English English French French

Ramon Monegal, des parfums comme des œuvres d’art

14 juin 2019

[Cliquez sur l’image pour voir la galerie]

Le parfumeur espagnol est né dans le parfum : sa famille avait créé la société Myrurgia. En 2007, il a décidé de créer sa propre marque et depuis écrit des parfums à la signature unique. Cet amoureux des notes rares, comme le véritable oud, maîtrise l’art de générer des émotions fortes avec ses fragrances. Rencontre. Jo Phillips, Londres.

Dans le domaine de la parfumerie, il existe de nombreux grands parfumeurs mais certains sont plus que cela: ce sont des artistes, un terme utilisé trop souvent et avec trop de désinvolture. C’est néanmoins le cas de Ramón Monegal. L’industrie du parfum est son milieu naturel. Presque un droit de naissance.

Né à Barcelone en 1951, Ramon Monegal vient d’une lignée de parfumeur: ses ancêtres ont créé la société de parfums Myrurgia et il représente la quatrième génération. Cette marque était l’un des fournisseurs de la famille royale espagnole. Elle fut également la première entreprise à introduire des parfums de marques de mode sur le marché.

Ramón Monegal s’est formé au siège de Myrurgia en 1972, où il s’est complètement immergé dans l’intimité des parfums les plus essentiels, tels que les infusions mythiques d’ambre gris, de fève de Tonka, de musc, de castoréum, de civette et d’iris divin.

Il a poursuivi sa formation à Genève avec son mentor, le maître parfumeur Artur Jordi Pey, puis à Grasse avec Marcel Carles, avant de se rendre à Paris où il a travaillé avec Pierre Bourdon avant de décider de rentrer en Espagne.

Il y créé son premier parfum en 1979, qui est devenu un succès inattendu au sein de Myrurgia. Il a ensuite repris la direction créative de l’entreprise pendant plus de 20 ans. En 2000, le groupe Puig a acquis l’entreprise, mais lui a demandé de continuer à créer de nouveaux parfums.

En 2007, il a quitté le groupe et, après une période de réflexion et d’expérimentation, il a lance le projet dont il avait toujours rêvé : créer ses propres parfums, toucher directement son public et vivre sa vie comme un vrai parfumeur. Préparer ses créations dans toutes leurs phases et aspects, de la conception à la communication. Sa collection de parfums est un peu comme une galerie d’art, une scène où l’artiste peut montrer tout ce qu’il sait faire. Ses deux enfants l’ont rejoint au sein de son entreprise afin de continuer la tradition familiale.

Lors d’une première rencontre avec lui, nous avions parlé du parfum espagnol, moins connu que son cousin français. Pourtant, l’Espagne entretient avec le parfum une relation longue et royale qui fut interrompue par l’arrivée au pouvoir du dictateur Francisco Franco qui n’autorisait pas l’importation d’articles dans le pays.

Par conséquent, les fabricants de parfums ne pouvaient travailler qu’avec des ingrédients originaires d’Espagne, soit des agrumes. Commença alors une période où toutes les fragrances espagnoles étaient des eaux de Cologne, bon marché et plutôt bonnes. Chez n’importe quel pharmacien en Espagne on trouvait des joyaux pour une fraction du prix de leurs cousins ​​français, anglais ou italiens. Ces parfums à base d’agrumes étaient frais, propres et transparents, mais n’avaient aucune sensualité, une signature que l’on trouve abondamment dans ses opus.

Lorsqu’il travaillait encore pour Myrurgia, il choisissait les ingrédients les plus purs qui soient, ce qui l’a bien préparé pour faire la même chose pour sa propre gamme. Savoir à quoi ressemble le vrai Oud, connaître son odeur et savoir lorsque l’on trouve du Oud véritable est un atout certain, car extrêmement difficile à trouver aujourd’hui.

Ramón Monegal en a récemment trouvé et, parce que cet ingrédient est incroyablement rare, il a acheté le lot complet, n’étant pas certain d’en retrouver un jour. Au cours des 5 à 6 dernières années, il a effectué de nombreuses recherches sur le Oud. Parce que le parfumeur comprend presque au niveau cellulaire le pouvoir de ces ingrédients les plus purs, il a mélangé cinq essences de Oud afin de créer une version qu’il pourrait utiliser dans la formule d’un parfum unique. Pour les vrais amateurs d’Oud, c’est le moment d’acheter l’Eau de Parfum Alhambra Oud. Un mélange de rose, de jasmin et de fleur d’oranger et la note signature du bois de Oud qui traverse la fragrance et lui apporte de la richesse. Le parfumeur a utilisé cette matière première à tous les niveaux du parfum : dans les notes de tête, de cœur et de fond. Le résultat permet de célébrer les éléments les plus subtils de cet ingrédient magnifique et rare. Seul un artiste pouvait en assurer l’équilibre à travers toutes les étapes de la création du parfum.

Olé, son dernier opus, est un projet très personnel sur lequel le parfumeur a passé de nombreuses années afin d’arriver là où il le souhaitait: un parfum fruité d’inspiration caramel. Olé en espagnol est plus qu’un simple salut, c’est l’expression d’une énergie, d’une force de vie qui fait partie intégrante de la passion et de la créativité qui animent les Espagnols, comme un grand point d’exclamation à la fin d’une phrase passionnée. Ce mot vient de l’arabe « wallah » qui veut dire « par Allah » et qui est la démonstration de l’émerveillement, de l’étonnement. « C’est comme une inspiration profonde, mais très courte », explique le parfumeur. C’est cette passion que Ramón Monegal a passé beaucoup de temps à essayer de capturer dans sa signature flacon encrier ; un parfum qui est une émotion fugace.

Olé débute sur une note de fruits murs composée de date, d’ananas et de framboise et d’un peu de pamplemousse, offrant une onde de bonheur de vitalité dès l’ouverture du parfum. Le jasmin, l’orchidée et le bois de cèdre se retrouvent en notes de cœur les fleur réchauffant l’aspect résineux du bois. Et pour le fond, il y a le sapin baumier, le musc et la vanille. Le sapin baumier apporte une note de caramel aux côtés du musc et de la vanille qui ont cette touche sexy. On sent également des notes marines, comme si l’on marchait le long d’une côte espagnole avec des fleurs et des sapins dont le silage se mêle à celui de la mer agitée. C’est une version très moderne d’un parfum floral boisé qui crée une dépendance: une fragrance passionnée et sexy.

Parmi ses nouvelles créations on découvre un chypre floral vert : Le nouveau paradis. Ce parfum est « une métaphore impossible, une utopie naturelle, un lieu de perfection où le meilleur du monde serait contenu dans un flacon. Un équilibre bien-être et de plaisir tous réunis harmonieusement », selon le parfumeur.

Ce parfum commence par des notes de tête d’agrumes – bergamote, orange et mandarine – et de figues. En note de cœur, le majestueux jasmin, la rose et le muguet. Et en fond, la mousse de chêne, l’ambre et le musc qui apportent une profondeur, une note poudrée qui complètent le parfum. À la fois fraîche et grisante, cette fragrance enveloppante réconforte et laisse une impression de sérénité. Ce parfum jeune, mais sophistiqué constitue une excellente introduction pour ceux qui ne connaissent pas les parfums de Ramón Monegal. Après avoir créé de nombreux parfums riches et capiteux riches et profonds, le parfumeur a choisi de s’envoler dans un peu plus de fraîcheur.

Et pour terminer ce voyage olfactif, impossible de ne pas évoquer Hand in Hand, Rose & Oudh que Ramón Monegal décrit comme un « élixir sauvage et félin ». C’est un parfum sur les contraires; sur la pureté et la sensualité de la rose, et la sexualité et le pouvoir du Oud. Là où la « sauvagerie rencontre le félin ». La rose n’est pas une fleur sexuelle, elle est douce et innocente, elle est pure et profonde, elle est poudreuse et réchauffante et elle est la reine des fleurs en parfumerie, mais elle n’est pas sexy. Cependant, ici, on peut saisir toute la maîtrise du parfumeur qui a placé cette rose douce et aux côtés du Oud, lui permettant d’exprimer une toute autre facette, à la dangereuse beauté. En note de tête, on retrouve le safran, la coriandre et le géranium, en note de cœur, l’osmanthus, la rose et le Oud et, en fond, des notes de cuir, du musc et de la vanille.

Ramón Monegal n’est pas un parfumeur dont le nom s’affiche sur toutes les pages d’un magazine. C’est un artiste qui crée des parfums comme des œuvres d’amour. Le travail de sa vie est contenu dans chaque flacon en forme d’encrier.

Pour en savoir plus: ramónmonegal.com