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Towe Norlen la beauté de l’invisible

13 juin 2018

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La bijoutière scandinave veut traduire avec ses bijoux aux formes organiques les mystères de la science. Elle s’est notamment penchée sur la structure moléculaire de la peau. Le résultat est d’une étrange beauté. – Isabelle Cerboneschi.

J’ai rencontré Towe Norlen lors du salon GemGenève, en mai dernier. Je me suis surtout arrêtée devant ses bijoux aux formes étranges et organiques. Ils ne ressemblaient à rien de reconnaissable et pourtant ils étaient inspirés du vivant: de la peau, des cellules, des raies manta. Ces bijoux à l’étrange beauté donnaient envie d’en savoir plus.

Towe Norlen, gemmologue de formation et dotée également d’un master en Beaux-Art, a travaillé pour de prestigieuses manufactures et des joailliers à Genève avant d’oser lancer sa propre marque en 1999. Elle l’a baptisée simplement Towe.

Towe Norlen, comme son nom le laisse deviner, est née dans les pays nordiques, en Suède. Son style s’inspire d’ailleurs du design scandinave. Mais pas seulement. Pendant plusieurs années, avec son époux, professeur en dermatologie et en biophysique, Towe Norlen a cherché comment interpréter en joaillerie certains principes de biophysique qui donnent naissance aux formes graphiques que l’on retrouve dans la nature. Elle a eu le courage de se lancer dans une quête qui aurait pu la mener nulle part: comment traduire avec des bijoux les mystères de la science?

“Je me suis toujours demandé comment la nature pouvait être fabriquées de choses minuscules et si belles”, dit-elle. Son mari travaillait depuis les années 2000 avec le biophysicien suisse Jacques Dubochet. Ce dernier a développé une technique permettant de vitrifier des biopsies ou des cellules qui, observées à travers un microscope à basse température, révèlent leurs plus infimes détails structuraux. Il a d’ailleurs reçu le prix Nobel de chimie en 2017. « Et c’est grâce à cette technique que j’ai découvert les formes de la nature », confie la joaillière.  Le résultat de ses observations a donné lieu au motif « Silk »: ce qui ressemble à des entrelacs d’or est en fait la reproduction de la peau humaine, telle que l’on peut l’observer au microscope.

Il lui a fallu trouver des procédés novateurs pour fabriquer ces structures inédites, ces chaînes d’un nouveau type. Ses recherches l’ont menée à inventer une technique de production dont elle a déposé le brevet en 2003, et qui est baptisée le « gold laser-sintering ». Une technique très employée depuis dans le monde de la joaillerie,

Quand on essaie les bijoux de Towe Norlen, ses bracelets à même le poignet, on ne peut s’empêcher de songer à cette étrange alliance entre une peau d’or contre une peau de chair. Et c’est assez troublant…