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Un diamant de 163,41 carats vendu aux enchères à Genève

17 novembre 2017

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The Art of de Grisogono est un collier serti du plus gros diamant D Flawless jamais vendu aux enchères à ce jour. Issue d’un brut de 404,20 carats, cette pierre, sans aucune fluorescence, est simplement parfaite. Le joyaux a été adjugé pour la somme de 29,5 millions de francs suisses, par Christie’s le 14 novembre. – Isabelle Cerboneschi

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ma droite, au téléphone, 29,5 millions de francs. Dernière chance. Quelqu’un dans la salle? Pour la Creation 1 de de Grisogono?» et le marteau est tombé. Il n’aura fallu pas plus de 3 minutes et 37 secondes à Rahul Kadakia, le directeur International du département Joaillerie chez Christie’s, pour adjuger The Art of De Grisogono. Il n’aura fallu pas plus de 3 minutes et 37 secondes à l’acheteur pour se décider à dépenser 29,5 millions de francs suisses afin d’acquérir le plus grand diamant jamais vendu aux enchères à ce jour.

Peu après l’adjudication, Fawaz Gruosi était encore sous le coup de l’émotion: « Je n’ai jamais pensé arriver à cela, vivre un tel moment dans ma vie. Le collier a été vendu presque 30 millions! C’est incroyable! Et cela me donne l’énergie de faire encore mieux. »

Mais revenons quelques jours plus tôt lors de la présentation du collier à l’Hôtel des Bergues.

Il repose à l’abri d’une vitrine aux verres antireflet. Mais rien n’y fait: The Art of de Grisogono a bien trop envie de montrer sa beauté au monde et fait des reflets quand même.

On reconnaît le style originel du joaillier de Grisogono dans ce collier, cette asymétrie, cette manière audacieuse de mêler les diamants et les émeraudes de tailles et de formes différentes. Même l’arrière du bijou est serti de diamants. Il aura fallu 1700 de travail aux équipes pour réaliser cette pièce. Une belle manière d’annoncer le jubilé de la maison qui fêtera ses 25 ans d’existence en 2018.

Le brut de 404,20 carats a été découvert le 4 février 2016 dans la mine de Lulo en Angola. Baptisé le 4 de Fevereiro, c’est le 27e plus gros diamant blanc jamais découvert à ce jour. Les diamants de type IIa (soit des diamants purs) de couleur D flawless comme celui-ci, sont généralement associés aux diamants issus de la mine indienne de Golconde. Ils ne représente qu’1% à 2 % des diamants naturels. Le Cullinan ou le Koh-i-Noor, par exemple, sont de type IIa.

C’est grâce à son partenariat avec la société de commerce de diamants Nemesis que Fawaz Gruosi a pu avoir accès à cette pierre, sans passer par les circuits traditionnels. La société de Grisogono a été rachetée en 2012 par l’homme d’affaires Sindika Dokolo, l’époux d’Isabel dos Santos, qui n’est autre que la fille du président de la république d’Angola. Sindika Dokolo est aussi lié à la société diamantaire Nemesis. Or c’est Nemesis qui a acheté le « 404 », comme on l’appelle, à la société d’Etat angolaise Sodiam et qui l’a laissé en consignation à de Grisogono. Grâce à son association avec le gendre du président angolais, le joaillier genevois ne paiera le diamant à Nemesis qu’après la vente du 14 novembre.

Une demande de certification a été déposée auprès du Responsible Jewellery Council. Analysé à Anvers, le brut a été coupé à New York. Il aura fallu 11 mois de travail entre la coupe et le polissage pour arriver à ce résultat parfait:  «En quarante six ans de carrière je n’avais jamais vu un tel diamant. Quand on a une grosse pierre comme cela qu’en fait-on? Fawaz l’a très intelligemment monté avec des émeraudes poires et sur les griffes il a serti quatre diamants. Le problème des grands diamants comme ça, c’est que lorsque vous avez dit D Flawless, vous avez tout dit. Il est parfaitement taillé, il n’y a pas de fluorescence, c’est une de ces pierres dont on ne peut pas dire grand chose parce qu’elle est parfaite!» confie François Curiel, Chairman Europe et Asie de Christie’s.

Et qu’en pense le joaillier?

I.C: Comment avez-vous découvert cette pierre?
Fawaz Gruosi: Du fait de notre partenariat avec la société Nemesis International on a la chance d’avoir la priorité sur le choix des pierres. On peut choisit  toutes celles que l’on aime, celles que l’on est sûr de pouvoir vendre à certains clients. L’avantage, c’est que les pierres nous sont remises en consignation: de la mine, elles passent directement chez Nemesis et ensuite sont retaillées et viennent chez nous. Elles ne passent pas par les étapes traditionnelles.

Qu’avez-vous ressenti la première fois que vous l’avez vu?
Il est passé entre mes mains tellement de fois! Je voulais me sentir proche de la pierre et qu’elle soit proche de moi aussi. Je n’ai jamais eu peur jusqu’à présent de faire des dessins forts, mais quand j’ai vu ce brut, que j’ai suivi jusqu’à New York où il a été taillé, j’ai été intimidé. Je n’avais jamais tenu une telle pierre dans mes mains auparavant. Je n’en ai pas dormi pendant quelques semaines. Je ne voulais pas tomber non plus dans le piège du classicisme et faire un dessin traditionnel. Alors je l’ai habillé comme cela.

Vous avez trouvé l’idée du premier coup?
Non, on a fait environ 50 dessins. Mais lequel choisir? Finalement j’ai décidé de faire un collier qui soit une vraie pièce de joaillerie et pas uniquement un faire-valoir de la pierre. D’un côté le collier est serti de 66 émeraudes, toutes de la même qualité pour un total de 122 carats, et de l’autre côté de 48 carats de diamants. L’arrière du collier également est serti.

Qui a décidé de tailler le brut ainsi?
Avec la technologie actuelle on arrive à comprendre exactement la meilleure manière de le tailler et on a décidé de faire une taille émeraude. A part ce diamant de 163 carats sont sorties plusieurs pierres exceptionnelles car le brut était parfait.

Pour quelle raison avez-vous choisi de le vendre aux enchères?
De Grisogono est encore une petite société aujourd’hui, même si on fait des choses magnifiques.  On n’a que 14 boutiques dans le monde. Si on prend l’exemple de Bulgari, ils en ont plus de 350, Cartier en a plus de 400. On ne peut pas connaître tout le monde. Choisir de le vendre aux enchères c’était une façon de toucher plus de clients. Nous avons fait une présentation à Hong Kong, à Dubaï à Londres et à New York. avant de le rapatrier à Genève. Nous l’avons présenté dans des pays où l’on avait le sentiment qu’il y aurait des clients potentiels. On a commencé avec un prix de départ de 20 millions: ce n’est pas pour tout le monde. C’était important pour notre image de montrer au monde notre savoir-faire.

Pensiez-vous il y a 25 ans qu’un jour une de vos créations se retrouverait en vente chez Christie’s?
Non. Quand à mes débuts j’ai commencé à travailler avec des pierres de couleurs, puis avec des diamants, puis il y a eu les diamants noirs, et finalement aujourd’hui, grâce à notre association avec Nemesis, on reçoit des pierres exceptionnelles. D’ici à 6 mois, nos 14 boutiques proposeront 50% de diamants blancs et 50% de pierres de couleur. On est arrivé là où jamais je n’aurais pensé arriver! Et on n’a pas fini! Il y a d’autres bruts en train d’être taillés mais je ne veux pas en dire trop parce que ça porte malheur…

Maintenant que le diamant a été vendu comment va s’effectuer la répartition avec Nemesis?
On va partager. On n’a même pas creusé la question. Tout d’abord on souhaitait vendre ce bijou. Ensuite on s’arrangera entre nous. Mais en tout cas une injection de plusieurs millions, cela va nous aider à travailler mieux.

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