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INTERVIEWS: TANYA DROUGINSKA

On l’appelle la panthère…

15 novembre 2017

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Tanya Drouginska a eu plusieurs vies: elle a pris des cours de théâtre, fut mannequin, a travaillé dans la décoration, est redevenue mannequin à un âge où d’autres auraient lâché l’affaire, avant de se lancer dans une carrière de chanteuse. Elle vient de participer à la 11e édition de l’émission de télé-réalité Secret Story. Un personnage hors temps. – Isabelle Cerboneschi

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n l’appelle la Panthère. A cause de ses coups de griffes? De ses coups de gueule? De son allure de félin sans âge qui semble traverser la vie comme la jungle qu’elle est, prête à bondir, rebondir, se cacher, s’exposer? Une panthère apprivoisable, si tant est que l’on y mette les formes. Et l’élégance. Et la courtoisie.

Les téléspectateurs qui l’ont découverte dans l’émission de télé-réalité Secret Story l’adorent ou la détestent. Tanya Drouginska polarise. Elle ne cherche pas à être aimée de tous, bien trop consciente de l’impossibilité de la tâche. De son inutilité aussi.

Pendant cinq semaines, elle a joué dans la lucarne le rôle d’un personnage excessif, qui a rallié à son panache châtain de nombreux inconnus. Le temps, c’est son ennemi juré. Dans sa tête elle a trente ans. Sur son passeport? Nettement plus. Mais comme elle le dit si bien, « l’âge, ce n’est qu’un chiffre ».

Mannequin dans les années 1970, elle y revient des décennies plus tard, après avoir embrassé une carrière dans la décoration. Cette fois elle officie dans la catégorie « senior », un mot qu’elle exècre. Elle lui préfère: « intemporelle». Sa longue chevelure argent lui a permis de décrocher de beaux rôles dans les campagnes de publicités ou des shootings de magazines. Mais un jour, elle en a eu assez de tout ce blanc et a demandé à son coiffeur qu’il lui rende ses couleurs d’avant. Ainsi fut fait: elle est châtain désormais.

Depuis quatre ans Tanya Drouginska s’est lancée dans une nouvelle aventure: le chant. Elle vient de produire un Extented Play, un mini album sans label de six titres baptisé Résurrection, dont la chanson La Mariée, composée par Eric Melville et écrite par Jean-Michel Berriat. Son partenaire dans le clip réalisé par Tony Baillargeat avec le chef opérateur Michel Amathieu n’est autre que le quadruple champion du monde de boxe thaï Cyril Benzakeim, excusez du peu.

Le mot challenge revient souvent dans sa bouche. Prononcé à la française. C’est comme si en se fixant un défi après l’autre, et en les relevant, Tanya Drouginska parvenait à ralentir l’inéluctable course du temps. « Tic-Tac.. ».

I. C: Sur votre mur Facebook en ce jour, vous avez écrit « La vie est une saga qu’il faut avoir le courage d’écrire jusqu’au bout avec pour objectif le dernier tome achevé d’avoir écrit un bestseller. » Vous êtes en pleine réinvention de vous-même en vous lançant dans une carrière de chanteuse, mais avez-vous le sentiment d’avoir déjà écrit un bestseller?
Tanya Drouginska: Cette phrase que j’ai écrite il y a environ 6 ans, résume bien ma vie et cette volonté que j’ai de toujours me dépasser contre vents et marées. Je suis une éternelle insatisfaite et quoi que je puisse accomplir encore, l’heure venue, je n’aurai pas le sentiment d’avoir écrit un bestseller, juste celui d’avoir été un bon petit soldat pour construire une vie de femme sortant un peu de l’ordinaire. Je n’ai pas le sentiment de me réinventer à travers la musique, juste de tenter de réaliser un rêve de petite fille. Lorsque je l’entendais chanter, je rêvais d’être Edith Piaf. Nous avons tous de multiples talents et aptitudes, mais pas toujours l’opportunité de les développer. En fait, à travers mes deux vies, j’aurai essayé d’être la plus accomplie possible…

La première phrase d’un roman est importante. Quelle serait la vôtre?
Votre question évoque en moi le début du film Out of Africa lorsque Meryl Streep alias Karen Blixen, commence son roman par: J’avais une ferme en Afrique… Je commencerais peut-être le mien par : Pauvre petite Blanche Neige...

Vous avez eu plusieurs vies: mannequin, femme d’affaires, retour au mannequinat à un âge où d’autres femmes lâchent l’affaire. Puis vous avez commencé il y a deux ans à embrasser une carrière de chanteuse. Quel est votre moteur?
Mon projet musical a germé il y a 4 ans, mais n’a en effet commencé à prendre vraiment tournure qu’il y a 2 ans. Avant tout, ce sont mes gènes paternelles qui m’ont permis d’être une battante. Toute jeune, j’ai décidé que j’aurai mon indépendance financière, ce qui le moment venu a placé la barre assez haut puisque j’ai eu la chance de ne jamais manquer de rien étant enfant et adolescente. Sans être féministe, j’avais le désir de montrer qu’une femme peut être l’égale d’un homme, voire supérieure parfois, sur le plan professionnel. J’ai réussi à le démontrer dans ma carrière commerciale dans l’ameublement et la décoration, milieu alors très machiste, et on me l’a au final, fait payer cher. Le moteur de ma deuxième vie, c’est de vouloir transformer cette épreuve inattendue en victoire et de construire quelque chose de peut-être encore plus spectaculaire.

Y a t il quelque chose dans votre histoire personnelle qui pourrait expliquer votre capacité à faire de votre vie un éternel recommencement?
Comme je l’ai dit, nous avons tous des aptitudes et talents divers. J’ai un goût inné de certains challenges, le désir d’explorer et de développer certaines de mes aptitudes. Pour moi, vivre c’est ça! Et c’est aussi le secret de mon intemporalité: une façon de repousser cette vieillesse qui me fait horreur depuis l’enfance, et qu’un certain journaliste médiocre du Parisien*, veut de force me faire intégrer, sans même se soucier de ce que je suis vraiment, une femme pleine d’énergie qui a la chance d’être en bonne santé pour pouvoir continuer à exister jusqu’au bout…

Sur Facebook vous évoquez parfois ce père qui vous a, semble-t-il, élevée avec beaucoup de tendresse. Que vous a-t-il légué?
Mon père était du signe du lion et incarnait vraiment ce noble et courageux animal. Je ne dirais pas qu’il m’a élevée avec beaucoup de tendresse car il n’était pas souvent là, étant très pris par ses activités professionnelles. Mais il a été un très bon père, protecteur, me donnant le nécessaire et une part de superflu. Etant deux fortes personnalités, notre relation était passionnelle avec parfois des heurts. C’est de lui que je tiens mon image de l’homme, calquée sur les personnages des films américains des années 1950. Inutile de vous préciser que ça ne m’a pas aidée à réussir ma vie sentimentale, raison aussi pour laquelle j’ai tout misé sur mes carrières. Il m’a légué sa combativité, sa force de caractère, son amour du dépassement.

Quelles sont les origines de votre nom?
Mes grands parents paternels sont venus de Russie en 1905 lors de la première révolution qui a été réprimée. Mon grand-père était maître ébéniste et il a installé son atelier Faubourg St-Antoine, le berceau du meuble.

Où vous sentez-vous enracinée?
J’ai l’âme slave, je me sens citoyenne du monde.

Vous venez de participer à l’émission Secret Story. J’avoue que je ne vous imaginais pas dans ce rôle-là. Comment avez-vous été repérée?
Je n’aurais jamais non plus pensé à participer à une émission de télé-réalité et j’y ai vu l’accélérateur dont j’avais besoin pour faire avancer mon projet musical. La production, qui cherchait une personnalité atypique capable d’élargir leur panel de spectateurs, me connaissait déjà de par ma carrière de mannequin et m’a approchée.

Et comment vous ont-ils convaincue de participer?
J’ai bien sûr pris le temps de la réflexion, pesant le pour et le contre. Vivre en communauté était pour moi un vrai challenge, mais la production m’avait donné l’assurance de pouvoir chanter La Mariée sur le prime suivant ma sortie. Je dois souligner que lors des entretiens, l’équipe de production m’avait inspiré une grande confiance. J’avais ressenti leur désir de réussite, tout en respectant autant que possible le facteur humain et je n’ai pas été déçue.

Je n’ai pas la télé, mais j’ai vu des extraits sur votre page Facebook. Vous y jouez un rôle. A quel point tout cela est-il scénarisé?
Il y a bien sûr un fil conducteur, des missions que nous devons accomplir avec des jeux de rôles, mais nous gardons notre part de liberté. J’étais consciente que j’étais là pour donner du spectacle, assurer l’audimat, donc j’ai parfois forcé un peu le trait, considérant cette aventure comme celle d’une comédienne dans un film.

Quelle difficulté avez-vous rencontrée pendant les 5 semaines qu’a duré votre présence dans l’émission et cette vie en vase clos?
Je n’avais jamais fait l’expérience de la vie en communauté, mais j’ai eu la chance que les autres candidats dans l’ensemble me respectent et même m’adoptent. J’ai bien sûr souffert de la promiscuité, du manque de confort. Par contre je n’ai pas ressenti de malaise par rapport à l’enfermement. Bien sûr, je m’étais préparée psychologiquement le mois précédent, car je me devais de faire un parcours honorable. Pendant toute l’aventure je n’ai jamais perdu de vue mon objectif, mettre en lumière mon projet musical.

Que garderez-vous de cette expérience?
Sur un plan humain l’expérience était intéressante à vivre. J’y ai découvert que mes mécanismes d’adaptation se sont très vite mis en oeuvre, que ma volonté est restée sans faille. Je pense avoir réussi ce challenge qui pour moi était loin d’être évident à la base.

Le public vous plébiscite alors que vous êtes un personnage atypique dans ce genre d’émission. Comment expliquez vous cet intérêt, cet attachement?
Il y a une grande partie du public qui me plébiscite, justement parce que je suis atypique. Beaucoup de gens m’ont dit que j’avais relevé le niveau de l’émission, certains d’ailleurs ont cessé de la suivre après ma sortie. Il faut aussi savoir que j’ai fait l’objet d’attaques très violentes sur les réseaux sociaux, une certaine partie de la population m’a reproché de ne plus avoir 20 ans et d’être encore capable d’exister… Donc j’ai reçu le meilleur et le pire. Je tente de ne garder que le meilleur et surtout je ne changerai rien.

Votre franc-parler est légendaire, mais sortir votre machine à F.ck envers une candidate c’était osé!
J’étais là pour donner du spectacle! La production était friande de mes débordements et accès de fantaisie. Dans la vie, sous mes dehors très BCBG qui correspondent à un aspect de ma personnalité, j’aime aussi la provocation de manière parfois très inattendue et j’assume.

J’ai suivi la naissance de votre album et de votre premier clip La Mariée que vous avez fait refondre pour le remonter autrement. Lors du lancement, vous aviez atteint 30’000 vues sur Youtube et c’était déjà beaucoup. Vous en êtes à plus de 371’000 et le chiffre augmente chaque jour. Secret Story fut pour vous une magnifique plateforme.
En effet pour l’heure, le bilan positif de ma participation à Secret Story – en dehors de ma prestation de La Mariée sur le prime  c’est que ça a boosté les connections sur mon clip, ce qui est très important pour réussir à être signée par un label, sans lequel je ne pourrai guère aller plus loin. 

Vous avez choisi de travailler avec des grands: la vidéo a été réalisée par Tony Baillargeat assisté de Michel Amathieu, le compositeur du titre est Eric Melville et les paroles sont de Jean-Michel Berriat, vous êtes habillée par Jean Paul Gaultier quant à votre sparring partner dans le clip, c’est le champion du monde de boxe thaï Cyril Benzaquen…
Vouloir faire une carrière de chanteuse à ce stade de ma vie est certainement mon challenge le plus audacieux et je ne pouvais prétendre à le réussir qu’en m’entourant de vrais professionnels. J’aimerais aussi préciser que mon projet ne se borne pas à mon titre La Mariée mais qu’il y a un EP (Extended Play, soit un format musical plus long qu’un single et plus court qu’un album, ndlr) de 6 chansons au titre révélateur Résurrection qui est en téléchargement sur toutes les plateformes légales et pour lequel l’illustre Boris Bergman m’a fait l’honneur de m’écrire trois textes.

Vous avez suivi des cours de théâtre au Cours Simon. Qu’en reste-t-il?
Prendre des cours de théâtre lorsque j’avais une vingtaine d’années m’a permis de m’extravertir, de me débarrasser de ma timidité et m’a aidée dans ma carrière commerciale. Les années passant, c’est l’expérience de la vie qui est notre meilleur cours de théâtre.

Sur votre compte Instagram, vos postez parfois des images de vous plus jeune. Sur l’une d’elle vous ressemblez à Monica Vitti. Le cinéma ne vous a jamais appelée?
Hélas, depuis que j’ai repris ma carrière de mannequin, peut-être parce que pour les réalisateurs je suis une image figée sur papier glacé, on ne m’a pas fait de propositions intéressantes. J’espère justement par le biais de la chanson pouvoir aussi faire une carrière de comédienne avec de vrais rôles car ma personnalité est très riche et j’en ai le potentiel.   

Je vous ai vue en maillot de bain cet été sur Facebook et vous avez un corps que de nombreuses femmes peuvent vous envier. Quel est votre secret?
Une volonté profonde de repousser la vieillesse m’a poussée à faire régulièrement de l’exercice et à avoir une hygiène alimentaire, notamment en ne mangeant pas de viande, mais sans jamais faire de régime. Je prends beaucoup de vitamines et d’oligo éléments.

Vous avez fait du mannequinat dans les années 1970, puis vous y êtes revenue il y a quelques années. Comment expliquez-vous cet engouement du marché pour l’image d’une femme intemporelle, alors que paradoxalement, dans le milieu du travail, une femme de 50 ans est considérée comme foutue?
C’est un phénomène de marketing, dans la mesure où le pouvoir d’achat est détenu par des gens au dessus de 40 ans. Hélas, cela a quelque peu dérivé: la publicité prône plus le “vieillisme” que l’intemporalité.

Dans sa tête il y avait un tic tac il fallait qu’elle change de sac, dans son coeur il y avait un tic toc il fallait qu’elle change d’époque, dit le refrain de la Mariée. Et si l’on vous proposait de changer d’époque, où mettriez-vous le curseur?
Je ne regarde jamais en arrière, je garde mon passé en filigrane, consciente que je suis ce qu’il m’a faite, mais mon regard se porte dans le présent et l’avenir. Cependant j’ai eu la chance de vivre la première partie de ma vie dans une France où il faisait bon vivre et d’avoir les moyens d’en profiter, mais je n’ai pas de nostalgie, c’est ça aussi l’intemporalité.

Vous ne pourriez vivre sans… ?
Si la lumière s’éteignait, je m’éteindrais très vite…

*Le journal Le Parisien avait annoncé son arrivée dans l’émission de télé-réalité et avait titré l’article: « Une mamie dans « Secret Story! »