English English French French

Sacs rares en vente chez Christie’s

17 mai 2018

[Cliquez sur l’image pour voir la galerie]

Les sacs à main griffés génèrent des résultats de plus en plus vertigineux pendant les ventes. Christie’s vend des accessoires de mode depuis les années 1970 mais cela fait quelques années seulement que ce domaine prend de l’importance. Le 12 juin prochain, la maison de vente aux enchères dispersera quelques opus à Londres. Le point sur quelques raretés pour collectionneurs. – Isabelle Cerboneschi.

Les estimations les plus raisonnables de la prochaine vente de sacs chez Christie’s tournent autour de £1000, tandis que les plus élevés dépassent les six chiffres. La vente aux enchères qui se tiendra à Londres le 12 juin propose une offre suffisamment large pour attirer à la fois les grands collectionneurs et les amateurs de certains modèles particuliers de telle ou telle marque, aux budgets plus raisonnables.

Les plus prisés? Les sacs griffés Hermès. « Hermès tient le haut du pavé actuellement sur le marché des sacs, de même que Patek Philippe dans le domaine des ventes horlogères. Mais le marché évolue. On commence à voir de plus en plus de sacs de soirée Chanel, créés pour des collections particulières, comme la Croisière ou les Métiers d’Art. On nous propose de plus en plus de malles Louis Vuitton, des commandes spéciales, et même quelques pièces intéressantes de Gucci. Mais même si d’autres marques émergent, le leader, pour l’instant, c’est Hermès, explique Matthew Rubinger, directeur international du département “sacs à main et accessoires”, chez Christie’s, à Londres.

Le Kelly d’Hermès n’a pas encore détrôné le Birkin, qui fut la star de toutes les ventes ces dernières années, mais il l’a rejoint en haut de l’affiche, tandis que le modèle Constance commence à pointer le bout de son fermoir en forme de H. « Les pièces rares font des résultats de plus en plus élevés », relève Matthew Rubinger. En effet, en 2016, un sac Birkin en crocodile Himalaya Niloticus, avec son fermoir serti de diamants, avait atteint la somme de 267’000 euros chez Christie’s à Hong Kong, un record mondial. « Nous ne nous attendons pas à faire un record mondial, lors des prochaines ventes, souligne Matthew Rubinger, mais un record européen, certainement. »

« Christie’s vend des sacs depuis les années 70, poursuit-il. Le premier fut un modèle Chanel et l’acheteur était le Smithsonian Institut. C’est à mes yeux un très beau symbole qu’un musée se porte acquéreur de la première pièce jamais vendue par le département. Au départ, nous vendions les sacs dans le cadre de la dispersion d’une collection particulière. Dans les années 90, nous nous sommes concentrés sur les pièces vintage, mode et accessoires. Et dans les années 2000, le département a commencé a prendre sa forme actuelle et faire des « elegant sales ». Ce n’est que depuis 2010 que nous organisons des ventes dédiées au sacs, qui ont pris une véritable ampleur ces quatre dernières années. »

On ne se rend pas chez Christie’s, comme on irait dans une boutique. D’autant que certains modèles y sont toujours en vente. On participe aux enchères par passion pour un modèle. Et certaines des pièces qui seront dispersées à Londres attendent la personne qui s’y intéressera.

Notamment ce Kelly revisité par l’artiste new yorkais Tom Sachs, entièrement repeint en blanc, signé au dos et sur lequel il a inscrit le fameux logo « worm » de la Nasa créé en 1975 et retiré en 1992 . « Nous nous sommes demandé sous quelle condition l’on pouvait vendre un sac peint par un artiste après l’acte d’achat. En effet, le modèle n’est plus tout à fait un Hermès, et ne peut plus être vendu comme tel. Ce genre de pièces intéressant uniquement les collectionneurs, nous nous plions à leurs attentes. Nous n’acceptons que des pièces signées par des artistes dont Christie’s vendrait les œuvres aux enchères. Cela fait sens: il y a la valeur du sac et la cote de l’artiste. Nous ne prenons pas encore en compte des sacs peints par des artistes émergents, mais le marché évolue assez vite. Disons que les marques comme Hermès, ou encore Chanel, ont une telle renommée, une telle puissance, qu’il est difficile pour un artiste intervenant sur un de leur sacs après coup, de ne pas prendre le risque de faire chuter la valeur de l’objet. »

Afin d’illustrer son propos, le directeur sort des vitrines un Kelly So Black de la maison Hermès sur lequel la propriétaire a eu la mauvaise idée de faire incruster une broche en diamants noir en forme d’éléphant sur le devant. Deuxième mauvaise idée: elle a fait graver ses initiales sous le rabat. « Quelle que soit la valeur de la broche, ce sac est proposé sans prix de réserve car ce modèle, qui était rare a l’origine, a perdu sa valeur avec ce bijou qui ne peut se décrocher. »

Quels sont les critères déterminants pour la mise en vente d’une pièce? « Nous le mettons en vente en fonction de deux critères: la provenance et la marque. Si la personne qui le vend est une personnalité mondialement connue, nous utiliserons son nom. Par exemple, les acquéreurs de certains sacs dispersés pendant la vente des biens d’Audrey Hepburn, les ont achetés pour posséder un objet lui ayant appartenu, pas pour la marque. Il arrive parfois que la marque fasse un meilleur résultat que le nom de la propriétaire: étonnamment, un Kelly ayant appartenu à Elizabeth Taylor, que nous avons vendu deux fois, a fait un meilleur score en 2017, dans le cadre d’une vente de sacs, que pendant la vente de la collection de la star, qui fut pourtant l’une des ventes les plus glamour de tous les temps, en 2007.  Il s’agissait d’un modèle assez rare d’Hermès et peut-être que la personne qui l’avait acquis lors de la vente Elizabeth Taylor n’en avait pas conscience. »