On aimerait qu’il sente les petits matins d’août à la campagne, quand la rosée parsème les herbes folles. On aimerait surtout le sentir, ce jour qui se lève…

 

« Je rêvais d’un parfum qui ait la fraîcheur de la mandarine. C’est une senteur à la fois fraiche et aromatique qui possède de nombreuses facettes, explique le maître parfumeur Jacques Cavallier-Belletrud, créateur des parfums Louis Vuitton. Celle que nous avons utilisée provient de Sicile et nous avons fait faire l’huile en Calabre. »

 

Le parfumeur détaille les autres facettes de la fragrance. Il y a le cassis, une note très verte, «il s’agit d’un accord, car l’extrait de cassis est très instable: au bout de quelques semaines il sent la pisse de chat.» Or il serait très inconvenant de laisser le jour se lever dans de telles émanations.

 

Il y a du jasmin sambac, aussi dans ce flacon-là. « Il ne possède pas une odeur animale comme le jasmin classique. Celui-ci provient de Chine où on l’utilise pour parfumer le thé. » De l’encens, aussi, mais comme s’il avait été lavé à grandes eaux. « C’est un cœur d’encens qui provient d’Oman. Un encens pur, propre, pas sombre, sans note animale. »

 

Le jour se lève a la fraîcheur des bouquets qui ont passé la nuit dehors: une odeur un peu verte, pas encore épanouie dans sa douceur florale. Il s’arrondit peu à peu, au fil du temps, au contact de la peau. « J’ai mis un peu de musc aussi, mais je ne l’ai pas dit », confie le parfumeur. Ce parfum, présenté place Vendôme, à Paris, donne envie de se télétransporter dans la campagne avoisinante, de marcher pieds nus dans l’herbe, sentir toute la puissance, toute la vie de la Terre sous ses pieds. Un désir qui pourrait bien avoir été programmé.

 

« Nous sommes trop connecté virtuellement et pas assez connectés à la Terre, relève Jacques Cavallier-Belletrud. Pouvoir utiliser des matières naturelles sans limite, dans un parfum, c’est un cadeau. Tout ce qui vient de la nature et qui nous permet d’entrer en connexion avec elle, nous donne plus d’énergie et nous fait nous sentir mieux.»

 

Le parfumeur ne s’en est jamais éloigné. La nature est son port d’attache: « Quand j’arrive à Grasse, il y a des odeurs de citrus et mimosa qui m’accueillent. C’est déjà un parfum en soi.»

 

Le jour se lève, sur quoi, au fait? «Nous entrons dans une nouvelle ère plus simple, plus véritable. Nous avons tous besoin d’un peu de lumière dans ce monde sombre. Besoin de sentir des notes positives: le but d’un parfum est de nous mettre dans un état plus agréable. Il doit y avoir un effet « feel good » avec un parfum. »