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La Marine Chronograph Annual Calendar Ulysse Nardin, beau fantasme estival

17 juillet 2018

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Il y a d’excellentes et de nombreuses raisons de s’intéresser à la marque Ulysse Nardin, en 2018. Mais il en est une qui dépasse les autres, à mes yeux: la Marine Chronograph Annual Calendar. Cette pièce, je l’avais découverte à Monaco en 2016. Je passerais bien mon été avec elle, même si ce n’est qu’un fantasme. –  Joël A. Grandjean.*

En janvier 2018, la marque horlogère suisse Ulysse Nardin était présente pour la deuxième fois au SIHH, le Salon International de la Haute Horlogerie à Genève. Tandis que je nourrissais le rêve de renouer avec cette Marine Chronograph Annual Calendar qui m’avait tant séduit, le public et les médias, sur une autre longueur d’onde, s’emballaient pour les deux incontournables nouveautés que voici.

La Freak, c’est chic

Journalistes et passionnés n’eurent donc d’yeux, dans un premier temps, que pour la Freak Vision. Il s’agissait de la réalisation aboutie du concept suggéré en 2017 sous la forme de la montre prototype InnoVision 2. Une révolution, une exploration de pure chronométrie, une source d’inspiration qui fit couler beaucoup d’encre.

Puis, dans un deuxième temps, le passage obligé de 2018 fut la visite d’une sorte de maison close dressée à l’intérieur du stand, peuplée de montres érotiques, dans la tradition des jacquemarts apparus à la fin du XVIIe siècle: autant de micro-mécanismes au service des fantasmes inavouables des visiteurs lâchés sur les sentiers de l’encanaillement. Ulysse Nardin proposait au travers de cette échappée hélas un peu trop orientée «plaisirs féminins», la remise au goût du jour des montres érotiques et de leurs séculaires complications. Des constructions micro-mécaniques qui permettent aux savoir-faire automatiers et horlogers de s’unir en toute bonne foi. Tout de même, il eût été salutaire que le visiteur, émoustillé de se trouver en ces lubriques territoires, n’oubliât pas pour autant que la Classic Voyeur, la pièce phare adoubée en cette bulle de cuir et de coquinerie, tant qu’à faire, cumule les caractéristiques suprêmes de la reine des complications, la répétition minute.

Fantasme sage

Nageant totalement à contre-courant, je n’avais de mon côté qu’une envie: retrouver cette Marine Chronograph Annual Calendar sortie en 2016. La prendre encore dans mes mains, la toucher, l’arrimer à mon poignet comme on ancre une prestigieuse embarcation au port de Monaco. Et m’évader, dans un coin de ciel et de soleil que les grands de ce monde ont transformé en une crique rutilante, fascinante et oisivement opulente. Monaco, son show nautique annuel peuplé de tous les yachts du monde avec comme fidèle sponsor depuis 2008, la marque locloise Ulysse Nardin. Il y a dix ans en effet, elle s’installait sans complexe sur le siège encore chaud délaissé par Blancpain.

C’est dans ce paradis que j’avais fait sa connaissance. Elle se trouvait à même l’étal d’un stand. L’hôte du lieu, Monseigneur, à savoir Son Altesse Sérénissime le Prince Albert II de Monaco, venait de passer. Lui aussi s’intéressait à elle, entre poignées de main et baisemains de rigueur. Il faut dire que son esthétique si marine semble résolument étanche à tout effet de mode. Empreinte d’un grand classicisme, elle jouit toutefois d’une contemporanéité que le bleu ou le blanc cassé de son cadran savent transcender. Chiffres romains en appliques, 43 millimètres de diamètre, étanchéité garantie à moins 100 mètres. Il y a aussi cette petite bande bleue nichée sur la tranche de la couronne, subtile et discrète.

Ces poussoirs de chronographes si discrètement encastrés au pourtour de la lunette ajoutent à l’attractivité de cette pièce qui, outre son design dont la sobriété rappelle les plus nobles expressions d’un calvinisme assumé, traversé néanmoins çà et là de sang bleu, est surtout incarnée par sa fonction, alias sa complication: le quantième annuel.

Cela signifie que si cette montre reconnaît et zappe d’elle-même les 31 des mois qui en sont privés, elle n’est pas à même, contrairement au Quantième Perpétuel, de résoudre la mise à la bonne date d’un mois qui ne compte que 28 jours à l’exception, tous les quatre ans, de ceux dotés de 29 jours. Autrement dit, ce garde-temps-là suit l’écoulement du temps sans avoir besoin d’être réglé à l’exception d’un petit saut à lui faire faire manuellement une fois par année, soit du 28 au 29 du mois en cours, soit du 28 ou du 29 au 1er du mois suivant.

Simplification ingénieuse

Mine de rien, ce processus est tellement complexe que les horlogers rivalisent depuis toujours d’ingéniosité afin de simplifier, d’optimiser, voire de réduire à sa plus pure expression, un mécanisme qui suscite à ce point l’admiration des passionnés et des puristes. Dans ce registre, les maîtres d’Ulysse Nardin ont joué les jusqu’aux-boutistes en réduisant, au sein du calibre UN-153, de trente à une dizaine environ, la somme des composants nécessaires à la réalisation de cette intelligence micro-mécanique particulière. Au passage, ce calibre dispose également de la fonction chronographe. Il bat à 28’000 alternances par heure et affiche une réserve de marche de 52 heures.

Je l’ai aimée au premier coup d’œil. Et quand bien même ses consœurs ne manquent ni d’atours ni de panache, c’est toujours à elle que je pense. D’ailleurs, un rien m’y incite. Comme cette toute récente mouette genevoise, entièrement repeinte aux couleurs de la marque et qui, de nuit, laisse refléter dans les eaux sombres du lac, les éclats luminescents de son calibre en marche…

* Rédacteur en chef de TàG Press +41, Agence de presse indépendante

A voir: le Monaco Yacht Show 2018, des 26 au 29 septembre 2018. http://www.monacoyachtshow.com/fr/