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Mugler: bombes anatomiques en exposition

Le Musée des beaux-arts de Montréal consacre une exposition aux créations de Thierry Mugler réalisées entre 1977 et 2014, dans une scénographie dont les effets spéciaux sont à la hauteur des créations sculpturales et futuriste du couturier. Thierry Mugler: Couturissime, à voir jusqu’au 8 septembre 2019. – Isabelle Cerboneschi.

3 avril 2019

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Vue de l’exposition Thierry Mugler/Couturissime. Musée des beaux-arts de Montréal. Photo: © Nicolas Ruel.

« On m’a souvent proposé d’exposer mes créations, mais l’idée de seulement porter un regard passéiste ne m’a jamais intéressé. Le Musée des beaux-arts de Montréal, avec Nathalie Bondil et Thierry-Maxime Loriot, ont été les justes personnes, avec le bon regard, à me proposer de réinventer le passé avec une mise en scène novatrice, des mélanges éclectiques et une nouvelle vision de mon travail. Il n’y a pas d’avenir sans passé, et j’espère donc que cette exposition ouvrira sur un nouveau futur créatif inspirant pour ses visiteurs ! », explique Manfred Thierry Mugler dans le dossier de l’exposition Thierry Mugler : Couturissime qui lui est dédiée.

Thierry Mugler est arrivé comme un OVNI à Paris en 1969. C’était l’époque du « Flower Power », les formes étaient floues, les pantalons larges. Thierry Mugler, qui avait quitté sa ville natale de Strasbourg pour vivre à Paris, avait eu sa période cheveux longs et costume de D’Artagnan et aspirait à autre chose. Il sortait beaucoup et vendait ses croquis de mode aux fabricants du Sentier, avant de dessiner ses premiers modèles vendus dans la boutique Gudule, l’ancêtre des concept stores parisiens.

L’avachissement ne lui convenait guère. L’ « Antimode » des Japonais Yohji Yamamoto ou Rei Kawakubo, qui avait créé sa marque Comme des Garçons en 1969, ne lui seyait pas non plus. Il se sentait plus proche de Claude Montana, de Jean-Paul Gaultier et d’Azzedine Alaïa et de son obsession des formes exacerbées et des corps sculpturaux. Lorsque Thierry Mugler a lancé sa première marque Café de Paris en 1973, il avait en tête une femme plus radicale, plus féminine, plus sexy, même si ce mot n’était plus ou pas encore à la mode.

Un an plus tard il s’associe avec Alain Caradeuc, un jeune diplômé d’HEC, crée sa société 22 rue de Hauteville et lance la marque portant son nom. Fidèle à sa vision, il serre les tailles, élargit les épaules et dessine une silhouette inspirée d’univers que tout semble opposer : Sunset Boulevard dans les années 1950, la planète Vénus, et Microcosmos. Ses vêtements semblaient transformer les femmes en super-héroines d’un quotidien à inventer. Les super-pouvoirs n’étaient pas compris dans la panoplie: aux femmes de les développer.

« Métamorphoses, superhéroïnes et cyborgs sont présents chez ce créateur qui a perçu très tôt les révolutions d’un transhumanisme à venir avec beaucoup d’humour. Ses créatures carrossées et élégantes, ses femmes dangereuses et séduisantes, peuplent un univers de glamour aux frontières du réel », résume Nathalie Bondil, la directrice générale et conservatrice en chef du MBAM, dans le communiqué.

Thierry Mugler: Couturissime, qui a vu le jour grâce à Thierry-Maxime Loriot, le commissaire de l’exposition, dévoile certaines pièces mythiques de l’iconographie « muglerienne » comme la robe Chimère, de la collection haute couture automne-hiver 1997-98, qui ressemble à une carapace aux couleurs de scarabée doré, ou le bustier « carénage de motocyclette » de la collection printemps-été 1992 en plexiglas peint à la main par Jean-Jacques Urcun et que portait le mannequin Emma Sjöerg Wiklund dans le clip Too Funky de George Michael.

Parce qu’il avait l’intuition que la mode ne devait pas être réservée à une minorité mais qu’elle allait tôt ou tard intéresser le plus grand nombre, en 1984, pour fêter les dix ans de sa marque, Thierry Mugler monte un défilé monumental « L’hiver des anges » ouvert au public et présenté au Zénith. Au total ce sont 6’000 personnes qui ont assisté au spectacle et les deux tiers ont payé leur place. Certaines silhouettes emblématiques de cette collection sont d’ailleurs exposées à Montréal.

En 1990, il est convié à défiler comme membre invité pendant la semaine de la haute couture aux côtés des grands couturiers de l’époque. Une couture qu’il entend bouleverser grâce à l’utilisation de matières inusitées dans ce monde où règnent le taffetas, la dentelle, le satin duchesse ou le tulle de soie. Il fait défiler du latex, du chrome, du verre, du plexiglas, du PVC, du vinyle, de la fausse fourrure… Sa couture high tech fait un grand écart entre le passé (les formes) et le futur.

La même année, Thierry Mugler acquiert 34% de la société Thierry Mugler Parfum, qui était contrôlée par le groupe Clarins, tandis que ce dernier entre dans le capital de la société de mode à hauteur d’un tiers. En 1992, le parfum Angel, créé par le nez Olivier Cresp, est lancé et devient rapidement un succès planétaire. Avec ses notes de patchouli et de caramel chocolaté, il est à l’origine d’une nouvelle famille de parfums: les gourmands.

En 2002, Thierry Mugler quitte le monde de la mode pour se consacrer au show business, tout en conservant la direction artistique des parfums jusqu’en 2013. Cet ancien danseur professionnel produit des revues de music-hall – Mugler Follies à Paris ou The Wyld à Berlin – et pousse le vêtement jusqu’à son extrême: le costume de scène.

L’exposition Thierry Mugler : Couturissime présente 130 tenues qui ont été restaurées pour l’occasion grâce au groupe Clarins, à qui appartient désormais la marque, et la maison Thierry Mugler. Sont également montrés des costumes de scène, des accessoires, des vidéos, ou encore des croquis réalisées entre 1977 et 2014.

Cela fait plus de dix ans que les créateurs et designers s’inspirent de son travail et de sa mode futuriste qui a émergé dans les années 1970-1980. Cette exposition permet de découvrir à quel point Thierry Mugler fut novateur et a révolutionné le monde de la couture il y a 40 ans.

Thierry Mugler: Couturissime. Musée des beaux-arts de Montréal Du 2 mars au 8 septembre 2019. Après Montréal, l’exposition sera présentée au Kunsthal de Rotterdam (du 12 octobre 2019 au 8 mars 2020) et au Kunsthalle der Hypo-Kulturstiftung, de Munich (du 3 avril au 30 août 2020). Le catalogue de l’exposition a été dirigé par Thierry-Maxime Loriot, le commissaire de l’exposition, et co-édité par le MBAM et la maison d’édition Phaidon.

Mugler: bombes anatomiques en exposition

3 avril 2019

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Le Musée des beaux-arts de Montréal consacre une exposition aux créations de Thierry Mugler réalisées entre 1977 et 2014, dans une scénographie dont les effets spéciaux sont à la hauteur des créations sculpturales et futuriste du couturier. Thierry Mugler: Couturissime, à voir jusqu’au 8 septembre 2019. – Isabelle Cerboneschi.

« On m’a souvent proposé d’exposer mes créations, mais l’idée de seulement porter un regard passéiste ne m’a jamais intéressé. Le Musée des beaux-arts de Montréal, avec Nathalie Bondil et Thierry-Maxime Loriot, ont été les justes personnes, avec le bon regard, à me proposer de réinventer le passé avec une mise en scène novatrice, des mélanges éclectiques et une nouvelle vision de mon travail. Il n’y a pas d’avenir sans passé, et j’espère donc que cette exposition ouvrira sur un nouveau futur créatif inspirant pour ses visiteurs ! », explique Manfred Thierry Mugler dans le dossier de l’exposition Thierry Mugler : Couturissime qui lui est dédiée.

Thierry Mugler est arrivé comme un OVNI à Paris en 1969. C’était l’époque du « Flower Power », les formes étaient floues, les pantalons larges. Thierry Mugler, qui avait quitté sa ville natale de Strasbourg pour vivre à Paris, avait eu sa période cheveux longs et costume de D’Artagnan et aspirait à autre chose. Il sortait beaucoup et vendait ses croquis de mode aux fabricants du Sentier, avant de dessiner ses premiers modèles vendus dans la boutique Gudule, l’ancêtre des concept stores parisiens.

L’avachissement ne lui convenait guère. L’ « Antimode » des Japonais Yohji Yamamoto ou Rei Kawakubo, qui avait créé sa marque Comme des Garçons en 1969, ne lui seyait pas non plus. Il se sentait plus proche de Claude Montana, de Jean-Paul Gaultier et d’Azzedine Alaïa et de son obsession des formes exacerbées et des corps sculpturaux. Lorsque Thierry Mugler a lancé sa première marque Café de Paris en 1973, il avait en tête une femme plus radicale, plus féminine, plus sexy, même si ce mot n’était plus ou pas encore à la mode.

Un an plus tard il s’associe avec Alain Caradeuc, un jeune diplômé d’HEC, crée sa société 22 rue de Hauteville et lance la marque portant son nom. Fidèle à sa vision, il serre les tailles, élargit les épaules et dessine une silhouette inspirée d’univers que tout semble opposer : Sunset Boulevard dans les années 1950, la planète Vénus, et Microcosmos. Ses vêtements semblaient transformer les femmes en super-héroines d’un quotidien à inventer. Les super-pouvoirs n’étaient pas compris dans la panoplie: aux femmes de les développer.

« Métamorphoses, superhéroïnes et cyborgs sont présents chez ce créateur qui a perçu très tôt les révolutions d’un transhumanisme à venir avec beaucoup d’humour. Ses créatures carrossées et élégantes, ses femmes dangereuses et séduisantes, peuplent un univers de glamour aux frontières du réel », résume Nathalie Bondil, la directrice générale et conservatrice en chef du MBAM, dans le communiqué.

Thierry Mugler: Couturissime, qui a vu le jour grâce à Thierry-Maxime Loriot, le commissaire de l’exposition, dévoile certaines pièces mythiques de l’iconographie « muglerienne » comme la robe Chimère, de la collection haute couture automne-hiver 1997-98, qui ressemble à une carapace aux couleurs de scarabée doré, ou le bustier « carénage de motocyclette » de la collection printemps-été 1992 en plexiglas peint à la main par Jean-Jacques Urcun et que portait le mannequin Emma Sjöerg Wiklund dans le clip Too Funky de George Michael.

Parce qu’il avait l’intuition que la mode ne devait pas être réservée à une minorité mais qu’elle allait tôt ou tard intéresser le plus grand nombre, en 1984, pour fêter les dix ans de sa marque, Thierry Mugler monte un défilé monumental « L’hiver des anges » ouvert au public et présenté au Zénith. Au total ce sont 6’000 personnes qui ont assisté au spectacle et les deux tiers ont payé leur place. Certaines silhouettes emblématiques de cette collection sont d’ailleurs exposées à Montréal.

En 1990, il est convié à défiler comme membre invité pendant la semaine de la haute couture aux côtés des grands couturiers de l’époque. Une couture qu’il entend bouleverser grâce à l’utilisation de matières inusitées dans ce monde où règnent le taffetas, la dentelle, le satin duchesse ou le tulle de soie. Il fait défiler du latex, du chrome, du verre, du plexiglas, du PVC, du vinyle, de la fausse fourrure… Sa couture high tech fait un grand écart entre le passé (les formes) et le futur.

La même année, Thierry Mugler acquiert 34% de la société Thierry Mugler Parfum, qui était contrôlée par le groupe Clarins, tandis que ce dernier entre dans le capital de la société de mode à hauteur d’un tiers. En 1992, le parfum Angel, créé par le nez Olivier Cresp, est lancé et devient rapidement un succès planétaire. Avec ses notes de patchouli et de caramel chocolaté, il est à l’origine d’une nouvelle famille de parfums: les gourmands.

En 2002, Thierry Mugler quitte le monde de la mode pour se consacrer au show business, tout en conservant la direction artistique des parfums jusqu’en 2013. Cet ancien danseur professionnel produit des revues de music-hall – Mugler Follies à Paris ou The Wyld à Berlin – et pousse le vêtement jusqu’à son extrême: le costume de scène.

L’exposition Thierry Mugler : Couturissime présente 130 tenues qui ont été restaurées pour l’occasion grâce au groupe Clarins, à qui appartient désormais la marque, et la maison Thierry Mugler. Sont également montrés des costumes de scène, des accessoires, des vidéos, ou encore des croquis réalisées entre 1977 et 2014.

Cela fait plus de dix ans que les créateurs et designers s’inspirent de son travail et de sa mode futuriste qui a émergé dans les années 1970-1980. Cette exposition permet de découvrir à quel point Thierry Mugler fut novateur et a révolutionné le monde de la couture il y a 40 ans.

Thierry Mugler: Couturissime. Musée des beaux-arts de Montréal Du 2 mars au 8 septembre 2019. Après Montréal, l’exposition sera présentée au Kunsthal de Rotterdam (du 12 octobre 2019 au 8 mars 2020) et au Kunsthalle der Hypo-Kulturstiftung, de Munich (du 3 avril au 30 août 2020). Le catalogue de l’exposition a été dirigé par Thierry-Maxime Loriot, le commissaire de l’exposition, et co-édité par le MBAM et la maison d’édition Phaidon.