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Preen et la lettre écarlate

8 janvier 2018

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Thea Bregazzi et Justin Thornton, les fondateurs de la marque anglaise, ont conçu leur collection printemps-été 2018 comme un manifeste. Ils souhaitent rendre leur pouvoir aux femmes par la grâce d’une voyelle: A. – Isabelle Cerboneschi.

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lanc. Le premier look du défilé printemps-été 2018 de Preen est entièrement blanc: du bonnet à la chemise de lin, en passant par les poignets de dentelle façon XVIIe siècle, jusqu’au pantalon. A l’exception d’une seule chose: une lettre A, écarlate, brodée sur la chemise au niveau de la poitrine.

Cette lettre pourrait n’être qu’une broderie, un ornement, la moitié des initiales d’une personne, si se ce n’était pas un signe d’infamie: « A » pour adultère.

La collection de Thea Bregazzi et Justin Thornton, les fondateurs de la marque, s’inspire du roman The Scarlet Letter de Nathaniel Hawthorne. Un ouvrage publié en 1850 qui critique la société puritaine dans laquelle l’auteur a grandi. Il y est question du destin d’Hester Prynne, une jeune femme vivant dans une communauté puritaine du Massachusetts, entre 1642 et 1649. Parce qu’elle est accusée d’avoir commis un adultère avec un homme du village, dont elle a eu un enfant en l’absence de son époux, Hester Prynne est condamnée  à porter la lettre A – pour adultère – en rouge, sur la poitrine. Un roman qui pose des questions fondamentales sur la nature du péché,  sur la rédemption, et sur la valeur du jugement. La chasse aux sorcières n’est pas loin.

Elle n’est pas très éloignée de nous non plus. Un monde dans lequel certains êtres obscurs ont le pouvoir de condamner à mort une jeune fille parce qu’elle a été violée, est-il encore doté d’un semblant d’humanité? C’est dans ce monde-là que les deux filles de Thea Bregazzi et Justin Thornton vont grandir, et la collection printemps-été 2018 de Preen en est un douloureux rappel. Avec leurs vêtements, les fondateurs de Preen entendent dire à leurs filles, et à toutes les femmes, de ne laisser personne s’emparer de leur pouvoir naturel. 

Les hommes ont toujours adoré identifier leurs supposés ennemis par des signes extérieurs de reconnaissance. Comme si, en apposant sur « les autres » une lettre, un symbole, une étoile, on pouvait réussir à les circonscrire et les tenir à distance. Imposer la séparation entre soi et le reste par le stigmate.

La dernière collection de Preen voudrait secouer nos consciences, mais sans heurt. Dans la douceur de quelques volants, dans la fausse candeur de robes asymétriques qui voilent et dévoilent la peau, dans la blancheur immaculée de robes de coton sage, dans l’asymétrie de chemisiers à liens, des liens dont on doit s’affranchir, dans la subtilité de sur-robes de dentelle légères comme les pensées libres, dans la délicatesse de robe-lingerie couleur chair, comme une peau révélée.

Depuis qu’ils ont créé leur marque en 1996, Justin Thornton and Thea Bregazzi ont imposé un style qui n’exclue rien: ni le féminin, ni le masculin, ni la légèreté, ni la rigueur, ni les références historiques, ni l’ancrage dans le quotidien. Ils habillent Rihanna, Gwyneth Paltrow, Beyonce, la Duchesse de Cambridge ou Michèle Obama, des personnalités puissantes. Leur collection printemps-été 2018 est une manière douce de rendre leur pouvoir aux femmes.

Une version de cet article est parue sur le site de Cent magazine, un magazine digital et TV publié quatre fois par an: www.centmagazine.co.uk

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