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La peau, comme une page blanche…

31 août 2018

Des feutres de couleur, un homme, Paris un jour d’été… Juste assez pour faire émerger des souvenirs oubliés. Model: Samuele. Texte: Isabelle Cerboneschi. Photographies, réalisation, dessins visage: Buonomo & Cometti.

C’était en 1981, à Londres. Je n’ai aucune image car, à cette époque, l’Iphone n’existait pas. Le Word Wide Web non plus. On gardait ses souvenirs dans sa tête et on avait des amis pour de vrai.

Vivienne Westwood et Malcolm McLaren venaient de rebaptiser leur boutique située sur King’s Road, au No 430:  Worlds End. Elle avait porté les noms suivants (peut-être que j’en oublie): Paradise Garage, Let It Rock, Too Fast To Live Too Young To Die, Sex, Seditionaries: Clothes for Heroes, et enfin Worlds End.

Sur le trottoir d’en face, des garçons et des filles étaient assis à même la rue, nonchalants, beaux, vêtus de chemises blanches à jabot, de gilets, de vestes de corsaires à galons dorés, de larges ceintures, de pantalons bouffants rentrés dans de grandes bottes à revers. Mais ce qui hypnotisait la jeune fille que j’étais, c’était leur visage. Il y avait une telle liberté dans ces faces d’hommes et de femmes maquillés. Des yeux noirs allongés comme ceux d’une danseuse, une peau blanche comme une page sur laquelle écrire de nouveaux chapitres de soi, des cheveux en bataille dérangée. Ils écoutaient Adam and the Ants et Spandau Ballet, Roxy Music et Duran Duran, Visage ou Kate Bush. Ils passaient leurs nuits au Blitz ou à The Embassy en dansant comme on ne danse plus. On retrouvait leurs visages dans les magazines The Face ou I-D, qui venait d’apparaître.

En recevant les trois images signées Buonomo & Cometti, ce souvenir m’est revenu en mémoire. Je ne sais pas ce qu’ils avaient en tête, tous les deux, en dessinant des traits de couleur sur le visage de ce mannequin. Je ne leur ai pas demandé. Juste une envie, sans doute… L’envie de jouer avec les feutres-eye liner de couleur créés par le make-up artist Peter Philips, le directeur de la création et de l’image du maquillage Dior. L’envie de mettre des couleurs sur le visage d’un homme. Ce n’est pas nouveau, certes, mais c’est devenu moins commun depuis Ziggy Stardust. Moins commun de jouer à s’inventer un double, de laisser croire que l’on est illusion. Moins commun d’utiliser le maquillage comme un effacement de soi.