Adrian Villeta décline le présent au plus que parfait

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Cela fait 35 ans que le photographe portoricain Adrian Villeta distille sa vision intemporelle de la réalité. Avec ses images très composées couleur sépia, relevées de peinture à l’huile, il efface les frontières temporelles et transforme ses sujets en personnages sortis de son imaginaire. Son livre, Adrian Villeta Poetic Vision, sera présenté le 9 mai au Museo de Arte de Puerto Rico. Interview – Isabelle Cerboneschi.

 
I.C: La première fois que j’ai découvert vos images sur Instagram, impossible de dire d’emblée si c’étaient des photos du début du XXe siècle ou d’aujourd’hui. Pourquoi avoir choisi de créer un pont artistique entre le passé et le présent?
Adrian Villetta: J’ai toujours été intéressé et fasciné par les portraits romantiques et la peinture du XIXe siècle, ainsi que par les premières photographies du début du XXe siècle. Je voulais que mes images aient l’air d’être intemporelles et permettent à celui qui les regarde de faire sa propre expérience et de les apprécier, sans aucune limite de temps ni d’espace.

Avez-vous choisi de teinter vos images en sépia pour justement effacer ces limites temporelles?
Ce n’est qu’une des raisons pour lesquelles j’ai intégré le sépia dans ma technique photographique. Je l’utilise également pour permettre à la composition, aux textures et aux nombreux détails, d’être le principal point d’attention, et non pas les couleurs.

Vous êtes un portraitiste professionnel et les gens qui font appel à vous ont choisi votre style particulier. Qui définit le personnage qu’ils vont jouer dans la composition?
Le plus souvent, je choisis le personnage après une rencontre préliminaire avec mon client. Cela me permet de percevoir son style – bohémien, romantique, classique, etc., –  et le fantasme qu’il ou elle aimerait voir imprimé sur le portrait. En revanche, quand je travaille avec des mannequins, la mise en scène relève essentiellement d’images que j’ai perçues dans mes rêves.

Pourquoi vos clients veulent-ils un portrait de vous: parce que vous avez les moyens de leur offrir une échappatoire à leur réalité?
La plupart de mes clients viennent me voir parce qu’ils aiment mon style d’images romantiques, et très orné. Ils souhaitent s’immerger dans ces mondes que je crée et ils me laissent développer le décor et l’histoire à ma guise. Ce genre de portrait donne au sujet l’opportunité de devenir quelqu’un d’autre, un personnage imaginaire, d’un autre temps, d’un autre lieu.

Vos images sont très construites: les costumes, les détails, les arrangements floraux. Que voulez-vous exprimer à travers ces compositions?
J’ai envie que mes photographies transportent celui qui les regarde dans un monde où une certaine vision de la beauté est le maître mot, plutôt qu’elles soient le reflet d’une réalité sociale commentée au jour le jour. Je souhaite que mon travail transmette une sorte de mélodie poétique, une paix, un sens de l’harmonie.

Pourquoi avoir choisi d’ajouter à la photographie un autre médium: la peinture à l’huile. Aviez-vous le sentiment qu’il manquait quelque chose?
Ajouter de la couleur à une image en noir et blanc était une technique largement utilisée au début du XXe siècle. J’ai adapté cette technique sur certains portraits de commande afin de rendre hommage aux premiers photographes et d’ajouter une dimension à mon travail. Cela confère aux portraits un côté imposant, à la manière des portraits historiques peints à l’huile. Cela me permet aussi d’apporter « ma touche » à l’image, dans le sens littéral du terme, en appliquant de la matière et en effaçant les limites entre peinture et photographie.

Combien de temps la préparation dure-t-elle, entre la première rencontre et le portrait final?
La plupart de mes portraits de commande prennent entre 3 et 5 mois.

Avez-vous le sentiment d’être captif d’une époque qui n’est pas tout à fait la vôtre?
J’ai toujours vécu dans une version imaginaire de la réalité. J’aime collectionner les vêtements, les tissus, les souvenirs du début du XXe siècle et m’en entoure, que ce soit dans mon atelier ou bien chez moi. Je suis attiré par l’architecture classique, les jardins à la française, et quand je fais des images, j’essaie d’envisager la vie des personnes qui ont vécu dans ces lieux historiques. J’aime le romantisme néo-gothique des cimetières et les histoires qu’ils racontent de ceux qui ne sont plus. Mes affinités avec tous ces objets, ces lieux du passé me laissent croire que j’ai peut-être expérimenté cela. C’est ce que j’ai envie d’exprimer dans mon travail, en tout cas.

Vous avez lancé votre livre cette année et le présentez demain 9 mai au Museo de Arte de Porto Rico. Qu’est-ce que cela représente pour vous?
Mon livre est une compilation de 35 ans de photographies. C’est une célébration de tout ce que j’ai fait, de mon art, des visions que j’ai eues de mes sujets, de ces lieux où j’ai eu la chance de voyager et de photographier. En ces temps difficiles, c’est comme un poème visuel, une ode à la beauté que l’on peut attirer dans sa vie et partager avec les autres.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Adrian Villeta.

 

L’ouvrage Adrian Villeta Poetic Vision sera présenté le 9 mai 2018 à 15h, au Museo de Arte de Puerto Rico, 199 ave José de Diego, Santurce.

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