English English French French

Pour ses cent ans, la Tank se déshabille

15 novembre 2017

[Cliquez sur l’image pour voir la galerie]

A l’occasion du centenaire de cette montre emblématique, Cartier lance une Tank Cintrée Squelette en édition limitée. Comment une montre devient-elle intemporelle?

I

l faut un début à tout. Même à un âge avancé on n’est pas à l’abri d’un coup de folie. Prenons la Tank de Cartier par exemple. Lancée en 1917, elle fête cette année ses 100 ans. Belle longévité pour une montre qui a vu le jour en pleine conflagration mondiale. Au fil des ans, au gré des évolutions de la société et de l’histoire, elle a connu quelques variantes. Pour fêter le jubilé du modèle d’origine, la Tank Cintrée, créée en 1921, dévoile ses rouages.

La Tank est apparue à une époque où la montre bracelet était en plein essor, prenant le pas sur la montre de poche. Une période politiquement troublée surtout. Impossible d’oublier ses origines: son nom déjà est une évocation des chars des forces alliées qui sont intervenues en 1917 pendant la Première Guerre mondiale. Sa forme ensuite qui, selon la légende, s’inspire d’un char britannique Mark IV vu de dessus: les chenilles sont représentées par les brancards et l’habitacle par le boîtier. Louis Cartier aurait d’ailleurs offert l’un des premiers prototypes de la Tank au Général John Pershing, en 1918.

La particularité de la Tank Cintrée, qui a vu le jour en 1921, c’est son cadran rectangle et un boîtier galbé. La version 2017 est un modèle squelette qui reprend lui aussi cette esthétique pure du début du XXème siècle. Elle existe en deux versions – or rose et platine –  toutes deux limitées à 100 exemplaires. Le mouvement à remontage manuel 9917 MC qui anime ce modèle, s’adapte au galbe du boîtier. L’ensemble, avec sa structure symétrique, évoque, dans sa forme, le tableau intitulé Rythmes de Robert Delaunay (1934), mais dont on aurait ôté les couleurs.

Comment expliquer que cent ans plus tard, ce modèle n’a rien perdu de sa modernité? C’est d’abord une histoire de design. Plus une forme est épurée et moins elle peut-être rattachée à une époque donnée. Lors de son lancement, cette montre de forme a marqué une rupture stylistique: elle s’inscrivait hors de la tradition des montres rondes auxquelles on attachait un bracelet. Ses attaches ont été intégrées au boîtier à l’aide de deux brancards devenus une signature. Epousant pleinement l’esthétique Art déco, le boîtier joue entre le carré et le rectangle au fil des variantes.

L’ajout d’éléments classiques intemporels joue aussi un rôle: la ronde des heures, parcourue de deux aiguilles glaives, s’inscrit en chiffres romains autour du chemin de fer qui figure l’échelle des minutes. Ces éléments font désormais partie de l’esthétique de la Tank, tel un code.

Enfin, il y a la qualité du mouvement: dès l’origine Louis Cartier a fait appel à l’horloger Edmond Jaeger, qui s’était associé à la manufacture LeCoultre dès 1903, pour lui fournir les moteurs de ses montres.

Le succès de la Tank tient en un ensemble d’éléments harmonieusement réunis: esthétique, design, savoir-faire et technologie. Mais pas seulement.

Du marketing avant l’heure

Pour qu’un modèle traverse les décennies, il faut qu’il soit désirable et désiré. C’est la partie subjective de l’affaire. Il se trouve qu’avec sa modernité et ses lignes épurées, la Tank plaît aux artistes: on l’a retrouvée au poignet de Gary Cooper, qui portait un modèle de Tank Basculante, d’Alain Delon et du réalisateur Jean-Pierre Melville, d’Andy Warhol et d’Yves Saint Laurent, de Catherine Deneuve et de Madonna, du milliardaire Gunter Sachs et de Lady Diana la princesse de Galles,… La liste est longue.

Mais bien avant eux et bien avant l’apparition des ambassadeurs des marques et du product placement, la Tank a bénéficié d’une publicité gratuite et phénoménale sur grand écran. Les amateurs de cinéma muet se souviennent de cette scène du film de George Fitzmaurice – Le Fils du Cheik – de 1926 où l’on voit Rudolph Valentino qui se dépoitraille en ouvrant à deux mains son costume de prince oriental, portant à son poignet gauche sa Tank.

Il avait tout simplement refusé de l’ôter pendant le tournage, offrant la vision d’un délicieux anachronisme. A noter que sur l’une des affiches dessinées du film, qui reprend la même scène, la montre a été remplacée par un bracelet-manchette doré.

Pour comprendre l’impact de cette histoire, il faut la replacer dans son contexte. Si le nom de Rudolph Valentino n’évoque plus grand chose pour la majorité des gens aujourd’hui, à l’époque, il était considéré comme l’homme le plus beau, le plus désirable, le plus sexy de la planète: un idéal érotique pour tout une génération, hommes et femmes confondus.

Le 23 août 1926, le jour de ses funérailles, il avait 31 ans, plus de 100’000 personnes sont venues défiler devant son cercueil dans un fabuleux chaos. Il y eut des crises de nerfs, des personnes écrasées par la foule, des rixes, des larmes, des évanouissements. Bref, pas mal d’hystérie.

Rudolph Valentino, avec son visage de statue romaine, dont la beauté traverse les temps, fut sans doute le meilleur ambassadeur malgré lui de la Tank.

English English French French