Un bracelet d’or comme une fourrure

 In HORLOGERIE, JOAILLERIE, MODE

La maîtrise des bracelets d’or, chez Piaget, remonte aux origines de la manufacture. Pour le SIHH 2018, la maison lance l’Extremely Ladyun modèle inspiré d’une pièce historique, avec un bracelet guilloché main. – Isabelle Cerboneschi.

 

On dirait un tissu, ou plutôt une fourrure. Quand on saisit la montre et qu’on la retourne, on découvre côté pile les maillons de son bracelet en forme de «u» qui s’emboîtent, comme un jeu de Tetris. Alors que côté face, toute cette construction est masquée sous un superbe travail de guilloché main.

La montre Extremely Lady a des airs vintage bien qu’elle soit d’aujourd’hui. Son bracelet, entièrement conçu à la manufacture de Plan-les-Ouates, est inspiré d’un modèle historique: la Patrimony. Ce ruban d’or porte en lui une part de mystère. Comment passe-t-on d’un assemblage géométrique à cette abstraction?

Tout commence par une fine barre d’or d’environ 150 grammes qui entre dans une machine-outil à commande numérique de laquelle sortiront 500 petits maillons. Il faut compter huit heures de travail pour fabriquer ces 500 composants qui sont ensuite contrôlés un par un, afin de s’assurer qu’ils ont été parfaitement découpés.

Dans les ateliers où œuvrent les bijoutiers-chaînistes, règne le silence. Tous les bracelets en or, chez Piaget, sont assemblés à la main. Les pièces du patrimoine, comme l’Extremely Lady, sont fabriquées de la même manière qu’elles l’étaient dans les années 60. Une chance que Piaget ait su conserver ce savoir-faire, contrairement à d’autres maisons qui l’ont délaissé pendant la crise du quartz dans les années 70.

Pour réaliser le bracelet, le bijoutier-chaîniste encastre un maillon dans l’autre à l’aide d’une pince sur une sorte de mini-herse, « une fourchette», un peu comme un Lego. En Suisse, il n’existe plus de formation de chaîniste. Piaget étant la dernière manufacture à fabriquer de tels bracelets, elle est donc contrainte de former les siens.

Il faut compter une semaine de travail pour réaliser un bracelet: 9 heures d’assemblage, auxquelles s’ajoutent 5 heures d’ajustage (l’opération grâce à laquelle le bracelet est soudé à la boîte, ndlr). Il est ensuite assoupli au savon de Marseille avant d’être gravé.  Une opération qui dure environ trois jours. Pour obtenir cet effet de fourrure, le graveur donne de petits coups de griffes sur le bracelet à l’aide d’une échoppe qui rentre dans la matière, laissant des motifs apparemment désordonnés. Chaque petit coup masque peu à peu le travail de bijouterie.

Les maillons calibrés au cordeau ne ressortent pas indemnes des marques laissées par l’échoppe. La beauté naît des cicatrices laissées dans l’or, elle jaillit du passage de l’ordre au désordre.

La montre Patrimony dont s’inspire l’Extremely Lady

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